Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
L'état de la démocratie chez nous (si elle est seulement
née un jour), préoccupe beaucoup de monde. Est-elle vraiment malade, en comas dépassé, ou même déjà morte, affichant encore un peu de cette souplesse molle qui précède la rigidité cadavérique?
Parce qu'il faut bien reconnaître que nous discutons pour le moment de son état en toute liberté: c'est au moins un signe de flexibilité du régime. Ceci n'ayant de signification que dans la
mesure où il y a bien eu une démocratie chez nous, chacun pouvant reconnaître une lanterne dans sa vessie
préférée.
En tout cas, démocratie ou pas, nous vivons encore dans une république ou prévaut un certain état de droit. Plus ou moins, et plutôt moins que plus, tant le
droit y semble soumis aux quatre volontés de Nicolas Sarkozy. Prenons le feuilleton de l'affaire Bettencourt: officiellement les débats publics
portent sur les soupçons de conflit d'intérêts qui pèsent sur Eric Woerth. Mais c'est en réalité le président qui mène le bal et fait
barrage à l'instruction du dossier par un magistrat indépendant. Mis à part la Corée du Nord et quelques pays de ce genre, on ne voit pas où il serait possible de laisser l'enquête aux mains d'un
procureur lié au pouvoir en place, et qui plus est, dont le nom est cité par l'un des protagonistes de l'affaire. C'est déjà incompatible avec l'état de droit.
On ne peut se défendre de sentir l'influence de l'Élysée dans les propos ridiculement alambiqués tenus tardivement par M. de Maistre pour tenter de faire
croire que M. Woerth n'est pour rien dans l'embauche de sa femme par Mme Bettencourt. Cela permet à
l'entourage présidentiel de proclamer que le ministre est blanc comme neige, de même que cet entourage avait claironné de prétendues rétractations de la comptable, bientôt
démenties…
On ne peut se défendre de voir encore l'ombre du président derrière les nouvelles poursuites intentées par Mme Bettencourt et M. de Maistre contre Mediapart.
N'ayant pu obtenir le retrait du journal en ligne des enregistrements à l'origine du scandale d'état, ils récidivent en appel. Demain après-midi sera donc à nouveau mise sur la sellette la
liberté de la presse. Celle d'informer en l'occurrence les citoyens français des soupçons qu'ils ont quelques raisons de nourrir à l'égard du ministre Éric Woerth.
Ce que veulent faire disparaître les empoisonneurs de la démocratie, ce sont notamment les propos ci-dessous, tenus par M. de Maistre —transcription de
l'enregistrement que l'on peut entendre sur Mediapart:
«Je me suis trompé, quand je l'ai engagée… C'est à dire qu'en fait, avoir la femme d'un ministre comme ça, ça n'est pas un
plus, c'est un moins. Je me suis trompé. Pourquoi? Parce que, comme vous êtes la femme la plus riche de france, le fait que vous ayez une femme de ministre chez nous, tous les journaux, tous les
trucs disent : oui, tout est mélangé, et cotera… J'avoue que quand je l'ai fait, son mari était ministre des finances , il m'a demandé de le faire. Je l'ai fait pour lui faire
plaisir.»