Jacques Sapir suggère ensuite trois scénarios pour la suite :
1) L’enlisement continue, avec une déception croissante pour la population, plus d’attentats, davantage de massacres « collatéraux », et une contagion au voisin Pakistanais.
Pour Sapir, la focalisation sur la « très hypothétique bombe iranienne » détourne l’opinion mondiale du danger de l’influence des islamistes au cœur de la puissance nucléaire qu’est le
Pakistan. Sapir écorne au passage la position du gouvernement français, qui refuse le statut de réfugiés aux immigrés afghans, et cautionne les impasses de la stratégie américaine.
2) Deuxième scénario, le retrait précipité, qui ne sera pas décidé sous peu, mais qui découle fatalement du scénario numéro un. Qu’il
se fasse ou en accord avec les Talibans, le retrait serait un échec total. Si le gouvernement soviétique a pu tenir trois ans après leur départ, l'auteur donne quelques semaines de longévité
à Hamid Karzaï en cas de retrait.
Les populations locales qui auraient soutenu la coalition seraient alors les premières à en payer le prix. De plus, cela constituerait « la première victoire indiscutable de l’intégrisme
islamique ».
3) Le troisième scénario, évidemment privilégié par Jacques Sapir, implique une redéfinition des buts et des alliances. Les buts tout d’abord, question d’autant plus
complexe qu’aux buts avoués, paix et démocratie, s’ajoutent d’autres objectifs moins avouables : mettre en place un accès aux hydrocarbures d’Asie Centrale indépendante du bon vouloir des
Russes et des Iraniens ; faire une démonstration de force face aux nouvelles puissances, notamment la Chine, et prendre position dans une zone pivot des relations géopolitiques. Puisque
la stratégie actuelle de construction volontariste de la démocratie échoue, Sapir suggère de se concentrer sur la reconstruction des infrastructures publiques, et notamment sur le soutien des
collectivités villageoises, ce qui passe par l’abandon des exigences de la Banque Mondiale.
En ce qui concerne les alliances, les propositions de Sapir sont très perturbantes. Il suggère d’intégrer à l’alliance un certain nombre de pays qui ont intérêt à soutenir la coalition, et
dont l’apport diplomatique et militaire pourrait assurer le succès de l’opération :
• La Russie est préoccupée par la stabilité de l’Asie Centrale et l’arrivée massive de la drogue afghane sur son territoire.
• La Chine est inquiète du développement de l’activisme religieux qui se manifeste sur son territoire.
• L’Iran entretient depuis longtemps une relation antagoniste avec les Talibans.
L’auteur suggère donc une grande alliance entre l’OTAN et ces pays, qui permettrait à la coalition de sortir de la vision trop bornée que lui dictent jusqu’à maintenant « les Etats-Unis
et leurs clients traditionnels : Grande-Bretagne et Canada. »
La France ne peut plus rien obtenir de la coalition depuis que Sarkozy est revenu au commandement intégré de l’OTAN sans exiger aucune contrepartie, il est maintenant temps de faire rentrer
d’autres acteurs dans la danse.
(source Marianne2.fr)