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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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Z'AVEZ PAS VU ALAIN MINC...?

Les amis de Zacharias évitent son procès

Emmanuel Lévy- Marianne | Vendredi 26 Mars 2010

Jeudi 25 mars s'est ouvert le procès contre Antoine Zacharias, le patron de Vinci. Mais pourquoi donc les principaux acteurs de ses rémunérations extravagantes, les Messier, Minc et Dinin n'ont-ils pas été convoqués par le tribunal ?


La pub Vinci. Ironique, non?
La pub Vinci. Ironique, non?
Ce n’est pas tous les jours qu’un tribunal somme un ex-grand patron de s’expliquer sur l’importance extravagante de sa rémunération. Les 25 et 26 mars, devant la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre, Antoine Zacharias a dû peiner pour justifier son salaire de 4,4 millions d’euros, son golden parachute de 13 millions et son énorme retraite chapeau de 2,2 millions d’euros. L’ex-patron de Vinci avait poussé à la dérive des rémunérations patronales jusqu’à un paroxysme tel qu'il avait fini par s’attirer les foudres de ses pairs. Ceux-ci, affolés de l’effet dévastateur sur l’opinion publique de ces faramineuses rémunérations, obtinrent sa tête lors d'une réunion informelle à la veille du Conseil d'Administration de Vinci. Les plus influents d'entre eux ont décroché leur téléphone pour convaincre les administrateurs du groupe de mettre Antoine Zacharias en minorité. Il a donc dû répondre durant toute la journée aux questions malicieuses du juge Isabelle Prévost-Desprez.

C’est à peine si Antoine Zacharias comprend la raison de sa présence à Nanterre : « J’ai beaucoup réfléchi et j’en arrive à la conclusion qu’il est dangereux de construire quelque chose de grand dans ce pays. Mais je n’ai envie de juger personne », déclare-t-il. Réplique cinglante de la magistrate : « Aujourd’hui, si vous le permettez, ce n’est pas votre position.» Dans ce drôle de duel qui oppose la présidente du tribunal et un Antoine Zacharias poursuivi pour « abus de bien social », ce qui frappe le plus c’est l’absence de témoin. Pas le moindre témoignage.
Pas d'Alain Minc à l'audience, dont le nom a pourtant été cité des dizaines de fois, et pour cause, il était membre du comité de rémunération qui a couvert d’or Antoine Zacharias. Pas plus de Jean-Marie Messier, ex-patron de la Générale des eaux dont le groupe Vinci est issu. Ni non plus de Alain Dinin, patron de Nexity, et membre lui aussi du comité de rémunération de Vinci à l’époque des faits. Cette remarquable mise en scène de l'absence, on la doit avant tout à Philippe Courroye. Le procureur général de Nanterre, réputé proche du pouvoir, veut bien jeter en pâture à l’opinion publique Antoine Zacharias mais guère plus.

Ça tombe bien. À l’Élysée, on ne doit pas être mécontent de montrer aux Français qu’un « patron voyou » peut être traîné devant la justice. Les multiples télés présentes pourront faire de jolies images pour les JT, mais il y a quand même des limites. Va donc pour le petit ingénieur du BTP parvenu à « faire » un géant du béton et de la concession, car il n’a jamais vraiment fait partie du sérail des grands patrons, celui des dirigenys issus eux de l’X, de l’ENA ou de Normal (voire d’un mix).

Cette mise en scène qui laisse loin de la barre ceux qui sont encore en place n’a pu être obtenue qu’avec l’assentiment des autres parties. À savoir Vinci, partie civile, mais aussi dans le camp de Zacharias. Pas de témoin, pas d’images de Minc le soir au JT.

Cumul retraite chapeau et présidence. A quand le tour d'Henri Proglio?
 Durant cette première journée, l’essentiel des débats a porté sur la façon dont furent décidées les modalités de la rémunération d’Antoine Zacharias. Prises par le comité du même nom en août 2005, elles ont été néanmoins validées par l’ensemble du conseil d’administration un mois plus tard. Du 100% variable, en fonction de l’enrichissement de la boîte et du cours de bourse. Le risque « inflationniste » d’un tel dispositif avait été clairement identifié par un rapport commandé par le comité de rémunération qui n’en a eu cure. Antoine Zacharias a beau expliqué qu’il existait un aléa sur l’issue, en termes de hausse ou de baisse, on a du mal à le croire.

Au second semestre 2005, Vinci est en pleine négociation avec l’État. Le groupe a en vue l’acquisition d’une mine d’or : les Autoroutes du Sud de la France (ASF). Privatisées pour une bouchée de pain, le résultat n’a pas été long à se traduire dans les comptes de Vinci. Non sans un petit coup de pouce de Jacques Chirac. Car pour intégrer les juteux profits d’ASF dans ses comptes, Antoine Zacharias doit absolument obtenir, pour Vinci, un poste d’administrateur dans ASF. L’affaire, mal partie, n’est résolue que grâce à l’intervention du Président. Merci donc Chirac. Résultat : le salaire d’Antoine Zacharias s’envole de presque 30 %, passant à 4,4 millions d’euros et avec lui le montant de sa retraite (50% de son dernier salaire) comme de son golden parachute chiffré à 3 ans de salaires. Pour Vinci le coût est rude. Le groupe doit provisionner 18 millions d’euros supplémentaires, le montant total atteint 40 millions d’euros, somme nécessaire pour couvrir les engagements de retraite de son PDG. « 40 millions d’euros, c’est un millième de la richesse que j’ai créée avec Vinci », s’emporte Antoine Zacharias. Et d’appuyer là ou ça fait mal : « Le jour où j’ai pris ma retraite, s'il y avait eu un type courageux, il se serait levé et aurait dit : "Je ne suis pas d’accord pour que Zacharias touche 2,2 millions d’euros". »

Et personne ne s’est en effet levé ce jour-là. D’autant que le retraité Antoine Zacharias a conservé le poste de Président du conseil d’administration, et a dirigé le comité de nomination qui a la haute main sur l’évolution de carrière de tous les dirigeant de Vinci. C’est sur la question de ce cumul, ajoutant à la retraite chapeau la continuité de l’activité de Zacharias, que la Présidente du tribunal semble vouloir appuyer. Elle sait que tant dans le code de la sécurité sociale que dans les recommandations Afep-Medef, l’obtention de la retraite chapeau est conditionnée à « l’achèvement de la carrière». Sinon, les euros accumulés dans les plans de retraite, et à ce titre exonérés de charge, doivent être requalifiés en salaires et soumis à cotisations sociales.
Voilà que ce procès pourrait faire une victime collatérale, en la personne d’Henri Proglio… Car le cumul d'une retraite chapeau et de la présidence de son ancienne boîte est actuellement une réalité chez Véolia.
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