Le grand gâchis des contrats d’autonomie de Fadela Amara
Jordan Belgrave - Marianne | Lundi 2 Novembre 2009
Dans le cadre de son plan Banlieues, la secrétaire d’Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, a lancé les contrats d’autonomie pour les jeunes. Censés révolutionner la politique de
l’insertion, ils ont surtout servi à remplir les caisses des entreprises du secteur.
En janvier 2008, Fadela Amara annonce avec tambours et trompettes la mise en place de son plan «Espoirs Banlieues », qui comporte un important
volet d’insertion professionnelle pour les jeunes : les contrats d’autonomie. Solution magique pour mettre fin à « la glandouille » de jeunes de ZUS ( Zone Urbaine Sensible), les contrats
d’autonomie proposent un « coaching » d’un an à des jeunes entre 16 et 25 ans pour leur apprendre les fondamentaux de la recherche d’emploi et de la vie en entreprise. Objectif officiel: leur
trouver un job ou une formation professionnalisante en six mois.
Ce nouveau mécanisme aurait pu être confié aux missions locales, qui sont censés s''en charger pour 175000 jeunes de ZUS. Trop simple! Convaincue que le service public de l’emploi n’est pas
adapté, et manque de crédibilité aux yeux des jeunes qu’elle entend « aller chercher […] dans les cages d’escalier », la secrétaire d’Etat à la politique a donc décidé de lancer un premier
appel d’offres auprès des acteurs du secteur de l’insertion. A la suite de cette expérimentation à la hussarde, – ou, devrait-on dire,à la
Hirsch– menée à Corbeil-Essonnes chez Serge Dassault, et auxrésultats bien
sûr mirobolants, l’appel d’offres a été élargi à 35 territoires pour l’ensemble des contrats.
Les expérimentations du même ordre menées à l’ANPE avaient pourtant démontréle peu d’avantagesd’un recours aux
opérateurs privés. Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, avait d'ailleurs enfoncé le clou en février 2008 : « la sous-traitance a coûté cher sans que son efficacité
soit prouvée ».
Mais « mise en concurrence » et « coaching » sonnent sans doute mieux à certaines oreilles que « service public de l’insertion professionnelle».
Les marchés ont donc été attribués en quasi-totalité à des entreprises, et à quelques associations, qui ont demandé entre 6000 et 9000€, selon les
zones, pour chaque contrat aboutissant à un emploi ou à une formation professionnalisante. Ce que font quotidiennement les missions locales pour 3000 €. Le nouveau système devait cependant
offrir une meilleure connexions avec les entreprises du bassin d’emploi.
Fin août 2009, les préfets des territoires concernés par le projet ont reçuune lettre avec les résultatsdes
différents prestataires. Constat d’échec : le nombre de contrats signés est inférieur de 30 à 50% aux objectifs selon les zones. Sur ces contrats, le taux national moyen de ceux débouchant
sur un emploi ou une formation est de 7%, soit moins de 900 contrats au 31 Août 2009. De plus, le système devait toucher ceux que le service public de l’emploi laissait de côté, ce n’est pas
le cas pour la moitié des contrats signés, et il devait s’adresser aux non diplômés, qui constituent pourtant à peine plus de 50% des participants au programme.
Comme pour irriter encore davantage Fadela Amara, les meilleurs résultats sont surtout le fait des missions locales qui ont répondu aux appels d’offre dans le Haut-Rhin, l’Essonne, et à la
Réunion. Peut-être parce que, contrairement à ce que laisse entendre la démarche du secrétariat d’Etat à la ville, les missions locales ont une réelle implantation dans les territoires, un
contact privilégié avec les jeunes, même avec ceux qui « glandouillent », et des partenariats de long terme avec les entreprises du bassin d’emploi.
S’il fallait une preuve, les préfets des zones concernées ont invité les missions locales à une réunion de crise pour les convier fermement à fournir des jeunes aux coachs en
place.
Ce que coûte l’arrogance politique
Le budget annuel de 85 millions d’Euros prévu pour les contrats d’autonomie aurait pourtant permis d’augmenter de 50% celui des missions locales, mais
il aurait fallu renoncer à la gloriole d’un moment que représente la mise en place d’un nouveau mécanisme.
Cet argent ne sera de toute façon pas perdu pour tout le monde, puisque tout contrat signé assure au prestataire un pourcentage allant jusqu’à 40% de la somme promise, résultat probant ou
pas. Certains opérateurs sont même allé réclamer une hausse de la somme plancher au prétexte de difficultés de trésorerie ou de manques de locaux. Ceux qui se trouvent encore mal rémunérés se
rattrapent sur la bourse mensuelle de 300€, destinée à motiver les jeunes, mais qui peut tomber dans l’escarcelle des opérateurs pour un entretien oublié.
Fausse route ? Influence néfaste de son conseiller spécial Mohamed Abdi, qui sait fort bience que veut dire abuser de
l’argent public? Dans les faits, les contrats d’autonomie ont déjà coûté plus de 30 millions pour moins de 1 000 emplois ou
formations. Trente mille euros pièce, ça fait fort cher l'emploi trouvé (et la formation encore davantage )...