Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Je poste ici l'extrait concernant l'intervention "héroïque" de chérèque auprès de patrons qu'une
bonne âme a eut l'intelligence de retranscrire, merci à elle et merci Jacques Cotta. Ca vaut son pesant de cacahuètes.
[Compte rendu de la rencontre organisée le 27 mars 2007, entre leader de la centrale et le
cercle patronal « ETHIC », dirigé par Mme Sophie de Menthon.
Extrait du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés » (Fayard), p 125.
Quelques jours après le petit-déjeuner en compagnie de deux cents membres d'Ethic et de François Bayrou, mon téléphone sonnait. On me demandait si je
désirais participer à un remake, cette fois-ci au Cercle interallié et en compagnie de François Chérèque. Le leader de la CFDT face à des patrons déterminés à la veille de la présidentielle sur
des thèmes sociaux, politiques et économiques ne pouvait laisser indifférent. Mais une mauvaise surprise m'attendait, la veille dudit petit-déjeuner: un contrordre fut donné dans des termes qui
ne pouvaient qu'aiguiser ma curiosité:
- Sophie de Menthon vous fait dire que si cela ne tenait qu'à elle il n'y aurait pas de problème, mais c'est M. Chérèque qui pose comme condition l'absence
de tout journaliste.
- Même en demeurant discret?
- Même, nous sommes désolés. Il nous a dit que c'était une condition absolue à sa venue.
Le lendemain matin, je décide de passer outre. Je gravis les marches du Cercle interallié, passe le petit perron de l'entrée
surmonté d'une imposante et néanmoins gracieuse marquise, ignore un valet de pied en jaquette noire et gilet rouge et pénètre dans le petit salon réservé pour le leader de la CFDT. Étonnement de
la secrétaire d'Ethic préposée aux badges, air confus de ma part, incompréhension feinte pour obtenir enfin l'autorisation de m'installer dans un coin de la salle avec engagement strict de ne pas
piper mot.
Devant une assistance très réduite comparée à celle venue assister à la prestation du leader de l'UDF, Sophie de Menthon
accueille l'invité:
- Cher François Chérèque, c'est un grand plaisir. Mais laissez-moi
vous dire, à vous qui avez eu par le passé le courage de soutenir des réformes difficiles, que je déplore l'absence de la presse. Vous auriez dû au contraire médiatiser au maximum cet événement,
vu l'importance de votre discours.
- Merci de m'accueillir. Et commençons donc par la presse. J'ai demandé à ce qu'elle ne soit pas présente car j'ai décidé de vous parler franchement, sans
détour, directement. Entre nous, sans journalistes, ce sera plus simple!
- Pour nous confier des secrets? plaisante la salle.
Je connaissais la connivence qui peut exister entre les partenaires sociaux. «Les réunions à répétition rapprochent», dit-on.
Mais là, il s'agit de tout autre chose. François Chérèque promet le discours de la vérité comme s'il se trouvait dans une réunion de famille qu'il ne faudrait pas
perturber.
Durant une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT réserve à ses hôtes très satisfaits un discours
des plus politiques. «L'économie est poussive» et «le premier des problèmes concerne l'investissement» car nous «n'avons pas décliné les objectifs de
Lisbonne».
- Plus clairement? demande Sophie de
Menthon.
Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de l'assurance-maladie, de la santé, des hôpitaux n'ont pas été
accomplies.
En une phrase, François Chérèque fait siennes l'ensemble des mesures qui ont pesé dans le vote négatif du peuple français le 29 mai 2005. Mais qu'importe,
la salle communie.
[...]
- Pourquoi, avec ce discours, êtes-vous au premier rang dans les manifestations?
- J'ai manifesté contre le CPE car le ministre avait été ridicule dans la forme. Mais sur le fond, nous sommes bien sûr d'accord pour revoir le contrat de
travail.
Dans la salle on est au bord de l'applaudir.
- Votre différence n'est pas assez marquée avec la CGT, insiste Sophie. Même si Thibault est assez positif, il existe des
possibilités de débordement.
- Sur le terrain, c'est parfois compliqué, mais plus on va vers l'entreprise, je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela. Prenez l'accord
Bosch sur le temps de travail. II y a 200 accords du même type, mais personne n'en parle. Laissons les choses se faire dans les entreprises, il y a une adaptation!
- Vous avez des priorités?
- La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux. Puis
reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI, c'est trop paralysant. Donc redistribuer vers l'assurance chômage qui sera plus sollicitée. Enfin, la sous-traitance, dossier
difficile...
- Pas tant que cela, intervient un des vingt membres d'Ethic
installé dans la salle.
- Si, par exemple, prenez Airbus. À vous je le dis
: l'État n'a pas à mettre un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été fait à Boeing! Augmenter et développer la sous-traitance et mettre tout cela en
concurrence.
- Mais vous y êtes arrivé sur les retraites? C'était bien plus
chaud, non?
Le leader syndicaliste en serait presque à bicher.
- Vous accepteriez d'être ministre du Travail de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal?
Non, je suis beaucoup plus utile à la place que j'occupe. Je peux faire de la pédagogie.
Ségolène a compris sur les retraites, par exemple, et elle n'est plus pour l'abrogation de la loi Fillon. En mettant la gauche face à ses contradictions, on aboutit au discours de Villepinte où
la candidate socialiste fait de la dette sa priorité et reconnaît l'économie de marché. Mais pour cela, il faut être là où je suis.]u
- Puisqu'on est entre nous, vous voterez pour
qui?
- Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre l'extrême droite ou l'extrême
gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité, elle serait sans aucun doute d'accord.D'ailleurs, l'extrême gauche a
aussi fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.
- Vraiment?
- Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux, vous savez!
Dans la salle on s'esclaffe.
- Vous voyez bien le mal que j'aurais eu si la presse avait été présente.
- Pour qui voteriez-vous donc? insiste Sophie de Menthon.
- Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.
- En privé?
- Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va très bien. On s'y met dès juillet.
Sourire de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle. "
Amen.