Il y a eu l’affaire de l’EPAD, celle d’un fils prodigue que son papa voulait imposer à la tête d’un organisme des Hauts-de-Seine brassant des milliards
d’euros. Le symbole même du néopotisme d’Etat. Le signe absolu et, qui plus est, assumé, revendiqué, du mélange des genres entre la politique et le business… Il y aura désormais l’affaire
Woerth-Bettencourt qui, elle aussi, marquera au fer rouge un système, le sarkozysme, qui s’est affranchi, le front haut, de toutes les règles morales ontologiquement nécessaires à la
poursuite de l’intérêt général. D’un côté, le ministre-chasseur de fraudeurs fiscaux ; de l’autre, son épouse, conseillère financière de l’une des premières fortunes de France dont on
sait désormais qu’elle, Liliane Bettencourt, ou son entourage, ont pris des libertés coupables avec les règles fiscales (A ce sujet d’ailleurs, ne ratez pas le numéro de Marianne de
samedi dans lequel nous publions des documents exclusifs qui prouvent que la Justice avait en main, dès 2008, tous les éléments pour lancer à l’encontre de Mme Bettencourt une enquête fiscale
en bonne due et forme).
Dans toute autre démocratie digne de ce nom, les Etats-Unis par exemple, si souvent pris en exemple par nos gouvernants, Eric Woerth aurait déjà été évincé du gouvernement, commission
d’enquête parlementaire et mea culpa. Tout comme Bernard Kouchner n'aurait jamais du politiquement survivre aux révélations du journaliste Pierre
Péan sur ses accointances coupables avec des dictateurs africains … Tout comme le secrétaire d’Etat Christian Blanc aurait dû partir en fumée après les révélations du « Canard
Enchaîné » sur ses 12.000 euros de cigares achetés aux frais de la princesse… Tout comme Alain Joyandet n’aurait pas dû rester une seconde de plus au gouvernement après l’histoire de son
aller-retour express à Haïti en avion privé à 116.000 euros, et encore plus après les révélations sur ses affaires immobilières à Saint-Tropez…
Mais non, ils sont toujours là, insubmersibles, indéboulonnables, inébranlables. Mieux, et on le voit encore dans l’affaire Woerth, le Président de la
République et le Premier ministre, et avec eux tous les mainates de l’UMP, se sont empressés de jouer les témoins de moralité d’un ministre en plein conflit d’intérêt. Qu’on se le dise :
en France, le conflit d’intérêt n’existe plus. Tout est possible. Surtout, ne vous gênez pas…
L’opinion publique n’encaisse pas ces comportements indécents d’un pouvoir qui a perdu toute légitimité morale ? Qu’à cela ne tienne : parlons d’autre chose. Le football, au hasard.
Rien ne va plus chez les Bleus : Nicolas Sarkozy prend les choses en main et va gérer à lui seul le « footoir » de cette équipe de France dont les joueurs ont, eux aussi,
sombré dans l’amoralité, la cupidité et l’indécence la plus totale. Sarkozy remettant ordre et morale chez les Bleus, n’est-ce pas un peu comme si l’on demandait à Bernard Madoff de concevoir
les nouvelles règles de déontologie des marchés financiers ? La comparaison de Martine Aubry était d’une grande justesse…
Pendant ce temps, dans notre beau et grand pays démocratique, Eric Woerth peut, sans crainte, continuer à s’occuper du dossier des retraites. Nicolas
Sarkozy peut, sans crainte, menacer le directeur du « Monde » de lui couper ses subventions s’il ne choisit pas le repreneur qui sied à l’Elysée. Les humoristes Stéphane
Guillon et Didier Porte peuvent être limogés sans autre forme de procès par un patron désigné par Nicolas Sarkozy… Jusqu’au moment où viendra l’heure des comptes, cette fameuse « nuit du
4 août » qui fait si peur à Jean-François Copé. Cette nuit-là, n’en déplaise à M.Copé, nulle tête ne fut coupée. Seuls les privilèges des membres de l’aristocratie furent abolis, et à
leur initiative de surcroît.