Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Le gouvernement ouvre sa fameuse réforme des retraites. Les grands médias s’agenouillent. Le « temps de la décision »,
comme l’avait dit M. Sarkozy l’année dernière, viendra « mi-2010 ». Les acteurs du monde syndical, salariés et fonctionnaires pourront-ils s’en réjouir ? Ce temps est maintenant arrivé.
Les propositions de réforme donnent des allures d’arbitraire, de lynchage des programmes sociaux, de démantèlement du droit social et du Code du travail, dont certaines règles européennes ne sont
pas peu responsables, par exemple des décisions de la Cour de Justice des Communautés européennes. Ainsi, M. Sarkozy pense que les choses doivent changer, qu’il faut réformer, toujours dans le
même sens bien entendu, tandis que beaucoup de nos concitoyens, s’inquiètent, ne souhaitant pas perdre leur vie à la gagner. Cette réforme vise à réduire le coût des retraites pour l'Etat et les
entreprises et à en privatiser la gestion et à les individualiser par l'assurance privée. Pour ce faire, l'âge de la retraite serait repoussé, la durée de cotisation allongée et son financement
individualisé par capitalisation et/ou un système de points, dans le public comme dans le privé. A chacun sa retraite, inégale pour tous. C'en serait fini de la solidarité entre générations,
statuts privés et publics, hommes et femmes, malades et bien portants.
Cette réforme est plus que rétrograde, elle participe à l’explosion de la société. D’une part, pour M. Sarkozy, elle est justifiée par le principe selon lequel, parce que l’espérance de vie
s’allonge, l’âge de la retraite doit lui aussi augmenter. Dans cette logique, on ne comprend pas pourquoi les enfants ne retourneraient pas à l’usine. En fait, grâce à des experts bien choisis et
des médias complaisants, le débat sur la réforme des retraites a été enfermé dans un triangle (durée des cotisations, âge de la retraite, montant des cotisations) en écartant l'élément
déterminant: l'emploi. C'est aussi et surtout parce que le chômage est élevé (choix économiques libéraux font du chômage et du sous-emploi une variable d'ajustement et un moyen de pression
social) et qu'on ne partage pas les revenus (bouclier fiscal) qu'on fait peser le poids de la réforme sur les catégories les plus faibles.
La réforme Balladur d’août 1993, puis les réformes Fillon de 2003 et Bertrand de 2007 et 2008, faisant d’ailleurs écho au rapport Charpin de 1998 commandé par le premier ministre Lionel Jospin,
avaient déjà attaqué les retraites et donné ouvertement lieu à de telles déclarations. Or, il convient de rappeler que c’est au contraire par le droit à la retraite à 60 ans que l’espérance de
vie moyenne a pu augmenter, non l’inverse. Cette réforme cherche bien à détruire le bien-être des citoyens et les mécanismes sociaux, socles de la République.
En deuxième lieu, d’un point de vue économique, cette réforme fait passer la privatisation au-dessus de la socialisation. Les gouvernements successifs et aujourd’hui celui de M. Sarkozy n’ont eu
de cesse de baisser les cotisations, d’exonérer notamment les cotisations patronales de sécurité sociale. Le pacte républicain est là encore atteint profondément et, au delà des discours, c’est
l’existence même des retraites qui est en cause. Car demander à travailler au-delà de 60 ans alors que le travail au-delà de 50 ans est quasi introuvable est une pure provocation. D’ailleurs, il
est étonnant qu’un gouvernement comme celui dont nous disposons vante les mérites de la parité homme-femme alors même que cette réforme va aggraver la situation de ces dernières dont la retraite
est souvent inférieure de 40% à celle des hommes.
En troisième lieu, cette réforme véhicule une faillite de la solidarité dans une période où près d’un retraité sur dix c’est-à-dire plus d’un million de nos concitoyens, vit avec un revenu
inférieur au seuil de pauvreté. Nous assistons à un changement radical : jusqu’à une date récente, on pensait que l’évolution historique conduisait à pouvoir vivre bien en travaillant moins et
mieux. Le slogan « travailler plus pour gagner plus », au-delà de son aspect ridicule dans la pratique, représente une inversion du discours. Tandis que le monde du travail devient de plus en
plus dur, le service public, la Sécurité sociale, les mutuelles sont en crise et le gouvernement parle de réforme de retraite, jusqu’à oublier la tâche de tout gouvernement démocratique : la
liberté publique. Ainsi, comme le rappelait René Capitant lors d’une séance à l’Assemblée Constituante le 8 mars 1946, « la liberté a besoin, pour être effective, que l’Etat organise ces
grands services publics, ces grandes institutions sociales qui sont le moyen pour l’Etat de remplir les obligations nouvelles qu’il contracte envers l’individu et de distribuer à chacun les
soins, l’éducation, les secours à défaut desquels il n’y a pas de sécurité sociale et, par conséquent, pas de liberté véritable ». Prendre en compte la pénibilité du travail, maintenir l’âge
de la retraite à 60 ans et défendre le service public peuvent être des gages de cette liberté
Jérémy Mercier
Site République