La Grande-Bretagne renonce à ses grands remorqueurs de sauvetage
L'Anglian Monarch, co-affrété depuis 2000 par la France et la Grande-Bretagne
crédits : MARINE NATIONALE
28/10/2010
Conséquence de la cure d'austérité voulue par le gouvernement de David Cameron, les garde-côtes britanniques vont se retrouver privés des grands remorqueurs
affectés à l'assistance et au sauvetage des navires en perdition. Les Anglian Prince, Anglian Monarch, Anglian Princess et Anglian Sovereign vont cesser leur activité au profit de la Maritime
Cost-guard Agency (MCA). Le retrait devrait être effectif d'ici septembre 2011. « Le gouvernement estime que la mise à disposition de remorqueurs de sauvetage ne constitue pas une utilisation
correcte de l'argent des contribuables et que les assistance doivent menées par les armateurs et des sociétés de remorquage privées », a indiqué un responsable du ministère britannique des
Transport. En interrompant le service offert par les remorqueurs de la MCA, le gouvernement compte économiser 32.5 millions de Livres.
Les Anglian Prince, Anglian Princess et Anglian Sovereign étaient jusqu'ici basés à Stornoway, Lerwick et Falmouth. Positionné à Douvres, l'Anglian Monarch est, quant à lui, affrété
conjointement, depuis 2000, par la Grande-Bretagne et la France. Cette dernière, qui dispose à Brest et Cherbourg de plusieurs navires de sauvetage, comptait sur le Monarch pour couvrir la zone
très sensible du détroit du Pas-de-Calais. Ce secteur est l'une des principales routes maritimes mondiales, avec un trafic considérable de navires de commerce, qui transportent notamment, chaque
année, des dizaines de millions de tonnes de matières dangereuses (produits chimiques, pétrole...). Le détroit présente, en outre, la particularité de voir les flux entre la Manche et la mer du
Nord coupés, à la perpendiculaire, par un trafic très dense de ferries desservant les ports du sud-est de l'Angleterre. Par conséquent, le désengagement britannique de l'assistance aux navires en
difficulté est une décision que beaucoup considèreront comme très grave et dangereuse.
La décision de Londres devrait, concrètement, faire reposer sur les épaules de la marine française l'essentiel des moyens de sauvetage de la pointe Bretagne jusqu'à l'entrée de la
mer du Nord. Le problème est très délicat en Manche. Car, si les autorités britanniques ont le droit de laisser reposer sur des compagnies privées les capacités d'assistance, le non
pré-positionnement de navires spécialisés à même d'intervenir rapidement augmente les risques de catastrophe maritimes. Or, notamment en cas de pollution, la proximité avec les côtes françaises
fait que les autorités hexagonales sont plus que concernées par le désengagement anglais. Il conviendra donc de voir quelles mesures Paris peut prendre pour compenser le retrait des remorqueurs
de la MCA, notamment dans le détroit du Pas-de-Calais.
La décision britannique est d'autant plus étonnante qu'elle va à l'inverse de la tendance actuelle, très axée sur un renforcement des moyens dédiés à la sécurité maritime. La France
a notamment développé ses moyens avec, en plus des remorqueurs Abeille Flandre et Abeille Languedoc, l'arrivée en 2005 des nouveaux Abeille Bourbon et Abeille Libérté. S'y ajoutent les bâtiments
antipollution Argonaute, Jason, Ailette et Alcyon. L'Espagne s'est également dotée d'une belle flotte de remorqueurs de sauvetage avec les Don Inda (2006) et Clara Campaomar (2007), complétant
trois remorqueurs ravitailleurs construits dans les années 80. L'Allemagne, elle aussi, renforce actuellement ses moyens dédiés à l'assistance en mer du Nord et en Baltique. Le remorqueur de
sauvetage Baltic a été mis en service cet été et le Nordic doit l'être en 2011. Les Pays-Bas, eux aussi, disposent depuis juin dernier d'un bâtiment d'intervention, le Levoli Black.
L'Union européenne s'est également engagée dans ce domaine, avec la constitution, par l'agence européenne de sécurité maritime (EMSA), d'une flotte forte
d'une quinzaine de navires antipollution chargés de la protection des eaux de l'UE. Ces moyens sont destinés à améliorer la protection des eaux communautaires, qui accueillent un trafic maritime
en constante progression. 90% du commerce extérieur de l'UE et 40% du commerce intra-communautaire passent, en effet, par la mer, alors que 400 millions de passagers transitent chaque année dans
les ports européens. Les risques sont bien réels et l'Europe a déjà fait face à de nombreuses catastrophes allant des naufrages des pétroliers Erika (1999) et Prestige (2002) au à la perte
dramatique du ferry Estonia (1994). Entre 2004 et 2008, selon l'EMSA, 1577 accidents maritimes sérieux se sont produits dans les eaux européennes, dont 130 ont généré des pollutions. L'heure
n'est donc vraiment pas à baisser la garde.
NDLR - Quand on pense que Nicolas Sarkozy veut mettre en commun notre royale avec les Anglais, on a, par la mesure que viennent de prendre les Anglais en
matière de sauvetage en mer, un avant goût de ce que sera l'efficacité de la nouvelle collaboration. Décidemment ce pauvre Nicolas est d'une incompétence crasse.