Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Enfin ! Dans l'affaire des sondages élyséens — l'OpinionGate —, l'heure est au grand déballage. En tous cas de la part des médias. Car comme on pouvait s'y attendre, le gouvernement, lui, ne souhaite
pas l'ouverture d'une commission
d'enquête. Mais journaux, radios et télévisions se sont donc enfin décidés à s'emparer du sujet. Il aura tout de même fallu deux
rapports très officiels pour qu'ils en soit ainsi. Le premier, en juillet dernier, émanant de la très respectable Cour des comptes. Le deuxième, hier, du député socialiste Jean Launay et
diffusé hier à la presse.
Même si cela donne le sentiment que le journalisme ne peut plus se pratiquer qu'en s'appuyant sur ce genre de documents (lorsque le journaliste est
tenu par la main), il faut tout de même se satisfaire que les médias aient décidé de laisser de la place dans leurs colonnes et sur leurs antennes à cette affaire.
Et il faut, aussi, saluer le travail remarquable de Jean Launay. On découvre par exemple que Publifact, le cabinet du conseiller de Nicolas
Sarkozy, Patrick Buisson, servant d’intermédiaire entre les sondeurs et l’Elysée, a engrangé près d’1,5 million d’euros.
On apprend que ce dernier aurait réalisé une marge incroyable dans le cadre des transactions entre OpinionWay et la Présidence de la
République : 83% de marge, soit 910 000 euros ! De quoi susciter de nombreuses questions.
S’interroger, c’est d'ailleurs ce que fait Alain Garrigou, professeur de sciences politiques et membre de l’Observatoire des sondages,
dans une interview donnée à Libération : « L’Elysée défend le choix
d’OpinionWay par Patrick Buisson pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont réputés pour être moins chers ! Pourquoi l’Elysée
paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit
c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de
campagne du futur candidat Sarkozy. »
Très instructif donc ce rapport de Jean Launay. Et très encourageant l'état d'esprit du moment des
médias. Mais il faut aller plus loin et plonger au coeur de la machine qui permet de satisfaire la boulimie sondagière de notre président. La machine ? Le Service d’information du
gouvernement (SIG).
Le SIG possède le plus important budget public en matière d’enquêtes d’opinion : 6 millions d’euros. Mais ce service dépend de Matignon. Officiellement. Car dans les faits, comme Marianne2 a tenté de le montrer il y a quelque temps, l’Elysée s’est emparé d’une part de ce juteux gâteau. La réponse de Thierry Saussez, le patron du SIG, que nous avons évidemment publiée, n'apportait aucune réponse sur le fond, se concentant sur le cas de Laurent Viguier — le numéro 2 du SIG qui a été évincé — et non sur les pratiques sondagières remises en cause par plusieurs membres du service. Le choix du prestataire de la Web-télé fait par la direction du SIG devrait lui aussi éveiller la curiosité des journalistes d'enquête... Autre point de cristallisation : les « procès au portefeuille » — près de 500 000 euros de dommages et intérêt demandés — intentés par Patrick Buisson et OpinionWay devraient également trouver en face d'eux une profession déterminée à empêcher ce type d'intimidation.
Mais apparemment le Service d'information du gouvernement n’intéresse pas encore les médias. Dommage. De mauvais esprits pourraient se demander s'il
n'existe pas un rapport entre la bienveillante neutralité dont bénéficie le SIG et le fait que cet organisme perfuse à
grands coups de millions notre presse malade.
Les dépenses publicitaires du SIG s’élèvent en effet à plus 100
millions d’euros pour une cinquantaine de campagnes multi-supports par an. Ces encarts publicitaires un brin dépouillés (lettrage
noir sur fond blanc) accompagnés du délicieux slogan « Des mesures immédiates, des mesures justes » que l’on voit fleurir dans les journaux, c’est le SIG ! Chaque
campagne de pub de ce genre permettrait de toucher 35 millions de lecteurs. Mais chaque campagne permet aussi aux journaux qui s’en font le relais de se partager 2 millions
d’euros !
Cet été, alors que la page du rapport consacré aux dérangeants liens sondeurs-Elysée était considéré du côté même de la Cour des
comptes comme « une petite bombe », certains médias avaient préféré s’intéresser à des éléments anecdotiques figurant dans le document : l’engagement pris par
Nicolas Sarkozy de rembourser à l’Etat 14 000 euros — une peccadille par rapport au budget de la Présidence — ou bien encore les « dépenses de crémerie » et
les « achats de boucherie » de l’Elysée ! Cette « petit bombe », beaucoup donc ne l'avaient pas vue. Reste maintenant à
savoir si les médias « s’autoriseront » à voir cette autre « petite bombe » que constitue en soi le SIG. A suivre.
(source
marianne2.fr)