Pauvre Laurence Ferrari! Son tour de chauffe avec le président n'aura duré que dix minutes. Juste le temps d'évoquer, en vrac, l'affaire Proglio, les
retraites, le chômage, Haïti, l'identité nationale, la guerre en Afghanistan. Avec autant de sujets en quelques minutes, Laurence Ferrari ne pouvait que passer les plats à son
interlocuteur. C'est d'ailleurs ce qu'elle fait sans se départir de son sourire figé, comme collé à son faciès...
A sa décharge, elle a été fusillée d'entrée de jeu par le Président lorsqu'elle a évoqué le salaire d'Henri Proglio : « Laurence Ferrari, si
je comparais votre salaire à celui d'un smicard, je suis sûr que cela choquerait de nombreux télespectateurs. » Dès lors, la présentatrice du JT était au tapis. Elle paraissait
ailleurs, groggy, se contenant d'enchaîner les questions de façon mécanique... Comme à la boxe, le gong est venu la sauver dans les cordes....
Les Français de base pouvaient-ils se montrer plus percutants ? Dans la structure même de l'émission, le Président a répondu avec affection — curieusement,
il nomme les femmes par leur prénom et donne du Monsieur aux hommes — et s'est évadé dans les généralités. Chaque sujet est l'occasion de dire que la situation est dure, qu'il fait de son
mieux, qu'il fallait bien faire ce qu'il a fait, que ça serait bien pire s'il n'avait pas été là, qu'il entend bien les doléances de chacun, mais que, comme il est le Président de tous il
remet la France sur les rails en tenant compte de l'intérêt général, etc.
Pourtant les héros du quotidien présents se sont montrés peu complaisants, parfois même pugnaces et irrévérencieux. Bien sûr, pas forcément au parfum de tous les dossiers, ils ont laissé
le Président aligner nombre de contre-vérités que Marianne2, ainsi que d'autres
sites internet, comme Mediapart et Rue89, ont également
relevées.
Mais tout de même. Pierre Le Ménahès, un syndicaliste CGT de l'automobile lui a demandé ce qu'attendait le pays pour taxer les revenus financiers. La productrice de lait Sophie
Poux l'a interrompu à plusieurs reprises pour lui signifier la gravité de la situation vécue par les agriculteurs. Bernadette, l'employée de la grande distribution a contredit le
président qui prétendait que compte tenu du revenu du foyer — 3 000 euros par mois — et de ses trois enfants, elle ne devait pas payer d'impôts. Faux, rétorque la brave dame, elle en paye.
Bon, le Président revient à la charge en s'efforçant de lui proposer des heures sup. Caramba, encore raté ! La brave dame répond que son employeur les refuse. Sarko se propose alors de
descendre sur le terrain et de prendre langue avec lui pour le convaincre de les refiler ces putains d'heure sup (merde alors !). Il n'y a aucune raison que son employeur refuse les heures
supplémentaires.
Vient Monsieur Berthelot, artisan à la retraite qui survit avec 400 euros par mois et se trouve donc contraint de travailler. Lui va peut-être crever la
bouche ouverte, mais les Français doivent se rassurer : grâce à un projet de loi sur la protection du patrimoine, Nicolas Sarkozy lui annonce que ce qui lui est arrivé ne pourra plus
arriver à aucun Français. Ce qui lui fait une belle jambe à monsieur Berthelot...
Face à ces Français accrocheurs — en tout cas plus que Laurence Ferrari — le Président est remonté sur son petit poney de candidat. Colossale finesse : il est redevenu candidat après
avoir répondu à Laurence Ferrati qu'il ne mêlerait pas de la campagne des élections régionales, omettant de rappeler qu'il a dit tout juste l'inverse voici quelques semaines aux élus de
l'UMP.... Peur importe, personne ne le lui a rappelé.
Le candidat-président devenu président-candidat a manifesté, comme lorsqu'il était en campagne, de l'empathie pour tous ces cas personnels que TF1 lui a jetés en pâture. Ils sont soit
« courageux », soit « sympathiques », soit « dynamiques », etc. Le Président a, en somme, tenté de retrouver les sensations du candidat, un peu comme un joueur
de tennis qui reviendrait sur un cour après une longue absence. Qu'on se le dise, le Président est un Français comme vous et moi. Il s'est, avec eux, indigné des lenteurs de la bureaucratie
française, de la frilosité des banquiers, du gaspillage des administrations, des préjugés des patrons. Avec un tout petit souci : en 2007, le candidat Sarko clamait partout qu'il fallait
une rupture avec Chirac. En 2009, et, plus encore, en 2012, la rupture, ce sera avec qui ?
Toujours aussi obséquieux, Jacques Séguéla a déclaré, sitôt son poste éteint, que cette intervention ferait date. Les instituts de sondage, qui ne manqueront pas de consulter les
Français sur son impact, ssont priés de vérifier sur le terrain la parole du pubard du siècle dernier...