Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

Publicité

LA NATION ET LA SOUVERAINETE POPULAIRE

Guy Peelaert, La République contre les bien-pensants, 1999
Guy Peelaert, La République contre les bien-pensants, 1999

par Jean-Yves Autexier*

« Souveraineté populaire » 

A mesure que la réalité européenne déployait ses atours, les peuples s’alarmaient de la dépossession de leur destin. Non seulement 80% des normes sont aujourd’hui décidées ailleurs qu’au Parlement national qu’ils ont élu, mais leur vote - même aussi explicite qu’un référendum -, est tenu pour non avenu s’il contrevient à la doxa. Le désenchantement est le plus fort dans les couches populaires qui jadis étaient le socle de la gauche. Les récentes élections européennes ont enregistré 50,3% d’abstentions à Neuilly, et  75,7% à Bobigny !

De sorte que je vois avec intérêt le concept de « souveraineté populaire » progresser dans les rangs de la gauche française. Il n’est pas difficile d’en retracer l’origine et le parcours et de l’assumer comme exigence de démocratie. Quand le processus européen s’oppose frontalement au vote populaire, il faut choisir son camp : celui des élites autoproclamées qui savent ce qui est bon pour les peuples, et corrigent énergiquement les mal élevés, ou celui de la souveraineté populaire, qui ne connaît qu’un maître, le suffrage universel. Que cette ligne de fracture passe au sein de la gauche française en dit long sur la dérive qui a fait aller beaucoup de ses dirigeants aussi loin de leurs bases. Point n’est besoin d’être un grand expert politique pour faire le lien entre ces dérives et leurs déboires électoraux.

La souveraineté populaire retrouve donc lentement  droit de cité dans de vastes secteurs de la gauche française. Mais le concept de souveraineté nationale lui demeure plus énigmatique. Le lien entre la gauche et la nation, très fort au moment de la Révolution et de la naissance de la République, s’est distendu avec le temps ; une lecture sommaire du marxisme a poussé, contre la meilleure intuition de Jaurès, à amalgamer la nation avec les intérêts des possédants ; la première guerre mondiale a brisé les certitudes, puis les guerres coloniales, détournant le patriotisme jusqu’à la nausée, ont porté le coup le plus sévère. Le bel héritage de la Résistance et de la Libération a laissé place, à gauche, à une suspicion permanente à l’égard de la nation. L’internationalisme qui devait « conduire à la nation » a mené beaucoup de gens de gauche à la combattre, sans mesurer qu’à chaque fois que la nation ou l’Etat reculaient, c’était l’argent et le marché qui occupaient le terrain laissé libre.  Il me semble que rien pourtant, dans l’idée de souveraineté nationale, ne devrait choquer les Républicains de gauche, mes amis. Il est vrai que le concept embrasse l’histoire, les vivants et les morts, rappelle la continuité de la France, qui ne commence pas avec la Révolution, souligne les permanences. Mais il suffit de lire Jaurès, Mendès France ou les poètes de la Résistance pour mesurer à quel point ce sentiment n’a jamais cessé de les habiter. Et c’est quand elle assumait pleinement la France que la gauche a pu rencontrer la confiance du peuple. 


L’avenir des nations 

L’idée républicaine de la nation est le meilleur antidote au nationalisme, parce qu’elle répond à la difficile question de l’appartenance, dans un univers en apparence mondialisé, en bannissant tout critère ethnique. La nation politique est la brique de base de toute construction internationale sérieuse, c’est « la patrie, apprentissage à l’universelle patrie » de Michelet. Il serait bon que la gauche se réappropriât son propre héritage !

