Il faut serrer les rangs, démonter l'adversaire, fustiger, calomnier, qu'importe l'argument. N'importe qui dit n'importe quoi, mais qu'importe, c'est pour la bonne cause. La défense du
président. Sarkozy attaqué, c'est toute la Sarkofrance qui tremble sur ses bases.
Depuis mercredi matin, les consignes sont claires. L'équipe au pouvoir tente un jeu d'équilibriste inattendu et périlleux : insulter Mediapart, et
les journalistes en général, tout en feignant de conserver son calme et l'image d'un gouvernement au travail.
1. Valoriser la douleur d'un homme, Eric Woerth. Ce fut le cas dès mardi soir, à 20h, au journal télévisé de TF1. Le ministre du travail était interrogé par Laurence Ferrari. «C'est
pour moi insupportable, c'est inacceptable».
2. Ensuite, attaquer nommémentMediapart, le site d'informations et d'investigations fondé par Edwy Plenel, et plus généralement les journalistes. Le cercle proche du président a usé des mêmes éléments de
langage fustigeant Mediapart: Xavier Bertrand a parlé de «méthodes fascistes»,Nadine
Moranoqualifié Mediapart de «site de ragots»,Christian Estrosil'a comparé à «une certaine presse des années trente». Benjamin Lancar, le patron des Jeunesses sarkozyenne a comparé les articles de Mediapart aux
montages photo soviétiques sous Staline. L'outrance et la calomnie sont des réponses attendues du camp sarkozyste. Edwy Plenel a annoncémercredi matinqu'il allait porter plainte pour diffamation. Le journaliste rappelait également qu'après les révélations de Mediapart, Bettencourt allait
régulariser sa situation fiscale, Florence Woerth avait quitté la gestion de la fortune Bettencourt,
3. Enfin, expliquer qu'on ne cèdera pas à la pression. Woerth ne démissionnera pas. «Le gouvernement est au travail (...). Il y a une stabilité gouvernementale que l'on trouve peu
ailleurs aujourd'hui» justifia Luc Chatel «L'autorité exige de ne pas céder aux humeurs du jour (...) Tout pouvoir rencontre un jour ce cortège de coups bas et de calomnies
» ajouta François Fillon, à l'issue d'une rencontre avec des députés UMP. Et Sarkozy, lors du Conseil des ministres de mercredi, n'a pas dit autre chose: «le gouvernement est au
travail et continue à agir. Il a sa feuille de route, c'était l'esprit du message du président» a rapporté Luc Chatel.
Sauve qui peut ! (bis) Mercredi en fin de matinée, la police confirmait l'un des dires de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt: le
retrait de 50 000 euros le 26 mars 2007 sur l'un des comptes de Mme Bettencourt a bel et bien eu lieu.Dans la journée, on apprenait aussi qu'elle avait enfin mis la main sur les fameux carnets de comptes, où
l'ex-comptable de Mme Bettencourt consignait ses retraits et versements. On attend la suite. Le rapport de l'IGF est attendu vendredi. Que prouvera-t-il ? Rien sur un financement illégal
éventuel. Cette enquête concerneune
éventuelle intervention d'Eric Woerth pour éviter à Liliane Bettencourt tout contrôle fiscal, une accusation ... que personne
n'a faite !
Autre enquête, préliminaire celle-là, la police continuait ses investigations sur la véracité des enregistrements pirates. Mais à la demande de Philippe Courroye, le procureur de
Nanterre, elle a commencé à enquêter, toujours de façon préliminaire, sur les propos de Claire T de lundi.On imagine qu'elle marche
sur des oeufs. Une enquête préliminaire, contrairement à une instruction d'une juge indépendant, n'est pas encadrée par le
périmètre d'une plainte officielle. Elle peut aller loin (Julien Dray en a fait l'amère expérience l'an dernier) ou s'arrêter très vite.
D'ailleurs, l'affaire Woerth-Sarkozy nourrit deux nouvelles interrogations : si les calomnies sont si insupportables, pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas porté plainte pour
diffamation ? Le ministre du Travail a choisi, mercredi, de porter plainte contre X pour «dénonciation calomnieuse», suite aux accusations de lundi. Ce choix n'est pas
inintéressant: pour avoir gain de cause, Eric Woerth devra prouver, en justice, que [«la réalité du fait [contesté] n'est pas établie ou que celui-ci n'est pas imputable à la personne
dénoncée. »]url:http://www.lexinter.net/Legislation2/denonciation_calomnieuse.htm Autrement dit, Eric Woerth veut prouver, par voie de justice, qu'il n'a pas touché 150 000 euros en
espèces pour le compte de la campagne de Nicolas Sarkozy. Soyons précis: qu'il les ait perçu ou pas n'est pas le sujet. Le sujet de cette affaire, rappelons-le, est de savoir si oui ou
non Nicolas Sarkozy a bénéficié d'une dotation en espèces de 150 000 euros pour financer sa campagne électorale. Pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas porté plainte ? Parce qu'Eric
Woerth doit jouer son rôle de bouclier jusqu'au bout. S'il saute, Sarkozy saute ensuite.
Le Monarque peut rester confiant. En matière de financement politique illégal, la prescription est de ... 3 ans, soit cette année pour des faits remontant à l'année 2007. Quelle bonne
nouvelle ! Autre interrogation, pourquoi donc chaque ministre et secrétaire d'Etat s'est-il créé, à l'instar d'Eric Woerth, un micro-parti politique personnel ? Les trois versements, non
contestés à droite, réalisés par Liliane Bettencourt à Valérie Pécresse, Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, via trois associations politiques distinctes, ont permis à la milliardaire de
dépasser légalement les 7 500 euros de dons annuels autorisé à un même parti.
Parmi les membres du gouvernement, il en est qui visiblement n'a rien compris au contexte, n'a tiré aucune leçon des polémiques du moment. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi,
était le 28 juin dernier à Londres pour dîner avec des ... financiers français de la City. Le Point, dans son édition du 8 juillet 2010, rapporte qu'il «a également demandé leur
soutien financier pour son mouvement politique Nouvel Oxygène. »