Le Président ne parvient pas à reprendre la main. Du plan Cancer gâché par la polémique sur l'EPR en passant par les sondages, ça couine de partout. Sur le front des réformes, ce n'est pas
mieux : le Grand Emprunt, Rama Jade, budget, collectivités, chaque sujet ou chaque réforme donne l'occasion aux élus de la majorité de chafouiner.
C'était une semaine d'anniversaire : Obama devait fêter sa première bougie d'élection, le Mur de Berlin est tombé il y a bientôt 20 ans...
etNicolas Sarkozy franchit sa mi-mandature. Mais les proches du président français sont inquiets. Il n'y eut point
de célébration pour ces 30 mois de reniements et de crise morale. Soncamp est troublé, sa popularité en berne, son projet politique dans l'impasse. La Sarkofrance est ensablée. Des scandales
à répétition, des déficits publics abyssaux, une politique économique en question, le désarroi est, à droite, flagrant. La majorité UMP est chafouine. On se gifle, on se fâche, on se
tance.
Désarroi politique, cacophonie médiatique
Dimanche dernier, le Monarque a été stupéfait. Une vingtaine de sénateurs emmenés par Jean-Pierre Raffarin ont signé une tribune contrela
réforme de la taxe professionnelle. Ils ne protestent pas contre la suppression de la dite taxe, mais contre l'absence de
péréquation territoriale bien définie après 2010. De surcroît, une autre «réforme », celle des collectivités locales qui entend fusionner les assemblées régionales et départementales (et
donc redistribuer les compétences), n'est même pas votée. Eric Woerth s'agace. Raffarin est convoqué chez Sarkozy. La ficelle est grosse. Sarkozy veut remettre au pas des régions qui
résistent à la droite depuis 2004: un scrutin uninominal à un tour pour favoriser le parti unique de la droite, des finances décidées par l'Etat central, un Grand Paris pour noyer le pouvoir
exécutif de la capitale perdu depuis 2001. Ajoutez-yl'impact désastreux sur la parité en politique -
la fusion des conseillers régionaux et généraux va réduire, en l'état, le nombre de femmes élues dans ces assemblées locales,et
laquestions'impose : qui a dit que nous étions dans une démocratie
apaisée ?
Dimanche toujours, Nadine Morano a été envoyée au front.Elle fusille Rama Yade d'une déclaration sur Dimanche+: « Quand on n'est pas d'accord avec la politique menée par le gouvernement, c'est simple : ou on ferme sa gueule, ou on démissionne. » La secrétaire
d'Etat aux Sports répond le lendemain : « En politique, on ne répond pas en descendant à ce niveau-là. » Jeudi 5 novembre,François Fillon la
rappelle à l'ordre, dans les colonnes du Monde: « On ne peut pas être au gouvernement et en
opposition avec la ligne du gouvernement. »
Autre sujet de discorde et de mesquineries médiatiques : le « Grand Emprunt » sera-t-il grand ? Transformer le surendettement public en projet collectif et populaire, c'est le
projet fétiche, et irresponsable, d'Henri Guaino, le conseiller spécial et non-élu de Nicolas Sarkozy.Les deux présidents de la commission chargée d'élaborer des
propositions d'investissements « stratégiques »sur cet emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé, ont expliqué à plusieurs
reprises que le montant de l'emprutn ne devrait pas dépasser les 30 à 35 milliards. Le sang d'Henri Guaino n'a fait qu'un tour. Il a mobilisé lundi une soixantaine de députés en faveur d'un
« grand Grand Emprunt » d'au moins 50 milliards d'euros. Mercredi, lors de son entrevue « confidentielle » avec quelques
responsables de journaux, Nicolas Sarkozy a tranché : le « Grand Emprunt » sera dans une fourchette de 25 à 30 milliards d'euros, environ 1000 euros par ménage à rembourser...
Mardi, lors de la réunion hebdomadaire du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, François Fillon réplique à son tour : «Le pouvoir exécutif était totalement en
dehors de cette démarche. Les conseillers du président ne font pas partie du pouvoir exécutif !». Le premier ministre n'a pas apprécié l'initiative occulte d'Henri Guaino. Ce dernier
répond qu'il se sent« insensible à
toute forme de recadrage ». On se croirait dans une cour d'école...
L'examen du budget 2010 révèle bien des surprises.Didier Migaud dévoile que l'abandon, depuis le 1er janvier
2007, de toute taxation des plus-values à long terme des cessions d'actifs a coûté 20,5 milliards d'euros en deux ans au budget de l'Etat. Une sacrée niche fiscale instaurée par Jean-François
Copé, l'avocat d'affaires et député UMP qui était à l'époque ministre du Budget. Un autre député socialiste, Jean Launay, a épluché les factures de sondages réglées par l'Elysée en 2008 et
2009. Il a obtenu la confirmation de la boulimie sondagière du Monarque : plus d'un sondage d'opinion par jour a été commandé par l'Elysée. Choisis, définis et financés par la Présidence de
la Rpublique, des dizaines de sondages ont été ensuite partiellement publiés par des divers médias sans que le réel commanditaire ait été mentionné à l'attention du public; nombre d'enquêtes
servaient des lubbies présidentielles («pour ou contre une minute de silence en mémoire des Poilus de la Guerre de 1914-18 ?»), ou desenjeux
électoraux de l'UMP; et un conseiller, Patrick Buisson, rémunéré 1,5 millions d'euros l'an passé, s'est constitué une cagnotte de
près d'un million d'euros de marge sur les études qu'il commandait.Vendredi, la ministre de la Justice a refusé qu'une commission d'enquête parlementaire soit constituée sur le sujet.
