Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Depuis de début de l'année, qu'ils proviennent de l'Insee, de l'Acoss ou de Pôle Emploi, les chiffres des créations nettes d'emplois salariés dans le
secteur marchand sont affligeants, en quantité comme en qualité.
Le soufflé est vite retombé.
Une chose est sûre : parler de "redémarrage" ou de "reprise" est totalement prématuré et ceux qui osent le faire sont soit des inconscients, soit des charlatans. Le silence du gouvernement sur
les dernières statistiques est bien appréciable.
Du côté de l'Insee. Depuis le début de l'année, les estimations provisoires puis définitives se succèdent, générant un intolérable cafouillage. Au premier
trimestre, l'Institut avait annoncé 23.900 créations nettes d'emplois salariés "dans le secteur marchand", puis corrigé à 35.900. Ici, elles ne sont plus que 16.600...
Pour le deuxième trimestre, il en avait annoncé 35.000 puis
corrigé à 26.200 mais, d'après de nouvelles sources, il y en a eu 38.600 "selon les chiffres révisés"... Allez comprendre !
Pour le troisième trimestre, l'Insee en annonçait 44.600. Soit, en neuf mois et
selon les sources, entre 100.000 et 119.000 créations de postes "dans le secteur marchand" dont une majorité étaient… des emplois temporaires, aussitôt créés aussitôt disparus. Et voici que
l'Institut revient à nouveau sur ses calculs : selon ses données "définitives" publiées jeudi 9 décembre, l'Insee note une décélération au troisième trimestre, avec seulement 19.200 créations
nettes (+0,1%) — contre les 44.600 pronostiquées le 16 novembre ! —, toujours tirées par l'intérim. Un écart qui ne manque pas de surprendre...
Moralité : depuis janvier, entretenue ou pas la confusion règne et, selon les sources, l'économie française n'aurait accouché que de 74.400 postes, si ce n'est 69.300... Tout ceci est fort maigre, pour ne pas dire
pathétique.
Du côté de l'Acoss. L'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale, qui observe les entreprises du secteur privé cotisant à l'Ursaff, chiffre à 53.000
le nombre d'emplois créés au troisième trimestre, soit 8.000 de moins qu'au trimestre précédent. Elle a enregistré 133.000 créations nettes depuis le début de l'année et pronostique une
augmentation de 2% de la masse salariale en 2010, de quoi renflouer les caisses de la Sécu de 3 ou 4 milliards.
Du côté de Pôle Emploi. Ici sont concernées les entreprises cotisant à l'assurance-chômage. Alors que quelque 34.000 nouveaux postes avaient été recensés au
deuxième trimestre, pour le troisième, on se contentera de 20.200, essentiellement en intérim... Pôle Emploi estime que la fin de l'année sera encore moins bonne, avec un quatrième trimestre qui
se soldera par 10.000 à 15.000 créations seulement.
Sur la base des 80.000 créations nettes d'emplois enregistrées sur les neuf premiers mois de l'année, Pôle Emploi anticipe 93.000 créations de postes
sur l'ensemble de 2010. Et reconnaît que "les créations nettes d'emplois observées sur les trois premiers trimestres restent faibles au regard des nouvelles entrées sur le marché du
travail et ne permettent pas une baisse significative du chômage"... Comprenez : sa progression, sans atteindre les sommets de 2009, va se poursuivre dans un contexte de "moindre vigueur de
la croissance" et de "réductions des déficits budgétaires".
Alors oui, on peut parler d’"une tendance de reprise modérée mais continue de l'emploi", pour en citer certains. Sauf que c'est l'intérim — autrefois
conjonturel, désormais structurel —, et non l'emploi durable qui le booste : sans cet artifice, les créations d'emploi seraient en déclin. Alors que 2011 ne présage rien de bon, c'est la
précarité et l'incertitude qui priment.
S.H.