Nicolas Sarkozy s’est déplacé à Damarie Les Lys, jeudi 18 mars, pour honorer la mémoire du policier tué par un membre de l’ETA quelques jours auparavant. La
veille, en meeting électoral à Paris, François Fillon avait dégainé le premier l’argument sécuritaire. A quelques jours du scrutin, la tentation était trop grande. Attention à l'effet boomerang
!
Jeudi, François Fillon a dû s'excuser auprès d'une famille.
Celle d'un policier grièvement blessé lors d'un contrôle routier du côté d'Epernay. Lors d'un meeting électoral de Valérie Pécresse à Paris, le premier ministre avait annoncé son décès. A tort.
La frénésie électorale conduit au pire.
« La semaine dernière à Epernay, des voyous ont violemment caillassé des policiers qui procédaient simplement à un contrôle routier. L'un d'entre eux vient de décéder. Caillasser,
insulter, vandaliser, tirer, tuer : désormais il semble qu'il n'y ait plus aucune limite pour certains. »
La phrase a choqué. Fillon récupère ainsi l’insécurité au service de la cause (perdue ?) de l’UMP pour la campagne des régionales, et, au passage, commet une belle bourde. «En cette
période électorale, vouloir à tout prix faire de la récupération, je ne sais pas si c'est forcément de bon ton et judicieux», a déploré un délégué syndical de la police. «Comme à chaque
fois, les politiques réagissent à l'émotion, à l'affect, suite à certains événements, nous préférons travailler calmement et avec discernement, respecter au minimum la douleur des familles
concernant les blessures de certains collègues.»
Le camp présidentiel paraît aux abois. Dans certaines régions, des millions d'électeurs reçoivent des appels téléphoniques de propagande. La CNIL s'est agacée d'un excès de zèle du
ministre-maire Christian Estrosi et de Thierry Mariani en région Provence Alpes Côte d'Azur. Un million de foyers provençaux ont reçu le message téléphonique suivant: «Bonjour, c'est Thierry
Mariani ! Si vous voulez écouter mon message, tapez 1 !» Le FigaroQuatre autres têtes de listes
UMP ont opté pour cette technique de démarchage téléphonique : Valérie Pécresse en Ile-de-France, Bruno Le Maire en Haute-Normandie, Christophe Béchu dans les Pays de la Loire et Jean-Luc
Warsmann en Champagne-Ardennes».
rapporte l'anecdote: «
Sarkozy joue l'émotion sécuritaire De son côté, le Monarque a aussi usé de son registre favori :
profiter de l’émotion pour jouer au dur et réclamer des peines plus sévères, en l’occurrence l’application «systématiquement» d’une peine de sûreté incompressible de 30 ans pour les
meurtriers de membres des forces de l'ordre. «Que les choses soient très claires, la France ne se laissera pas intimider par les terroristes espagnols ».
Le Monarque a même élargi son propos, comme Fillon mercredi, aux violences dans ou aux abords des stades. Son bilan est pourtant calamiteux. Il y a 4 ans déjà, il s’écriait : « Nous voulons
débarrasser nos stades des voyous, qui n'ont rien à y faire. » Rien n’a changé, au point que ses ministres Alliot-Marie et Hortefeux se sont chamaillés en février dernier
sur le sujet, la première accusant le second de laxisme.
Nicolas Sarkozy parle facilement des sanctions, rarement des moyens, ou de la justice, et encore moins des prisons. Le silence présidentiel sur la situation carcérale est assourdissant. Mercredi, le contrôleur général des lieux des privations a rendu
son rapport sur l’état des prisons en France. Cela aurait pu être une occasion, pour Sarkozy, de livrer quelques commentaires. Il n’en fut rien. C’est normal. La réhabilitation des prisonniers
ou les conditions de travail des surveillants ne sont pas des sujets électoraux « porteurs » pour le camp UMP. Le contrôleur a notamment dénoncé les nouvelles prisons, « sans
surveillants », qui favorisent la violence au sein des établissements. Ses constatations sont sans appel : «On a tout sacrifié à la sécurité dans ces prisons et on a oublié le reste.
