Qu'est-ce qui provoque la baisse actuelle du dollar ?
Jean-Luc Gréau : La Banque fédérale américaine crée de facto de la monnaie pour financer le déficit du pays. Les banques américaines
souscrivent aux obligations du Trésor (qui se situent sur le long terme) et se financent sur les fonds des Banques centrales. Les Banques centrales, aux Etats-Unis comme ailleurs, sont ainsi
passées su statut de prêteur en dernier ressort à celui de prêteur en premier ressort. Et les banques privées spéculent sur les devises et les emprunts des états qui acquièrent le statut
d'actions
Beaucoup d'observateurs pensent que la Chine ne peut laisser dévisser le dollar compte tenu de ce que ses réserves sont en grande partie constituées en dollars.
Jean-Luc Gréau : La Chine est en surchauffe économique, elle a connu 8,9% de croissance au cours des trois derniers mois. Ses
dirigeants doivent rester prudents car la croissance du pays ne repose qu'à 25% sur la demande intérieure (contre 65% en Indonésie par exemple). La Chine ne supporterait pas un écroulement ou
une fermeture du marché américain. La relation entre Chine et les USA repose sur le principe de la dissuasion. Le G2 va se dénouer, mais bien malin qui pourrait prévoir quand et comment.
En même temps, la Chine achète de moins en moins d'obligations du Trésor (qui l'engagent le souscripteur entre dix et cinquante ans) et de plus en plus de Bons qui se situent dans le court
terme. Ce n'est pas bon signe. Le plaidoyer des dirigeants chinois en faveur des Droits de tirages spéciaux est un autre mauvais signe envoyé aux marchés, incitant au doute sur le dollar.
Autre facteur de risque, si, pendant longtemps, les pays asiatiques ont misé sur le dollar, c'est parce que le marché américain était leur premier débouché. En effectuant leurs transactions
en dollars, ils diminuaient le risque de change. On peut se demander s'il ne seront pas tentés de changer de monnaie de réserve dès lors que leurs débouchés seront intra-asiatiques, comme
tout le laisse prévoir.
En fin de compte, il ne faut pas confondre la perte de prépondérance du dollar, qui peut être partiellement remplacé par des monnaies régionales, avec la faillite des Etats-Unis, qui n'est
peut-être pas pour demain.
Quel serait le scénario à craindre ?
Jean-Luc Gréau : Un effritement du dollar qui conduirait à échanger un euro contre 1,8 dollar. Une telle parité serait catastrophique pour l'économie
américaine mais encore plus pour l'économie européenne dans la mesure où les pays européens vendent beaucoup de marchandises en dollars.