Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Même dans le commerce cela ne se fait théoriquement pas : il est toujours possible de s’opposer à la divulgation des informations nous concernant. « Les
citoyens ne disposent d’aucun moyen d’opposition pour exiger que la société acheteuse les raie de son listing », s’indigne l’avocat Olivier Hugot, spécialiste du droit sur Internet qui par
ailleurs, dans l'article du Figaro du 14 déc. 2010 : « L’État peut vendre les fichiers personnels des
cartes grises » met en garde contre de possibles – et probables – dérives : « De surcroît, il est aisé d’imaginer que les données en question puissent tomber entre des mains
malveillantes (…) On imagine l’intérêt que ces informations pourraient avoir pour des organisations criminelles désireuses de pratiquer le racket, le trafic ou le vol de véhicules à
grande échelle »… Les députés devaient examiner mardi après-midi un amendement du gouvernement permettant à l’Etat d’enquêter sur les acheteurs de ces fichiers.. « Si l’Etat se réserve
le droit d’enquêter sur ses futurs clients, c’est bien qu’il existe un risque quant à l’utilisation de ces données », conclut Me Hugot.
Balivernes ! Comment l’Etat pourra-t-il avoir quelque pouvoir sur les sous-acquéreurs en cascade de ces fichiers ? Encore une fois, nous avons vraiment
affaire à une bande de Gribouilles UM/Pascapables de maîtriser les conséquences de leurs actes les plus insensés.
D’un côté ils prétendent lutter contre la criminalité organisée de plus en plus présente sur Internet et de l’autre, ils leur fournissent tous les moyens de
prospérer davantage ! Nous savons pertinemment qu’un des nouveaux fléaux – l’usurpation d’identité qui peut avoir des conséquences très graves sur la vie quotidienne des victimes – se nourrit
précisément de ce type d’informations. Il suffit en effet de connaître la date et le lieu de naissance d’une personne pour demander un extrait d’acte de naissance à la mairie de naissance et
ensuite se faire délivrer une belle carte d’identité au nom de la victime : sur ce vrai-faux document officiel, seule la photo est différente. La fraude est indétectable sauf en cas de plainte de
la victime et à condition de retrouver l’individu utilisant son identité.
Selon ce que je lis sur Le Parisien (14 déc. 2010) dont les révélations sont à l’origine de ce nouveau scandale « L’Etat peut vendre les fichiers personnels de carte grise »
l’objectif des promoteurs de cet amendement – les sénateurs UMP Gérard Longuet et Gérard Cornu – serait essentiellement « de faciliter le rappel des voitures pour des questions de
sécurité »… Merci, Monsieur Longuet – ex facho de chez facho qui
ferait sans doute mieux d’aller s’occuper de sa fort lucrative collection de timbres – de nous prendre pour de parfaits cons. Pourquoi les
constructeurs automobiles seraient-ils obligés d’acheter des informations sur leurs clients qui doivent de toute évidence figurer dans leurs fichiers ou ceux de leurs concessionnaires
?
Tel n’est pas l’objectif principal comme le souligne Elisabeth Fleury dans son autre article du Parisien (14 déc. 2010) « Questions sur une cession de documents privés » (encore que le terme de
documents privés ne soit pas adéquat s’agissant de documents officiels délivrés par une administration) : outre « l’utilisation à des fins statistiques, scientifiques ou historiques » de
ces données, elle autorise – c’est ce qui fait évidemment débat - « l’utilisation des données à des fins d’enquêtes ou de prospections commerciales »…
A quels imbéciles Gérard Longuet pense-t-il faire croire que l’amendement voté en avril 2009 sur les fichiers de cartes grises excluait les informations
nominatives. « L’utilisation des données se rapportant aux véhicules et à leurs propriétaires à des fins statistiques, scientifiques ou historiques sera possible, même sans l’assentiment des
personnes concernées, dès lors que les études réalisées ne feront apparaître aucune information nominative » ? Comme si les acquéreurs des fichiers qui escomptent faire de la prospection
commerciale se contenteront de données non nominatives !
Ce que je n’arrive pas à m’expliquer : comment une telle disposition – adoptée dans la plus grande discrétion - a-t-elle pu passer sans encombre ni levée de
boucliers lors du vote de la loi du 29 avril 2009 sous l’article 29 ? Avec l’avis favorable de Philippe Marini, rapporteur général de la séance, de même que celui du ministre du Travail – quel
lien avec le Travail ? décidément, Eric Woerth aura été dans tous les mauvais coups ! Et pourquoi aujourd’hui faire repasser la même disposition - figurant déjà dans une loi – devant la
représentation nationale ?
Si d’aventure le Conseil constitutionnel devait la déclarer contraire à la Constitution, elle le serait ipso facto s’agissant de la loi du 29 avril
2009, ce qui serait du dernier marrant. Comme s’ils cherchaient des bâtons pour se faire battre…. Le « guignol de l’Elysée » n’est pas loin et nous autres, le vulgum pecus tellement
méprisés, aurions-nous alors de nouveaux motifs de rigolade. Pour une fois, quelque chose qui ne coûte rien. Comme disait une collègue de la DDASS d’Orléans « On n’est pas payé cher mais
qu’est-ce qu’on rigole ! ».
Croyez-bien que je ne parle pas sans raison de nouvelle féodalité. Plus l’espace public se rétrécit – accaparé ou vendu aux groupes commerciaux – plus cela
ressemble à l’appropriation du domaine public et du champ politique qui eut lieu de la fin de l’Empire carolingien jusqu’au haut Moyen-Âge. Nicolas Sarkozy devient le vassal des multinationales,
de même que tous les « barons » de l’UMP. L’Etat perd peu à peu toutes ses prérogatives. Quand ce ne sont pas les multinationales qui les accaparent ce sont l’Union Européenne et la
Commission, ce qui revient au même : guidées uniquement par l’idéologie ultralibérale.
Il aura fallu plusieurs siècles – grosso modo de Louis XI à Richelieu et Mazarin – pour restaurer la souveraineté de l’Etat et abaisser la noblesse
insoumise. Depuis quelque 35 années nous assistons impuissants au mouvement inverse. La nouvelle noblesse n’est ni d’épée ni de robe mais d’argent et bénéficie des mêmes privilèges, fiscaux
notamment. On lui sert toutes les infrastructures publiques sur un plateau doré. Et contrairement aux chevaliers du temps jadis au moment de leur adoubement ces chevaliers d’industrie font très
certainement vœu d’accabler la veuve et l’orphelin.
Hormis le droit de vote nous ne sommes plus des citoyens. On nous traite effectivement comme de vulgaires « sujets » avant de peut-être nous
mettre en état de servage. Mais qu’ils se méfient et méditent plutôt ce qu’en disait Henri de Rochefort (1830-1913) : « La France compte 36 millions de sujets, sans compter tous les sujets de
mécontentement » et comme il le notait par ailleurs « Il y a deux sortes de bergers parmi les pasteurs de peuples : ceux qui s’intéressent au gigot et ceux qui s’intéressent à la laine.
Aucun ne s’intéresse au mouton ».
Sauf pour leur tondre la laine sur de dos et à cet égard l’UMP gagnerait haut la main le championnat de France des bergers. Mais qu’ils se méfient : les
moutons français pourraient bien devenir des loups et se souviennent que nous sommes un peuple rouspéteur et volontiers frondeur. A force de subir, nous finirons par montrer les dents et ce ne
sera pas pour sourire.