Etes-vous surpris ?
L'Elysée a fait le ménage, ses dépenses sondagières ont été réduites à 1,5 millions. Mais le Service d'Information du Gouvernement (SIG) a conclu rapidement une batterie de commandes auprès
des 7 instituts qui travaillaient pour l'Elysée,pour la coquette somme de 3 millions d'euros à
nouveau...
Mi-mandat, plein échec Jeudi, Henri Proglio, PDG de Véolia, a été réélu en tant qu'administrateur d'EDF par l'Assemblée générale des actionnaires. Il ne lui reste plus qu'à être
nommé président du groupe public en Conseil des Ministres, vers le 25 novembre prochain. Cette nomination heurte certains petits actionnaires d'EDF. On parle de confusion des valeurs en
Sarkofrance. Sarkozy a gagné l'élection de 2007 sur des valeurs, celles d'une droite décomplexée sur la fierté nationale, prônant le travail et l'effort, un discours de vérité et la tenue des
promesse. Sarkozy s'assumait comme le chevalier qui allait casser l'hydre laxiste de mai 1968, cette période funeste jugée responsable de tous les maux de la France d'aujourd'hui, une France
restée rebelle et sans repère, honteuse de son passé et paresseuse au travail.Trente mois plus tard, la vérité est
rude. Sarkozy est apparue bien laxiste sur le terrain des valeurs, et de la rigueur morale : penchants bling bling souvent coûteux
pour le budget de l'Etat (comme ces 16 millions dépensés pour un micro-sommet méditerranéen), augmentation de son propre salaire de 172%, népotisme et plantouflage pour ses proches,
complaisance mercantile avec les dictateurs du monde, etc...
Sarkozy voulait redorer le blason de l'identité nationale, ministère à l'appui. Trente mois plus tard, ce ministère, géré par Brice Hortefeux puis Eric Besson n'a davantage existé par les
polémiques récurrentes et honteuses qu'il a suscitées : rafles aux sorties d'écoles, expulsions couteuses et inefficaces, métiers réservés aux étrangers, tests ADN pour le regroupement
familiale, politique du chiffre, harcèlement des migrants, déstabilisation des associations d'aide aux sans-papier, etc... Combien de Français ne sentent plus fiers de leur pays aujourd'hui
?
A l'étranger, la France est désormais présentée par les médias du monde comme une république bananière, gérée par un Monarque agité et inconstant, qui donne des leçons à tous qu'il ne
respectent même pas lui-même. A force d'éplucher ses comptes, d'étudier ses déplacements (283 depuis janvier), d'écouter ses discours à répétition, on a tous fini par découvrir les coulisses du
Sarko-show. Elles sont peu ragoutantes. Sarkozy manipule les sondages, évite ou neutralise les contestataires grâce à des dispositifs policiers hors normes et coûteux, caste les « vrais
travailleurs » qu'il rencontre à chacun de ses déplacements.L'identité sarkozystese révèle pour ce qu'elle est: une manipulation médiatique sans
profondeur.
Que dire enfin du travail ?
Nucléaire, le cancer de la République ?
Lundi, Nicolas Sarkozy était revenu du Cap Nègre pour annoncer un plan Cancer, grillant ainsi la politesse à Roselyne Bachelot. C'était un sujet rêvé
pour sortir des minables polémiques de ces dernières semaines. Qui peut être contre un plan cancer ? Sarkozy promet donc 750 millions d'euros "de dépenses
nouvelles", sur 4 ans, ponctionnés on ne sait où. Il fixe quelques objectifs à son plan Cancer II, comme l'analyse des risques, ou la réduction des inégalités face à la maladie. Il
promet une « Journée nationale de l’activité physique ». Il se félicite de l'augmentation, en janvier, de 6% des prix du
tabac, alors quetoutes les
organisations anti-tabacont accusé le gouvernement d'avoir cédé aux pressions des lobbies du tabac. Il néglige surtout d'insister
sur l'impact des les dégâts environnementaux sur la progression des cancers en France. Fâcheuse coïncidence, les autorités de sûreté nucléaire française, britannique et finlandaise, dans une
déclaration commune, ont émis de sérieux doutes sur la conception du système de contrôle-commande des réacteurs EPR de troisième génération. Les inquiétudes des autorités ne sont pas
minces:elles portentsur « le système de sécurité utilisé pour piloter le réacteur en cas d'incident » ! Chacun de deux EPR en cours de construction coûte 3 à 4 milliards d'euros pièce !Un ministre, anonyme, a déclaré que cette alerte ferait perdre deux à trois ans aux chantiers.
Mardi, le Monarque est retourné au Cap Nègre. Il se repose.
Eric Besson à la peine Le ministre de l'identité nationale a lancé sondébat éponymelundi, site
Web « filtré » à l'appui. Pour le reste, l'opération a fait choux blanc. Les préfets et sous-préfets ont bien reçu leurs consignes, mais l'organisation des débats patinent. Cinq
jours plus tard, le site mentionne péniblement 6 rencontres, étalées jusqu'en janvier.Jeudi, le ministre Besson tenait son premier vrai débat
« physique », à Sciences Po-Paris. A en croire les témoins, on parla moins d'identité française que de l'opportunité d'un
tel débat. Le ministre fut accueilli par 150 étudiants chantant la Marseillaise, tout en brandissant une banderole "Besson Démission".