Juan - Blogueur associé | Dimanche 15 Novembre 2009
Riche132ème semaine depuis son élection. Célébrer la chute du Mur de Berlin, l'amitié franco-allemande, puis la nation française, et même une rencontre vendredi avec le président syrien.
L'actualité internationale lui servait les prétextes échapatoires sur un plateau. Tout était en place pour sortir du bourbier médiatique franco-français des petites polémiques.
Funeste erreur ! Le buzz s'est emparé de l'affaire, les témoignages contradictoires ont jailli de toutes parts. Les proches du président ont été appelé à la rescousse, les uns après les
autres, pour défendre la version officielle. Le plus drôle fut certainement le faux témoignage de François Fillon, qui avança avoir rencontré Sarkozy le 9 au soir, en compagnie d'un
journaliste de TF1. Fillon
était en fait à Paris, et le journaliste à Moscou. Une petite boulette, un sursaut narcissique d'un surmoi présidentiel, est devenue
un buzz médiatique international. En l'espace de quelques heures,on se serait cru en URSS ou en RDA, du temps où l'on retouchait les photos de l'histoire pour réécrire le passé.
Récemment, le Monarque expliquait que la réforme du lycée devait notamment favoriser la maîtrise des langues étrangères (deux au moins). Il a raison. A l'écouter terminer son discours à
Berlin pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur, on pouvait être gêné par ses propres lacunes. Sarkozy souhaitait conclure son allocution par une vibrante déclaration d'amitié. Au
lieu d'un "Wir sind Brüder, wir sind Berliner" ("Nous sommes frères, nous sommes Berlinois"), les spectateurs
allemands comprirent: "Nous
sommes du bouillon, nous sommes Berlin!" Dilettant comme souvent, le Monarque n'avait pas pris la peine de répéter ces
quelques mots avant son allocution.
Mercredi, Nicolas Sarkozy se voulait à nouveau présidentiel, presque « gaullien », en accueillant,
pour « la première fois » un dirigeant allemand aux cérémonies du 11 novembre. Sarkozy a récupéré le dernier poilu, un Italien entré clandestinement en France. Oublie-t-il que dans
la Sarkofrance de 2009, on discoure de l'identité nationale, mais on expulse des Afghans vers leur pays en guerre,on dresse des
barrières, on filtre les métiers, on rafle aux sorties d'écoles? Il a loué l'amitié franco-allemande, lui qui a débuté son mandat
par l'affaiblir, au profit d'un atlantisme anachronique. Surtout, Sarkozy enterre un peu plus l'Europe, en privilégiant le poids des Etats aux détriments de l'institution.L'Europe post-sarkozyenne est un conglomérat affaibli.
Sarkozy a mal aux comptes
La reprise se confirme, paraît-il. C'est le nouveau story-telling du moment. Il s'agit, chez Sarkozy, de rassurer l'opinion, les parlementaires et même nos voisins européens sur la situation
française. Sarkozy a donc envoyé ses ministres au front : François Fillon revoit donc sesprévisions de croissances à la
hausse: +1,5% dès l'an prochain, tandis que le budget est construit sur une hypothèse de 0,75%. Les parlementaires s'inquiètent
toujours de l'incohérence fiscale du budget 2010 : on supprime des taxes alors que les recettes s'effondrent et les dépenses s'envolent. On prépare un « grand emprunt ». Les députés ont ainsi « écorné » le fameux bouclier fiscal qui profitent aux gros revenus du capital. Ils ne se sont pas gênés pour voter la taxation des indemnités
d'accidents du travail.
Le socialiste Didier Migaud fustige «l'exonération des plus-values sur titres de participation »accordée aux entreprises depuis 2007. Le ministre du budget de l'époque, Jean-François
Copé, parlait de 1 à 2 milliards de manque à gagner.Le projet avait été initié par Nicolas Sarkozy
en novembre 2004, alors ministre de l'Economie.Deux ans plus tard, la facture est de ... 20 milliards d'euros !
S'agissant du
Grand Emprunt, Eric Woerth a prévenu qu'il faudrait réduire, parallèlement à l'emprunt, les dépenses de l'Etat. Fillon prévient
qu'il lancera dès 2010 un vaste plan d'austérité :comment qualifier autrement cette
annonced'une nouvelle "stratégie de finances publiques qui nous donnera les moyens de descendre
en dessous des 3% de déficit à l'horizon de 2014, au prix d'ajustements très importants, puisqu'il faudrait faire un effort de réduction de plus de 1% par an" ?
La Commission Européenne a elle donné une année supplémentaire à la France (2013 au lieu de 2012), pour qu'elle réduise son déficit public sous la
barre des 3% du PIB: ce dernier devrait atteindre 8,5% du PIB en 2010, 7% en 2011, 6% en 2012 et 5% en 2013. L'Allemagne et l'Italie ont accepté les délais européens. Christine Lagarde répond
à l'Europe :« 2014 constitue déjà un bel
effort ». Rappelez-vous, à peine élu, Sarkozy avait déjà énervé ses collègues européens en revenant sur la promesse
française de rétablir ses comptes dès 2012. Le paquet fiscal était passé par là.
Effectivement, les destructions d'emplois se réduisent (190 000 au premier trimestre, 85 000 au second, 6000 au troisième). Mais on cache les chômeurs en Sarkofrance. Le nombre de salariés en
chômage partiel atteintle niveau
record de 320 000 au troisième trimestre 2009. Ils n'étaient que 30 000 début 2008. On est revenu au pic de 1993.La
production industrielle a brutalement chuté en septembre, malgré un rebond en août. La pauvreté inquiète, la précarité s'étend. Elle
devientdurable et
permanente. La peur du déclassement généralisé touche tout le monde.