A ceux qui doutent de l’avenir des nations, l’actualité ne cesse d’infliger de flagrants démentis. Les élections européennes de juin 2009 ont montré que les citoyens ne se laissent pas bercer d’illusions : ils ont refusé en masse de servir de caution à une construction politique oligarchique qui les bafoue. Le cadre national est à ce jour le cadre indépassé de la démocratie : c’est la que se confrontent les intérêts antagonistes, que se nouent les enjeux, que se dessinent les projets. C’est seulement dans ce cadre qu’une minorité peut accepter la loi de la majorité. De plus, face à la crise économique mondiale, c’est dans les nations et les Etats que peut se fonder la confiance, denrée la plus rare et la plus nécessaire dans la tourmente financière. C’est au sein de chaque Etat et non au sein d’une Commission absente que les dispositifs de relance et de soutien ont été arrêtés. La crise est épreuve de vérité : les illusions se dissipent et les réalités surnagent. En Allemagne, en Italie, les déconvenues de la gauche ne sont-elles pas liées à ce refus du réel, à cette défiance à l’égard du fait national qu’au contraire ses adversaires n’ont cessé d’utiliser ? Comment promouvoir une certaine conception du service public, de l’égalité et de la protection sociale, des politiques publiques en matière de recherche et d’industrie, si on abdique toute souveraineté pour s’en remettre au marché ? N’est-il pas temps de conclure qu’elle a fait fausse route sur ce point. 

Si la gauche n’est guère entendue à propos de la crise financière, si ses critiques à l’encontre du libéralisme économique ne portent pas, c’est bien-sûr parce qu’elle a beaucoup cédé à ce même libéralisme quand elle était aux affaires, en France, en Grande-Bretagne, en Italie ou en Allemagne. Mais plus encore, en voulant promouvoir un modèle européen destructeur des nations, alors que les peuples aspirent à faire respecter le cadre national et à faire vivre un Etat protecteur, elle se trouve à contre courant. 

 Le défi de la gauche est là : ou bien elle parviendra à proposer un projet européen compatible avec la souveraineté populaire et nationale, ou bien elle demeurera dans ses chimères où les électeurs la laisseront pour longtemps. La gauche italienne l’a appris à ses dépens, puisqu’après l’effacement du PCI, la disparition du PSI, le Parti démocrate s’applique énergiquement à rejeter le qualificatif de « gauche », devenu une tunique de Nessus, sans parvenir pour autant à briser la spirale de ses échecs.

Le pire n’étant jamais le plus sûr, il est permis de songer à un sursaut, c'est-à-dire à une gauche française ressemblant à elle-même, célébrant à nouveau les noces du mouvement ouvrier et de la nation républicaine, donnant une forme nouvelle à l’exigence séculaire de souveraineté nationale et populaire, organisant la coopération des nations d’Europe au lieu de conspirer à leur déclin, inventant pour demain les formes de l’action économique au service de l’intérêt général, garantissant la bonne articulation de nos intérêts dans un univers marchand mondialisé…  Cela supposerait bien sûr une révision déchirante en matière européenne : faire en sorte que les nations s’impliquent au lieu de se dissoudre. Cela supposerait aussi que la gauche apprécie mieux ce que la France peut apporter au monde : la conception proprement politique de la nation, l’égalité et son exigence sociale insatiable, la laïcité éprise de liberté, le primat de l’intérêt général et du politique, le dialogue des civilisations et des cultures, le refus des empires et des blocs. 

Il est inutile d’espérer esquiver ou enjamber la question : elle est au cœur de chaque pays d’Europe. La gauche doit la trancher si elle veut retrouver la confiance populaire. A vrai dire ces exhortations s’adresseraient aussi bien à la droite française, dont tant de composantes n’aspirent qu’à se fondre dans « la famille occidentale » et oublient leurs devoirs. Mais renvoyer dos à dos les uns et les autres ne suffit pas. Faire vivre la souveraineté nationale et populaire est un appel auquel personne ne peut se soustraire : la France n’est pas finie, et dans la crise plus que jamais son message est précieux.



*Jean-Yves Autexier, député ( 1988 -1993) puis  sénateur (2000-2005) de Paris, est un des dirigeants du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et de la  Fondation Res Publica, fondés et présidés par Jean-Pierre Chevènement.

