Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Jean-Louis Borloo sera donc le prochain premier ministre de Nicolas Sarkozy. Si l'intéressé dément, tous les observateurs répètent à l'envie que le choix
présidentiel est fait. La crise sociale, déclenchée par le passage en force de la réformette des retraites, a accéléré la décision. Déjà, on nous explique la nouvelle « séquence » :
Borloo est social mais loyal, il va calmer puis réconcilier les syndicats avec le gouvernement; les Français oublieront ces quelques semaines d'émoi social. Si le story-telling présidentiel n'a
plus de limite, Jean-Louis Borloo est effectivement un « collaborateur » idéal pour Nicolas Sarkozy.
1. Borloo ne tient jamais tête. Quand une décision lui déplaît, il se couche ou se cache. Pendant la séquence insécuritaire de l'été dernier, Borloo s'est fait discret. Pas un mot, pas un bruit, aucune réaction.
2. Borloo positive en permanence. A l'inverse d'un François Fillon qui cultivait son image austère et sérieuse (les « caisses sont vides »
annonçait-il dès septembre 2007), Jean-Louis Borloo adore positiver. Avec lui, toute décision est formidable, incroyable, révolutionnaire. Quand le sommet de Copenhague échoue lamentablement,
Borloo célèbre « un succès majeur ». La voiture électrique ?
C'est son
bébé ». Le Grenelle de l'environnement, vidé de sa substance par l'absence de moyens et de contraintes ? Une « révolution ». Borloo
a l'enthousiasme facile. Vis-à-vis de son chef, cette « positive attitude » le fait ressembler à un incroyable béni oui-oui du sarkozysme vieillissant.
3. Borloo a l'image d'un centriste écologiste. Une simple image, cultivée très tôt quand il participa, en 1990, à la création de Génération Ecologie avec
Brice Lalonde. En 1992 dans le Nord-Pas-de-Calais, il défendait une alliance centriste/écolo/socialiste. Son image écolo a été un temps renforcée par son actuel ministère. Mais il assume les
autoroutes, la diplomatie nucléaire de son président, l'abandon de la taxe carbone, les concessions
accordées aux producteurs d'OGM, l'obstruction anti-écolo des eurodéputés UMP au Parlement européen. Côté social, il fallait
entendre, pour le croire, Borloo justifier les réquisitions contre les grévistes des raffineries la semaine dernière : « le rôle d'un gouvernement, c'est de garantir le droit de grève, de
garantir le droit de manifester, de protéger les manifestants (...) mais en même temps, le droit de circuler, le droit de travailler sont des droits également importants, donc il faut toujours
faire la synthèse. »
4. Borloo est toujours fidèle avec celui qui tient le manche. En 1993, il est élu député divers droite, en plein raz-de-marée antisocialiste; en 1998, il se
rallie à l'UDF et au RPR. En 2002, il est avec Chirac; en 2007, avec Sarkozy. La rupture, ce n'est pas pour lui. Ministre de la ville (2002-2004), puis du Travail (2005), puis des Finances
(pendant un mois, en 2007), puis au Développement durable (2007-2010), sa longévité ministérielle n'a d'égale que son ambition, discrète mais assumée. Quand Michèle Alliot-Marie rappelait, elle
aussi, ses ambitions pour Matignon voici 15 jours, Borloo la tacle.
Pas touche ! Le poste lui est promis. La main sur le coeur, il assure ensuite que Sarkozy ne lui a rien
proposé, ni directement, ni indirectement. Il a changé sa coupe de cheveux et ses costumes. Gaffeur, il a même appelé certains conseillers de Fillon pour leur demander s'ils souhaitaient rester à Matignon après le remaniement. En
coulisses, il soigne sa communication. Cette année, il a fait fermer le musée de l'informatique et du jeu vidéo, en haut de l'Arche de la Défense, pour conserver les lieux pour organiser des
réceptions, cocktails et conférences. Coût de l'opération : 17 millions d'euros
de travaux.
5. Borloo est à l'aise avec les affaires. Sarkozy n'a rien à craindre du président du Parti Radical. On ne l'a d'ailleurs pas beaucoup entendu sur l'affaire
Woerth, à l'inverse d'un Alain Juppé qui, très tôt, avait suggéré à l'ancien trésorier de l'UMp de clarifier ses fonctions. Ancien avocat d'affaires de Bernard Tapie, l'homme s'est fait connaître
en devenant, dans les années 80, l'un des spécialistes du conseil en reprise d'entreprises en difficulté. L'essentiel de sa fortune
est venue de ses années-là, lorsqu'il conseillait Bernard Tapie.
6. Borloo oublie facilement les échecs, assume très bien les pirouettes. En 2003, il promettait une France propriétaire, un slogan repris par Sarkozy en
2007 ; créait l'ANRU pour rénover les banlieues, mais 7 ans plus tard, rien n'a vraiment changé : à peine 8% des crédits prévus en 2003 avaient été débloqués à
fin décembre 2007. Plus tard, avant le sommet de Copenhague, il chiffrait à 276 milliards d'euros les besoins financiers des pays les plus fragiles face au réchauffement climatique. Sur
cette somme, l'Union Européenne s'engageait à 7 milliards d'euros sur 3 ans. Mais Borloo était
toujours enthousiaste. Chef d'orchestre du Grenelle de l'Environnement, il s'est planté sur le sommet de Copenhague, en décembre 2009. Mais il fallait l'entendre défendre sa loi Grenelle 2, en juillet 2010, un immense paquet administratif qui apporte peu de
contraintes nouvelles, aucune mesure de financements, aucune interdiction sérieuse. Autre exemple, le plan de relance de 2009 prévoit de nouvelles autoroutes et néglige complètement le Grenelle
de l'environnement (à peine 600 millions d'euros de mesures), le ministre botte en touche. C'est encore Borloo qui propose de détricoter une belle partie de sa fiscalité verte, pour 2 milliards d'euros d'économies, dans le
projet de loi de Finances 2011.
Parfait, Borloo l'est assurément. Un premier ministre sans souci, sans complexe, une espèce de Brice Hortefeux du centre-droit. Tout un programme
!
Juan Sarkofrance