L'INSEE livre son dernier« portrait social » de la France, et s'avance à conclure que le Revenu de Solidarité Active, mis en
place depuis juillet dernier, devrait aider les travailleurs pauvres à sortir de leur condition. Comble de l'ironie, pour le « président du pouvoir
d'achat », le salaire réel ralentit nettement en 2008,note aussi l'INSEE.
A l'approche de l'hiver, on envoie le sous-secrétaire d'Etat au Logement présenter ses "nouvelles nouvelles" mesures pour protéger les SDF. Les
gadgets ne trompent personne. Benoist Apparu veut créer une base de données universelle des capacités d'hébergement d'urgence. Pourquoi faut-il qu'il attende novembre pour découvrir ces
lacunes ? Il veut aussi créer des "référents personnels" pour chaque SDF. La mesure entrera en vigueur ... en avril prochain. Après l'hiver. Cherchez l'erreur.
La diplomatique patine en Sarkofrance Vendredi, Nicolas Sarkozy a rencontréBachar El Assad, le
président Syrien. Ce dernier a refusé "un dialogue direct avec Israël." Espérons qu'ils ont
parlé du cas problématique de Clotilde Reiss, cette jeune Française toujours retenue cloitrée à l'ambassade France à Téhéran. En juillet dernier, Clotilde Reiss avait payé le prix fort des
gesticulations inefficaces etincohérentesde Nicolas Sarkozy contre l'Iran. Arrêtée, emprisonnée puis jugée devant des caméras de télévisions, la jeune Française n'a dû son provisoire salut qu'à la mobilisation
diplomatique de la France, et le versement d'une caution. Reiss est libérée à la mi-août, mais devait rester en Iran. La Sarkofrance crie victoire ! En l'espace de quelques semaines, l'Iran
avait surtout rappelé à la Sarkofrance qu'elle sait se rendre incontournable. Depuis, silence radio, plus de nouvelles. Voici qu'un procureur de Téhéran rappelle que le procès va reprendre.
Agacé, Bernard Kouchner explique que Clotilde Reiss s'y rendra si la France a l'assurance qu'elle ressortira libre.La justice iranienne a répliqué, mercredi, qu'elle n'accepterait aucune condition à la comparution de Clotilde Reiss.
La veille, l'absent ministre des Affaires Etrangères est apparu agacé sur France Inter. On l'interrogeait, il
est vrai, sur le cas Reiss, comme sur d'autres affaires étrangères mal réglées, mal gérées, de la paix au Proche-Orient au soutien au dictateur tunisien, sans parler de la visite de Xavier
Bertrand en Chine ou de Jack Lang en Corée du Nord. Un collectif d'ONG affirme quela France ne respectera
pas, en 2010, ses propres engagements d'augmentation de l'aide publique au développement (APD). Cette dernière n'atteindra pas les
0,51% du PIB promis. Pire, l'APD inclut des dépenses qui ont peu à voir avec un soutien au développement des pays concernés : la moitié des marchés accordés par l'Agence Française du
développement est attribuée à des entreprises françaises, l'APD sert aussi à alléger la charge de la dette, et à financer la politique d'expulsion du ministre Eric Besson... Où est passé le
co-développement ?
Les polémiques françaises perdurent Pour le reste, le story-telling présidentiel a toujours des ratés. Nicolas Sarkozy a bien envoyé son épouse Carladéfendre son "mari" dans les colonnes du magazine Elle, cela ne suffit pas. La chanteuse a expliqué qu'elle ne se
mêle pas de politique. Effectivement, elle n'est là que pour la communication.
L'argent des sondages embarrasse l'Elysée.Patrick Buisson, le conseiller ès sondages du
Monarque, va porter plainte contre Libération et ses révélations. L'opposition avait demandé une commission d'enquête parlementaire sur ces troublantes révélations : des millions d'euros sont
dépensés chaque années, hier par la Présidence, aujourd'hui par le Service d'Informations du Gouvernement, pour financer des centaines de sondages ensuite repris par des médias complaisants.
Michèle Alliot-Marie a-t-elle voulu faciliter la tâche de Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée Nationale ? En déclarant son opposition à la mise en place d'une commission d'enquête
parlementaire, elle a fourni un joli prétexte à Accoyer pour affirmer son indépendance.
Mercredi, Brice Hortefeux a raté sa sortie. Interrogé sur France Info, il voulait se féliciter des récents
résultats de la lutte contre la délinquance : "la hausse a baissé." Patatras !Les
statistiques d'octobre 2009 sont curieusement basés sur 30 jours, et non 31 comme en octobre 2008. Le ministre bégaye, répond à côté
et insiste sur la baisse du nombre de cambriolages ("un viol de l'intimité" souligne-t-il). On lui rétorque les violences physiques ne cessent
d'augmenter (+3,75% sur 12 mois): depuis avril 2009, ce nombre dépasse, en rythme annuel, les 450 000 actes. Depuis octobre 2008, la hausse est quasiment continue. Le taux d'élucidation reste
faible : 6 crimes et délits sur 10 restent non résolus. Le soupçon de manipulation statistique est d'autant plus fort que le nombre d'infractions (contre les biens et les personnes)
"révélées par l'action des services" a baissé en 2009 par rapport à 2008.
Jeudi, Nicolas
Sarkozyvoulait faire croire que la gauche avait peur de débattre de l'identité nationale. Il est sans doute lui-même en pleine
crise identitaire.