Source : Les Cahiers de l'Indépendance, n°8 (juin 2009)
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
<br /> Les chinois nous domineront, de toute façon ...nouvelle constitution ou pas ...fermeture des frontières ou ouverture ... Bref, nous sommes dans le ragout ! Rien à faire à part attendre de se faire<br /> occire !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> C'est exactement ce que disaient les pétainistes en 1940...Heureusement qu'il y en a qui ont le sens de la résistance même si ils ne sont pas nombreux...une minorité qui agit vaut toujours mieux<br /> qu'une majorité passive. Dans l'histoire il y a toujours eu des citoyens et des esclaves, aussi  nous vous conseillons amicalement de relire La Boëtie sur la servitude volontaire.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Une nouvelle constitution ne changera pas le déclin démographique et le vieillissement de notre population ...l'avenir reste aux peuples jeunes et dynamiques et pas à la vieille Europe qui<br /> s'enfonce dans l'aboulie et la gérontocratie ! On ne peut rien y changer, tels sont les destins des civilisations !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> Sauf que la terre actuellement ne pourra pas supporter une augmentation constante de la population..Les chinois l'ont compris avec la politique de l'enfant unique...Sur ce sujet au moins ils sont<br /> peut être plus pragmatiques que bien des religieux pour qui croissez et multipliez reste une règle intangible...<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Non, les Etats-Unis sont dans la merde, comme nous ...ils dépendent uniquement du bon vouloir des chinois, des nippons et des saoudiens, qui financent leur économie en achetant leur bon du trésor !<br /> D'ailleurs, les chinois investissement massivement en Asie centrale (voir le méga-gazoduc entré en service avec le Turkmenistan, en Afrique et même en Europe, où ils ont volé au secours des Grecs.<br /> Les Etats-Unis sont finis et vont connaître un inexorable déclin ...voir la banqueroute de leur économie ...le nouvel ordre mondial va se déplacer en Asie, et nous seront bientôt à la botte des<br /> chinois ...je ne sais si on va gagner au change ...<br /> En fait, vous êtes aveuglé par votre anti-américanisme primaire, et ne voyez pas que les USA, comme l'Europe, sont sur le déclin !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> Nous n'avons rien contre le peuple américain, que nous respectons et que nous avons soutenus en d'autres temps, nous en avons contre le système économique unilatéral que le système économique<br /> impose ou veut imposer au monde,  mais nous sommes d'accord avec vous sur le fait qu'avec la Chine, ou d'autres, nous sommes pas certains de gagner au change, raison de plus pour que, dans<br /> ce domaine comme dans d'autres, il faut savoir garder raison. Aussi, lorsqu'on pose la question au peuple, dans le cadre de la souveraineté populaire, comme pour la constitution européenne,<br />  la moindre des choses serait, lorsque l'on se prétend démocrate, d'écouter et de respecter ses choix (quand bien même il se tromperait ou qu'on le tromperait). Tel n'a pas été le cas et la<br /> Vème est morte dans les esprits ce jour là, n'en déplaise à l'UMPS...Il faut redonner la parole au peuple et élaborer une nouvelle constitution via une assemblée constituante.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Les islandais et les britons ne sont même pas dans l'euro, et ils sont pourtant dans une merde noire ...donc vous voyez ...introverti ou extraverti, on connaît un peu la même situation ...qu'on<br /> ouvre ou ferme les frontières ne changera rien par rapport au déclin démographique et au vieillissement de l'Europe ...l'appel à l'immigration sera donc nécessaire pour combler les trous dans la<br /> pyramide des âges ! L'Europe a fait son temps, c'est la Chine et l'INde qui domineront le 21eme siècle !<br /> <br /> <br />
Répondre
T
<br /> On ne remplace pas les générations, en France, non plus, même si c'est moins grave que dans le reste de l'Europe ...et le nombre de plus de 60 ans a explosé ...donc l'Europe va devenir une<br /> gigantesque maison de retraite, comme avant 40, où un vieillard est venu vous sauver ...car le nationaliste c'est pas moi, c'est vous ...comme un certain Pétain ! Et il n'y a rien à faire ...un<br /> pays de vieux, qui va se refermer sur l'hexagone ...votre idéologie a donc de beaux jours devant elle ...