L’exemple avec Christine Lagarde. La ministre de l’Economie déclarait, hier, que son niveau de rémunération n’avait rien de faramineux et affirme, aujourd’hui, que sa double fonction ne doit
pas « durer éternellement ». L’exemple aussi avec Eric Woerthqui usait, il y a quelques
jours, du même argumentaire et qui désormais estime que« cette situation a pour vocation d’assurer une
transition ». Ce matin, sur France Inter, Xavier faisait entendre ce qui semblait être une voix différente. Pour lui, Henri Proglio peut conserver ses
fonctions exécutives à la tête d’EDF et ses fonctions non-exécutives à celle de Veolia. Et d’ajouter : « C’est aux
dirigeants de Veolia de décider ».
Tout cela semble relever d’une sérieuse stratégie d’enfumage et d’un malin partage des rôles. Face à une opinion très remontée, les membres du
gouvernement jouent ceux qui ont entendu la grogne populaire tandis que le patron de l’UMP semble, lui, envoyer un message aux forces économiques, un message résumable
ainsi : « Chers patrons, vous restez maîtres chez vous » ! Mais
quel que soit le discours tenu, le résultat est le même. Car même si les ministres demandent à ce « pauvre » Henri de choisir, ils se gardent bien de fixer une date butoir. Ça
ne doit pas « durer éternellement » dixit Lagarde. Le
temps « d’assurer une transition » dixit Woerth.
Une « transition » ? Oui, mais laquelle ? Celle d’Henri Proglio
qui a passé plus de trente ans à Veolia ? Ou celle que tout le monde soupçonne : une transition juste le temps de mettre en place des synergies entre les deux
groupes ?
Quoi qu’il advienne, c’est Henri Proglio qui sortira gagnant-gagnant de cette affaire de la double casquette. Notre homme a beau voir abandonné ses 450
000 euros d’indemnités chez Veolia, il a beau être décrit comme désintéressé par les médias, il a tout de même réussi un coup de force : se faire augmenter de 45% (1,6 million
d’euros) à EDF ! Mais s’il n’y avait que ça. Henri Proglio a une tête à chapeaux. En plus de pouvoir arborer une double casquette, il pourrait prétendre à une retraite chapeau chez
Veolia. En 2008, le groupe privé
a provisionné à cet effet 13,1 millions d’euros. Ou comme l’écrit le journaliste de Marianne Hervé Nathan
sur son blog :« Veolia assurerait à Henri Proglio, s’il fait valoir ses droits à la retraite, une pension équivalente à
la moitié de sa rémunération moyenne pendant les 3 derniers exercices. Soit la somme rondelette de 1,1 million d’euros par an. » Mais pour lui de noter que « pour bénéficier de la retraite chapeau, Proglio devrait exercer une
fonction rémunérée chez Veolia. A partir du moment où la présidence du conseil d’administration devient bénévole (les jetons de présence ne sont pas considérés comme rémunération,
semble-t-il), perd-il son droit à une rente pour ses vieux jours ? »
Elle est peut-être là aussi la fameuse « transition » évoquée par Eric Woerth. Avant de quitter ses fonctions de Veolia, Henri Proglio va sans
doute tenter de faire se rapprocher EDF et le groupe privé et, dans le même temps, de décrocher sa douillette retraite chapeau. À suivre de très près…