Comment on prépare les esprits à la retraite à 62 ans
Slovar - Blogueur associé | Mardi 12 Janvier 2010
Les Français seraient-ils prêts à prendre leur retraite après 60 ans ? Pour le Figaro et le JDD oui. Pour Slovar, tout cela relève d'une manipulation sondagière.
Nous l’avons écrit récemment sur Slovar les Nouvelles : « le Conseil d’orientation des retraites, dont le précédent rapport majeur remontait à 2007, devait présenter
en janvier 2010 ses projections sur l’avenir de notre système de retraite, mais ne le ferait pas, car : "En pleine campagne électorale pour les régionales, il serait délicat pour le
gouvernement de sortir des projections très alarmantes, nécessitant des décisions impopulaires" »
Il est clair que notre « réformateur » de Président que : «rien ne fait reculer» a eu peur
que le contenu du rapport ne soit défavorable à sa majorité. Une fois de plus, les Français sont obligés de constater que les politiciens, sont moins fiers à bras, lorsqu’il s’agit de leur
avenir personnel et de leur maintien au pouvoir! Mais, quel que soit le résultat de ces élections, nous pouvons être certains que les mauvaises nouvelles, non sanctionnables par les
électeurs, vont leur tomber dessus.
Car, comme l’expliquait Laurence Parisot en 2008 : « D’après les derniers calculs que nous avons pu obtenir du Conseil d’orientation des
retraites (COR), on commencerait à rééquilibrer les retraites si on ajoutait aux 41 années de cotisations [...] un âge légal de départ à la retraite de 62 ans ».
Alors, imaginez le contenu du rapport de 2010 !
SONDAGES DE CIRCONSTANCE
Alors, quoi de mieux que quelques sondages pour préparer les esprits et montrer aux Français, qu’en fin de compte, il sont très raisonnables et accepteraient
sans la moindre contrainte de voir diminuer leurs droits ... jusqu’à un certain point, du moins !
Car, comme l’explique le JDD qui est le premier à ouvrir le feu : « Le dossier est, chacun le répète, explosif. Certains proches du chef
de l’Etat mesurent le risque de faire descendre des millions de Français dans la rue et d’entraver le chemin vers une réélection dans deux ans. A l’Elysée, on souligne que le Président « a
l’objectif d’être très ambitieux et de réussir »
« Selon un sondage exclusif Ifop pour le Journal du Dimanche, 40% des personnes interrogées estiment que le système de retraites a
fait l’objet de réformes qui allaient dans le mauvais sens ces dernières années. 76% des Français sont par ailleurs peu ou pas confiants quant au niveau de leur future retraite
(...)
Les personnes interrogées accepteraient de travailler, en moyenne, jusqu’à 62 ans ou presque. Et 41 % des sondés seraient disposés à cotiser davantage pour toucher une pension
satisfaisante.
Nicolas Sarkozy lira ces résultats avec intérêt. Le président de la République a annoncé que les retraites seront le grand rendez- vous social de 2010. "Il faudra que tout soit mis sur la
table, l’âge de la retraite, la durée de cotisation, la pénibilité", avait-il dit devant le Congrès l’an dernier » -
Source JDD
Ce sondage, intéressant, puisqu’il est le premier pour l’année 2010 ne doit pas à notre sens être considéré comme un « mètre étalon », dans la mesure ou il a été réalisé avec un
« échantillon de 1019 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont 522
actifs » Ce qui nous semble un peu juste pour tirer des conclusions.
Mais cela n’a pas posé de problème au Figaro, qui comme le JDD affirme que : « Les Français prêts à un recul de l’âge de la retraite »
Et d’affirmer : « Selon un sondage paru dimanche dans le Journal du Dimanche, les Français,
toujours plus inquiets quant au montant de leur future retraite, seraient prêts à des sacrifices
(...) Un sondage instructif, à quelques mois d’une nouvelle mise
en chantier du système. Le chef de l’Etat a en effet choisi l’année dernière d’avancer le calendrier de la réforme des retraites de 2012 à 2010. Si la CGT estime le système actuel
« viable », le secrétaire général de la CFDT François Chérèque se prononce en revanche
pour l’instauration d’un système à points, plus personnalisé que le système actuel, comme l’a déjà fait la Suède. (...)
S’il envisage un recul de l’âge légal de la retraite aujourd’hui fixé à 60 ans, une hausse des cotisations ne semble pour l’instant pas à l’ordre du jour »
UNE QUESTION BIEN TOURNÉE
Que disent exactement les 1019 personnes dont 522 actifs interrogés par le JDD ? Nous vous proposons d’en juger au travers de quelques tableaux extraits du
sondage.
L’estimation de l’âge légal pour
son propre départ à la retraite Question :
« D’après vous, à quel âge serez-vous contraint de partir à la retraite ?
»
Base : actifs, soit 54% de l’échantillon. Ensemble (%)
• Moins de 60 ans ............................. 8
• De 60 à 64 ans ............................... 30
• De 65 à 69 ans ............................... 38
• 70 ans et plus ................................. 24
TOTAL ............................................... 100
• Moyenne .......................................... 64.7 ans
La façon dont la question est posée est importante. Car, en effet, elle fait référence à la notion de « contrainte ». Ce qui naturellement donne ces réponses fatalistes !