<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br /> DEMYSTIFIER LA MONDIALISATION QUI VISE A ETABLIR DEFINITIVEMENT LA DOMINATION DU<br /> CAPITALISME<br /> <br /> <br /> Quand on évoque la « mondialisation », ce sont ses dégâts sociaux colossaux qui viennent immédiatement à l’esprit : inégalités croissantes entre pays riches et pays pauvres ;<br /> chômage et précarité ; délocalisations ; destructions des systèmes de protection sociale ; maintien d’une dette exorbitante sur les pays pauvres ; pression sur les salaires…<br /> On pense ensuite à l’économie : privatisations de services publics ; subventions aux entreprises ; libre-échangisme ; dictature des marchés financiers… et depuis quelques<br /> années, les guerres mondialistes.<br /> <br /> <br /> En fait, un seul pays bénéficie de la « mondialisation » : les Etats-Unis. L’économie américaine a pu profiter, jusqu’à présent, d’une croissance généralement supérieure à celle<br /> des autres pays. Mais cette croissance économique est totalement artificielle : privilège exorbitant du dollar ; pompage de l’épargne mondiale ; déficit extérieur abyssal ;<br /> endettement des ménages… au point de provoquer une nouvelle crise financière en août 2007.<br /> <br /> <br /> Sans que les banquiers centraux de Francfort ne bougent le petit doigt, ni les responsables politiques européens qui acceptent que l’euro joue le rôle d’un nain, le dollar s’est arrogé des<br /> privilèges dignes de l’Ancien Régime. Exonérés, depuis 1971, de toute contrainte de convertibilité du dollar en or par la rupture des accords de Bretton Woods, les Etats-uniens consomment bien<br /> plus qu’ils ne produisent. Ils vivent à crédit sur l’épargne mondiale et en imprimant des billets de banque. Ils peuvent faire monter ou baisser la valeur de leur monnaie vis-à-vis des autres<br /> monnaies, en fonction de leurs besoins particuliers. Le « miracle » américain n’est pas le résultat de l’application des politiques néolibérales, il procède de la nouvelle hégémonie<br /> américaine sur le reste du monde.<br /> <br /> <br /> Les premières victimes de la « mondialisation », en revanche, sont les pays en développement. Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM), l’Organisation de<br /> coopération et de développement économique (OCDE), l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont poussé avec fanatisme à la ruine les pays qu’ils étaient censés aider.<br /> <br /> <br /> Bien sûr, la « mondialisation » est inhérente au capitalisme : « la tendance à créer un marché mondial est incluse dans le concept même de capital » (Karl Marx).<br /> Cependant, la « mondialisation » n’en est pas pour autant la résultante inéluctable d’un déterminisme économique intrinsèquement lié au système capitaliste, elle n’en est pas la suite<br /> logique et prévisible. Elle n’est donc absolument pas un phénomène spontané et naturel, indépendant de toute volonté politique. D’autant que la « mondialisation » ne se limite pas aux<br /> seules dimensions financière (la globalisation financière) ou économique (le libre-échangisme). Elle est un phénomène global, mettant en cohérence des dimensions financière, économique,<br /> politique, culturelle et même psychologique.<br /> <br /> <br /> Face à la « mondialisation », la plupart des forces politiques, à l’échelle internationale, éprouvent de plus en plus de difficultés à dissimuler leur soumission constante depuis 20<br /> ans. Au point que l’idée délétère se répand selon laquelle les responsables politiques auraient perdu l’essentiel de leur pouvoir de décision, spécialement dans le cas de l’Europe. La croyance<br /> s’installe que des contraintes extérieures de toute nature ne laisseraient plus qu’une très faible marge de manœuvre aux gouvernements, réduite pour l’essentiel aux problèmes d’ordre sociétal.<br /> <br /> <br /> Ce vide politique a été comblé par les médias : instillation quotidienne d’un conformisme pesant ; bien-pensance pétrie de bons sentiments et dégoulinante de pathos ; lieux communs<br /> assénés avec autorité... Tout est organisé pour étouffer l’éveil de toute conscience critique, la politique spectacle envahit les écrans.<br /> <br /> <br /> <br /> C’est pourquoi le premier objectif du M’PEP est de démystifier la « mondialisation ». Pour y parvenir, les actions suivantes seront engagées :<br /> <br /> <br /> mettre fin à la confusion qui règne autour de la notion de « mondialisation » ;<br /> <br /> <br /> <br /> montrer que la « mondialisation » est une stratégie politique qui vise à réorganiser le travail à l’échelle planétaire pour rediscipliner le salariat ;<br /> <br /> <br /> <br /> expliquer que la « globalisation financière » n’est pas une étape nouvelle du capitalisme mais un choix de société ;<br /> <br /> <br /> <br /> dénoncer la « mondialisation » comme tentative d’hégémonie des Etats-Unis sur le reste de la planète ;<br /> <br /> <br /> <br /> s’opposer à la fabrication de l’ « homme nouveau » néolibéral ;<br /> <br /> <br /> <br /> débusquer le néolibéralisme à la française.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />