Pour en apprécier les coûts, la Cour a mesuré ceux liés à l'endettement souscrit par l'Etat pour financer le plan (il reste encore 9,5 milliards d'euros
environ), comme les dotations à la banque publique Oséo pour soutenir le crédit aux entreprises et enfin les conséquences de la décentralisation des fonds d'épargne réglementés comme le
Livret A. Les banques pouvant désormais conserver une part des dépôts sur ce produit, jusqu'à présent intégralement centralisés par la Caisse des dépôts, cela crée un manque à gagner pour
l'Etat.
Résultat de ces trois réformes, en langage pudique de la Cour : « Si les concours publics génèrent des recettes ponctuelles, ils engendrent des coûts permanents ».
Pour Didier Migaud, président : le plan « ne rapportera vraisemblablement pas autant qu'on a pu l'afficher. » Off cela donne : « On est déjà bien content de pas
perdre d’argent dans cette histoire», explique un magistrat.
L'affaire est encore plus contestable si l'on raisonne en terme de relations coûts-opportunité. Longuement développé, un chapitre du rapport s’interroge
sur la perte d’opportunité de gain pour l’Etat. Car en sauvant le système financier, l’Etat a surtout sauvé les actionnaires des banques.
En somme, Didier Migaud, président de la Cour des comptes, conforte le Didier Migaud, alors président de la Commission des finances de l’Assemblée qui s’énervait, il y a encore peu, que
l’Etat n’ait pas profité de l’envolée du titre suite au sauvetage, à l'instar des actionnaires de BNP-Paribas, et peut-être plus encore que ceux-ci. La Cour valide ainsi les critiques
formulées l'année dernière par le député PS désormais assis dans le siége du défunt Philippe Seguin: 5,8 milliards d’euros. Pas moins.
Tel serait le gain pour l’Etat si, par le biais de la Société de prises de participations de l'Etat (SPPE), celui-ci était entré au capital des banques sauvées au moment où elles étaient dans
le trou. L’essentiel provenant de la participation aux fonds propres de BNP Paribas dont le titre tombé à 27 euros est rapidement retourné aux alentours de 56.
Au printemps 2009, lors de sa deuxième prise de participation dans les banques, la SPPE a apporté 5,1 à la BNP-P et 1,7 milliards d'euros à SocGen via des actions dites « de
préférence ». Une préférence qui ne se traduit de facto que par l’absence cumulée de droits de vote comme de représentants à leurs conseils d’administration. Comme ces
titres ont été acquis à un prix « très bas » — leur cours de Bourse d’alors —, « il était donc conforme aux règles du marché d'en attendre une plus-value importante lors du
rachat des titres par ces banques », se lamenterait presque la Cour. Mieux, les augmentations de capital, et plus encore dans ce genre de contexte où tout le monde rechigne à
remettre au pot, donnent lieu à un rabais pour le nouvel entrant. Confronté à cette réalité de marché en juillet 2008, le Crédit agricole a ainsi proposé une décote de 40 % par rapport
à son cours de bourse pour attirer le cash de nouveaux actionnaires à hauteur de 5,9 milliards d’euros. La banque verte n’a d’ailleurs pas demandé d’argent à l’Etat lors de ce deuxième volet,
préférant montrer sa solidité en allant directement sur les marchés.