Notamment les nécessaires relations humaines qui doivent exister.» Ou encore : «On a multiplié le béton, les grilles de séparation dans la prison, à tel point qu'entre le tiers et le quart
des détenus se rendant à un rendez-vous médical ou une activité n'arrivent jamais à destination». «Il y a dans ces prisons une multiplication des frustrations, et par conséquent un
accroissement inévitable de l'agressivité» rappelait-il. Dix-huit nouvelles prisons de ce type doivent ouvrir d'ici 2017, dont 11 d'ici fin 2015.
Sarkozy n’a rien dit non plus au sujet des récentes conclusions, le 8 mars dernier, de la commission nationale de déontologie et de sécurité
sur l’utilisation du flash-ball le 8 juillet dernier, qui a grièvement blessé un jeune homme lors d’altercations entre jeunes et policiers à Montreuil. Les trajectoires du flash-ball sont trop
imprécises. La commissiondemande aussi des sanctions à cause des négligences constatées dans cette affaire. Sarkozy s'en fiche. La CNDS vit ses derniers jours. L'an dernier, le gouvernement a fait savoir qu’elle serait intégrée, comme la Halde, au Défenseur des
Droits, une nouvelle autorité administrative « indépendante », aux compétences très larges.
Enfin, le monarque devrait se méfier du sujet de l'insécurité. Son propre bila est calamiteux. Rappelons, si c'était encore nécessaire, que les atteintes volontaires à l'intégrité physique
sont passés de 391 857 actes en 2004 (après deux années de ministère Sarkozyen à l'intérieur), à 455 911 en 2009, soit une progression de +16% en 5 ans. A l'exception de l'année 2007
(une coïncidence statistique ?), ces violences physiques ont progressé sans discontinuer depuis 2004.
En fin
de journée, Nicolas Sarkozy s’est finalement rendu à l’intronisation de Simone Veil à l’Académie Française. Son absence, annoncée la veille, pour cause de « contraintes d’emploi du
temps », alors que ce dernier est vide, avait suscité nombre d’interrogations. A midi, son déjeuner secret était avec douzemédecins libéraux et Roselyne Bachelot. Le monarque a trouvé le temps, à trois jours du
second tour, de les rencontrer pour les assurer de sa «reconnaissance pour leur dévouement et pour les services qu’ils rendent chaque jour aux Français». Il y a 8 jours, un mouvement de grève de 24 heures avait
frappé les cabinets de médecins généralistes.
Et nos finances ?
L'autre thème favori de l'UMP en campagne régionale était la fiscalité, et le soit-disant laxisme des exécutifs régionaux socialistes. Eric Woerth a même installé il y a 10 jours une commission de
réflexion sur les finances locales présidée par un député UMP... Sans blague ?
Las, le ministre du budget a dû monté au créneau pour défendre la crédibilité de la France mise en cause par la Commission européenne dans sa politique de redressement des comptes publics. Mercredi
17 mars, la Commission avait jugée peu crédible les prévisions de croissance dès 2011 (+2,5% de PIB par an). Et demandait donc au gouvernement français de prévoir davantage de
réductions budgétaires. La France a promis de réduire son déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013. Par ailleurs, d’après l’Express, la Commission « suggère enfin aux autorités françaises d'accélérer le rythme des réformes
structurelles dans le but de soutenir la croissance potentielle. En particulier, pour la France, il est important de mettre en oeuvre une réforme du marché du travail ».
La rigueur serait-elle pour demain ? Eric Woerth a promis un nouveau plan de réduction des dépenses de l’Etat à Nicolas Sarkozy pour « avril ou mai », a-t-il annoncé sur France Info jeudi
18 mars. Bruxelles
attend près de 20 milliards d’euros d’économies par an. Le seul non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite ne représente que 500 millions chaque année.
Fillon, Sarkozy ou Woerth, voici les arroseurs arrosés de Sarkofrance. Juan SARKOFRANCE