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PLUS DE MARGES DE MANOEUVRES A L'OTAN ...UN ECHEC DE PLUS POUR SARKOZY?

Sapir : l'Afghanistan sera la première victoire islamiste. Sauf si...

Jordan Belgrave -

L’été dernier, Jacques Sapir a écrit la postface de «Afghanistan 1979-2009 », livre du Chef de bataillon Olivier Entraygues. Il analyse l’enlisement de la coalition dans cette « opération de maintien de la paix », et les scénarios possibles. Nous vous proposons ici une synthèse de ce long et passionnant article.


Débutée fin 2001 sous l’égide de l’OTAN, l’opération de maintien de la paix en Afghanistan est une guerre assez discrète, qui n’apparaît dans les médias qu’au travers d’événements ponctuels comme la mort de soldats de la coalition, ou le bombardement meurtrier et « accidentel » de populations civiles. Elle devait initialement être une opération de maintien de l’ordre n’entraînant pas ou peu de morts, puisque les Talibans avaient été vaincus par les Américains et leurs alliés, elle devient rapidement une guerre anti-insurrectionnelle gênante pour les opinions publiques occidentales et meurtrière pour la population civile afghane.

La situation locale est avant tout caractérisée par un chaos généralisé, qui amène l’auteur à se demander si on peut envisager l’existence d’un ordre quelconque lorsque les recettes sont  d'inspiration néo-libérale. Les villes vivent sous le règne de l’insécurité, d’attentats qui avaient disparu après la chute des Talibans, et d’une économie de rente profitant à une minorité corrompue. Dans les campagnes, les cultures vivrières et commerciales ont subi de plein fouet les réformes de la Banque Mondiale, qui ont imposé l’individualisation des parcelles auparavant biens collectifs. En sus de quoi la production de pavot a repris, alors que sa disparition était un des seuls acquis positifs de la domination talibane. Le gouvernement d’Hamid Karzaï est délégitimé par ses pratiques corrompues, le trucage des élections, et le retour des exactions et des trafics qui avaient  assuré la première victoire des Talibans.

Face à cela, la coalition noue des alliances avec les factions talibanes qui acceptent des trêves, dénonce le trucage des élections d’une voix si faible que personne ne l’entend, et pourvoit une aide humanitaire dont seule 1/5ème parvient réellement aux populations. Bilan d’autant plus déplorable que la guerre est menée au nom de la « démocratie occidentale » et de ses valeurs.

Comment s’étonner ensuite que la fraction «moderniste » hésite à s’allier avec des occidentaux prêts à pactiser avec les Talibans, refuse de soutenir le gouvernement, et choisisse le plus souvent l’exil, tout cela au grand dam de la reconstruction du pays.

Il faut redéfinir les buts et les alliances
Jacques Sapir suggère ensuite trois scénarios pour la suite :

1)    L’enlisement continue, avec une déception croissante pour la population, plus d’attentats, davantage de massacres « collatéraux », et une contagion au voisin Pakistanais. Pour Sapir, la focalisation sur la « très hypothétique bombe iranienne » détourne l’opinion mondiale du danger de l’influence des islamistes au cœur de la puissance nucléaire qu’est le Pakistan. Sapir écorne au passage la position du gouvernement français, qui refuse le statut de réfugiés aux immigrés afghans, et cautionne les impasses de la stratégie américaine.


2)    Deuxième scénario, le retrait précipité, qui ne sera pas décidé sous peu, mais qui découle fatalement du scénario numéro un. Qu’il se fasse ou en accord avec les Talibans, le retrait serait un échec total. Si le gouvernement soviétique a pu tenir trois ans après leur départ, l'auteur donne quelques semaines de longévité à Hamid Karzaï en cas de retrait.
Les populations locales qui auraient soutenu la coalition seraient alors les premières à en payer le prix. De plus, cela constituerait « la première victoire indiscutable de l’intégrisme islamique ».

3)    Le troisième scénario, évidemment privilégié par Jacques Sapir, implique une redéfinition des buts et des alliances. Les buts tout d’abord, question d’autant plus complexe qu’aux buts avoués, paix et démocratie, s’ajoutent d’autres objectifs moins avouables : mettre en place un accès aux hydrocarbures d’Asie Centrale indépendante du bon vouloir des Russes et  des Iraniens ; faire une démonstration de force face aux nouvelles puissances, notamment la Chine, et prendre position dans une zone pivot des relations géopolitiques. Puisque la stratégie actuelle de construction volontariste de la démocratie échoue, Sapir suggère de se concentrer sur la reconstruction des infrastructures publiques, et notamment sur le soutien des collectivités villageoises, ce qui passe par l’abandon des exigences de la Banque Mondiale.

En ce qui concerne les alliances, les propositions de Sapir sont très perturbantes. Il suggère d’intégrer à l’alliance un certain nombre de pays qui ont intérêt à soutenir la coalition, et dont l’apport diplomatique et militaire pourrait assurer le succès de l’opération :
•    La Russie est préoccupée par la stabilité de l’Asie Centrale et l’arrivée massive de la drogue afghane sur son territoire.
•    La Chine est inquiète du développement de l’activisme religieux qui se manifeste sur son territoire.
•    L’Iran entretient depuis longtemps une relation antagoniste avec les Talibans.
L’auteur suggère donc une grande alliance entre l’OTAN et ces pays, qui permettrait à la coalition de sortir de la vision trop bornée que lui dictent jusqu’à maintenant « les Etats-Unis et leurs  clients traditionnels : Grande-Bretagne et Canada. »
 
La France ne peut plus rien obtenir de la coalition depuis que Sarkozy est revenu au commandement intégré de l’OTAN sans exiger aucune contrepartie, il est maintenant temps de faire rentrer d’autres acteurs dans la danse.

(source Marianne2.fr)
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