Or c’est au niveau de la bureaucratie qu’il y a lieu de craindre les effets de la ratification. Après avoir connu plusieurs
années de morosité, liées aux résistances des peuples, la bureaucratie européenne est aujourd’hui euphorique. La signature du traité de Lisbonne a libéré sa volonté de
puissance.
Longtemps frustrés, les technocrates de Bruxelles veulent à présent mettre les bouchées doubles
Le traité de Lisbonne a d’importantes conséquences en matière de justice et de sécurité et donc de contrôle de l’immigration : dans ces domaines, pour achever le processus
d’intégration. La directive Bolkestein, aux effets si déstabilisateurs sur le marché du travail, un temps gelée, entre en application. Forte de la création d’un ersatz de
ministère des affaires étrangères, la Commission a commencé à recruter 5000 diplomates qu’elle déploiera à travers le monde, à l’égal d’un Etat. Ce nouveau réseau diplomatique ne
manquera pas de dévaluer les ambassades des pays membres. A la première contrainte budgétaire, un gouvernement français d’orientation européiste pourrait tirer prétexte de son
existence pour alléger notre propre dispositif, dont l’étendue fut longtemps un facteur de rayonnement pour notre pays. Les Pays-Bas et la Bulgarie y pensent déjà. les décisions pourront être
prises à la majorité. La formation de policiers européens est à l’étude. Ne doutons pas que Bruxelles se précipitera pour occuper ces nouveaux territoires où pourtant elle est loin
d’avoir fait ses preuves
Le travail d’unification des normes de toutes sortes, en application de l’Acte unique de 1987, destiné à parachever le marché intérieur, va se poursuivre.
En matière agricole, les crises du lait et celle des fruits et légumes ont montré le caractère impitoyable de la mécanique bruxelloise dès lors qu’il s’agit d’écraser les petits, et les
dégâts du tout-marché qu’elle cherche à instaurer. Pourtant la commission a fait circuler un mémorandum destiné à redéployer vers d’autres secteurs les dépenses de régulation des
marchés agricoles, lesquelles seraient réduites de 60 à 30 % du budget communautaire. Heureusement, une offensive française relayée par l’Allemagne semble faire échec à ce
plan. Mais combien de domaines où personne ne réagit ?
Bien que le coup vienne de Strasbourg et non de Bruxelles, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, au mépris du principe de subsidiarité et du souhait
de la majorité des Italiens, d’interdire les crucifix dans les écoles d’Italie, montre jusqu’à quel point l’idée d’un droit abstrait , désincarné, étranger à la volonté des peuples,
fait son chemin.
La manière dont le président du Parlement européen a tenté d’empêcher de parler Nigel Farage, brillant député britannique eurosceptique, montre le climat d’intolérance qui règne plus
que jamais dans une machine désormais remise sur les rails.
A ce regain d’activisme bruxellois, répond une soumission grandissante des administrations nationales pour lesquelles le droit européen est devenu, en France au moins, la loi et les
prophètes. Le Conseil d’Etat vient de décider que les directives européennes étaient immédiatement exécutoires avant même leur inscription dans le droit national. C’était déjà la position –
contestable - de la Cour de justice européenne mais pas encore celle des juridictions nationales. Le Parlement français, qui n’a même plus à intervenir, se trouve ainsi un peu
plus dévalué.
En réussissant à mettre en œuvre le traité de Lisbonne malgré la volonté de peuples, la machine européenne a franchi un pas dont nous ne mesurons peut-être pas encore les conséquences.
Quelque part, l’Europe est désormais sortie du « cercle de la démocratie ». L’étonnante « investiture » de Herman van Rompuy par le groupe de Bilderberg a valeur de
symbole. Cette capacité d’arriver à ses fins en contournant tous les obstacles est typique d’un régime idéologique, appliquant la maxime de Lénine : « deux pas en
avant, un pas en arrière ». Jusqu’ où nous mènera cette machine infernale en marche, dès lors qu’elle a démontré qu’elle pouvait passer outre avec succès à
la volonté populaire clairement exprimée ? Nul ne le sait.
Que l’Europe ne compte plus beaucoup de vrais croyants ne doit pas nous rassurer. Hannah Arendt a montré comment les régimes idéologiques continuaient longtemps à fonctionner
alors même que leurs cadres avaient perdu la foi. Leurs bureaucrates n’en étaient même que plus impitoyables.
Nous émettions l’hypothèse dans un ouvrage paru il y a dix ans (1) qu’il y avait entre un régime véritablement totalitaire et le système idéologique européen la différence
d’un étang revêtu d’une couche de glace épaisse et d’un autre où seulement flotteraient quelques plaques éparses. Mais on sait qu’il suffit que la température baisse de
quelques degrés pour que celles-ci se soudent entre elles et que tout l’étang soit gelé.
A moins que la Grèce, déstabilisant l’euro par sa faiblesse, ne sauve, comme autrefois à Marathon par sa force , la liberté de l’Europe…