Question : « Et jusqu’à quel âge seriez-vous
prêt à travailler pour avoir une bonne retraite ? »
Base : actifs, soit 54% de l’échantillon. Ensemble (%)
• Moins de 60 ans .................................................. 13
• De 60 à 64 ans ..................................................... 44
• De 65 à 69 ans ..................................................... 33
• 70 ans et plus ...................................................... 10
TOTAL ..................................................................... 100
• Moyenne ................................................. 61.9 ans
Question : « Et si vous aviez le choix, concernant votre retraite, préféreriez vous... ? «
Base : actifs, soit 54% de l’échantillon. Ensemble (%)
• Cotiser davantage pour partir à la retraite le plus tôt possible .......... 41
• Travailler le plus longtemps possible pour vous garantir une retraite
satisfaisante.................................................................................................34
• Partir le plus tôt possible quitte à avoir une retraite moindre ........... 23
• Rien de tout cela ............................................................................... 2
• Ne se prononcent pas ............................. - TOTAL .......................................................... 100
Ce qui ne signifie nullement, contrairement à ce qu’affirment le JDD et Le Figaro que : « les personnes interrogées accepteraient de
travailler, en moyenne, jusqu’à 62 ans ou presque » tout au plus, elles ne se font aucune illusion sur le sujet !
Même si nous persistons sur le fait que l’échantillon est trop faible pour tirer des conclusions. Il semblerait bien que l’allongement de la durée de cotisation ne fasse pas l’unanimité et
pourtant, c’est la piste privilégiée par le gouvernement qui se refuse à une augmentation des cotisations et le MEDEF qui continue de proposer de repousser l’âge légal à ... 62 ans
!
Grand absent de cette étude : le taux d’emploi des plus de 50 ans qui continue à être désespérément bas. Car, comme l’indique la Documentation française :
«Avec un taux d’emploi de 37,8% pour les 55-64 ans en 2005, la France se situe très en dessous de la moyenne européenne - 42,5% - et loin des
50 % en 2010 fixés au niveau communautaire.»
Or, ce sont eux qui sont le plus exposés. Et, dans la mesure où les mesures gouvernementales se limitent à une taxe, qui sera habilement détournée, grâce au catalogue de
« bonnes pratiques » produit par Nicole Notat ex secrétaire général de la CFDT
(lire Slovar : « Plan emploi seniors : Laurent Wauquiez se complaît
dans les mesures cosmétiques ! ») ils risquent d’être les premières victimes d’un allongement de la durée de cotisation.
VALLS POUR L'ALLONGEMENT DE LA DURÉE de l'AGE DE LA REtraite
Aussi, il est très étonnant que ce soit un socialiste qui enfonce le clou de l’allongement de la durée de cotisation :
« Manuel Valls s’est prononcé lundi matin en faveur de l’allongement de la période de cotisation dans le cadre de la réforme des
retraites, au lendemain de la publication par Le Journal du Dimanche d’un sondage allant dans le même sens. "Il faut dire la vérité aux Français", a déclaré le député socialiste, interrogé
par Europe 1, prônant "un large consensus sur la réforme des retraites" mais "à condition que la réforme soit juste". Manuel Valls plaide
notamment pour la prise en compte de la pénibilité du travail » - Source JDD
Toute la question est de savoir à quel titre il s’exprime ? Et, surtout, amène à se poser une autre question : Sa proposition de changer les méthodes et le nom du Parti Socialiste incluait
t-elle le ralliement pur et simple aux thèses en cours à l’Elysée et dans la majorité parlementaire ?
Car, il aurait peut-être pu évoquer un autre grand absent de l’étude IFOP/JDD : Le « fond de réserve des retraites » créé en 1999 par le gouvernement
de Lionel Jospin afin d’assurer la pérennité des régimes de retraite de base du privé, et qui avait pour objectif initial de cumuler 150 milliards d’euros d’ici 2020. Celui-ci ne disposait
que de 34,5 milliards d’euros d’actifs au 31 décembre 2007 et cette situation financière s’est même aggravée après une perte de 3,1 milliards d’euros sur les marchés financiers par
l’intermédiaire de la caisse des dépôts et consignations (CDC), chargée de sa gestion.
« Les partenaires sociaux craignent un démantèlement de ce fonds car Nicolas Sarkozy n’a pas de sympathie particulière pour cet outil
destiné à lisser, à partir de 2020, les besoins de financement du régime de retraite des salariés du privé. Au vu des dotations annuelles moyennes (4 milliards d’€), le cap initial fixé de
150 milliards semble inaccessible et ce fonds ne couvrirait que 22 % des besoins definancement des régimes de
retraite » Source Réformer aujourd’hui
Alors, quoi de mieux que quelques sondages pour préparer les esprits et montrer aux Français, qu’en fin de compte, il sont très raisonnables et accepteraient sans la moindre contrainte de
voir diminuer leurs droits... tout en évitant de leur parler des éventuelles pistes alternatives