Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Les deux rivaux de la polémique sécuritaire se sont montrés debout sur la tribune du ministère de l'intérieur, lundi 30 août après midi. L'occasion
d'outrances sans limite dont ils ont désormais le secret. En trois actes.
Déstabilisé par les critiques, les ministres choisissent la surenchère.
Après les Roms, les Roumains.
Hortefeux a récidivé. Mercredi dernier, il avait déclaré sur RTL: «Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance
par communauté, mais il y a des statistiques par nationalité et j'observe par exemple qu'à Paris la délinquance de
nationalité roumaine avait augmenté l'année dernière de 138%». Lundi, pour la deuxième fois en quelques jours, le ministre de l'intérieur a dénoncé les crimes et délits d'une catégorie
d'immigrés, les Roumains. « Aujourd'hui, à Paris, la réalité est que près d'un auteur de vol sur cinq est un Roumain. » Ou encore : « un vol commis par un mineur sur quatre l'est par
un mineur roumain. » Brice Hortefeux balança toute une batterie de statistiques similaires : les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en 18
mois; les actes violents commis par des mineurs roumains aurait augmenté de 64 % en un an; les vols avec violence de 117%; un acte de délinquance sur vingt serait commis par un Roumain (5,71 %).
Les Roumains seraient responsables de 8,5% des actes de délinquance de proximité. Suprême détail, dans le cas d'escroqueries sur les distributeurs de billets, « il arrive que la police
interpelle dans la même journée deux ou trois fois les mêmes individus ».
Et Eric Besson ajouta : « Notre droit ne connaît les étrangers qu'à raison de leur nationalité. Les Roms ne sont pas considérés en tant que tels, mais
comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité .»
Brice Hortefeux a brisé un tabou. L'utilisation de statistiques inédites, sur une nationalité particulière - les Roumains. On attend la
suite.
On ne sait pas d'où il sort ses chiffres. L'Observatoire
National de la Délinquance, seule source officielle à date, n'a jamais publié de statistiques par nationalité. Y-aurait-il des statistiques cachées ? Hortefeux invente ainsi la délinquance
roumaine, et ses chiffres sont étonnants. Le glissement vaut le détour : des Roms, on est passé aux Roumains. 95% des gens du voyage présents en France sont paraît-il Français, autre statistique
non prouvé. Besson et Hortefeux se raccrochent à leurs branches polémistes. Jamais, depuis le début de l'été et l'assaut médiatique contre les Roms, le gouvernement n'a-t-il avancé une quelconque
mesure de la délinquance spécifique des Roms ou des Roumains (comme si l'amalgame allait de soi).
Des lois d'exception pour expulser facilement
Jusqu'à maintenant, Eric Besson appliquait une feuille de route qu'il défendait comme républicaine : un immigré entré illégalement sur le territoire
français devait être renvoyé dans son pays d'origine. La polémique sur les Roms a ouvert un nouveau front. Citoyens européens, et de surcroît nomades, les Roms n'entraient que difficilement dans
les catégories habituelles. Il fallait donc inventer un cadre quasiment sur-mesure, quitte à plonger en peu plus. Besson et Hortefeux ont travaillé tout l'été, écouté les critiques, peaufiné
leurs argumentaires. Lundi, le dossier était prêt.
Eric Besson a ainsi annoncé trois propositions de loi:
1. Un projet d'amendement à la loi sur la sécurité intérieure, dite Lopssi, pour étendre les possibilités d'expulsion en cas de « menace à l'ordre
public à l'occasion d'actes répétés de vols ou de mendicité agressive ». Besson fait du Hortefeux : le ministre de l'intérieur prévoit d'inventer un nouveau délit, le fameux mélange d'abus
de faiblesse, de polygamie de fait et d'escroquerie, défini sur-mesure pour traiter le cas Lies Habedj.
2. La seconde proposition sera un amendement au projet de loi sur l'immigration déposé au Parlement le 27 septembre prochain : Eric Besson expliquait lundi
qu'il permettra de « sanctionner ceux qui abusent du droit au court séjour (i.e. trois mois maximum) afin de contourner les règles plus strictes du long séjour. » C'est
effectivement une véritable mesure anti-Roms. Le ministre entend ainsi répondre aux critiques énoncées cet été contre l'absurdité des expulsions de citoyens européens tels les Roms qui, aussitôt
expulsés, peuvent revenir en France. « Les ressortissants européens ne jouissent pas d'une liberté de séjour sans limite au sein de l'Union européenne » a-t-il
expliqué.
3. La troisième idée du ministre de l'immigration, un autre amendement au projet de loi, permettra « la reconduite dans leurs pays d'origine des
personnes qui représentent une charge déraisonnable pour notre système d'assistance sociale. » La charge est lancée : les Roms seraient-ils donc responsables des déséquilibres de financement
de notre Sécurité sociale ?
Déstabilisés par les critiques
Lundi, les deux compères et rivaux tentèrent de répondre aux critiques : contre le parti socialiste, Hortefeux dénonça l'hypocrisie de Martine Aubry,
au prix d'un joli mensonge rapidement démenti par la Maire de Lille : il
s'est ainsi étonné « de l'hypocrisie de certains responsables publics qui s'émeuvent au mois d'août de ce qu'ils ont eux-mêmes demandé en juillet », rappelant, photos exhibées à l'appui
devant les journalistes, que la communauté urbaine de Lille avait demandé « d'évacuer un campement de Roms à Villeneuve-d'Ascq ». Deux évacuations ont effectivement eu lieu en août (les
19 et 26), mais sur la base de demandes antérieures aux polémiques de juillet sur les campements sauvages et sans demander d'expulsion du territoire.
Dans son intervention, Eric Besson compléta : «
ceux qui accusent la France, sans aucun fondement, de violer ses obligations internationales et européennes, ainsi que ses règles et traditions
républicaines, conduisent un combat partisan et ne font en réalité que salir l’image de notre pays. »
Sans gêne, le ministre de l'intérieur prit également soin de préciser : « Il ne s'agit en aucun cas de stigmatiser telle ou telle population, mais
il ne s'agit pas non plus de fermer les yeux sur une réalité. »Toujours sans gêne, Hortefeux, qui recevra mardi le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale, a cru
bon de souligner que le gouvernement et l'Eglise étaient sur la même longueur d'ondes (sic !) : « Les déclarations qui ont été faites par la plupart des responsables de la hiérarchie
catholique disent, à juste titre, la même chose (...). Ils parlent de notre devoir d'accueil et du respect des autres ».
Que fait le serein François Fillon ?
Mardi matin, Brice Hortefeux pouvait avoir un motif de satisfaction : le nouveau préfet de l'Isère a annoncé l'arrestation du
second braqueur « présumé » du casino d'Uriage. La mort d'un premier braqueur, en juillet dernier, avait déclenché des violences dans la banlieue de Grenoble, puis la surenchère
insécuritaire de Nicolas Sarkozy lors de son fameux discours sur place le 30 juillet.
Maigre satisfaction.
Juan Sarkofrance