Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

Publicité

10 MAI 1981 ESPOIR...FIN 1982 DESESPOIR...

La grande imposture du 10 mai 1981

Guy Sitbon - Carte blanche

 

Cette semaine, Marianne laisse carte blanche à Guy Sitbon, pour qui Mitterrand a gagné l’Elysée en se faisant le héraut d’une gauche dont il n’était pas. Il a berné tous ceux qui croyaient réellement aux lendemains qui chantent.



Son scénario : s’allier aux cocos, se faire élire grâce à eux, les hisser au gouvernement puis les manger tout crus. 

De Clochemerle à Trifouilly-les-Oies, tout ce que la France compte d’âmes bien nées à gauche s’apprête à célébrer le jour de gloire. La Bastille, j’y étais, le 10 mai 1981, comme si c’était hier. Pour des gens comme moi, la pilule Mitterrand fut dure à avaler. Avant de porter notre drapeau, le nouveau président avait été notre ennemi public numéro un. Adolescent, je pensais que le monde se porterait mieux si deux hommes étaient supprimés : Guy Mollet et François Mitterrand. Elus sur la promesse de paix en Algérie, ils s’étaient empressés de faire exactement le contraire, d’engager le pays dans une guerre désastreuse.

Un jour, François Mitterrand s’était converti. Parrain du programme commun, il avait « rompu avec le capitalisme ». Trente ans passés, une kyrielle de débâcles électorales dans l’estomac, voici venu le temps d’encenser les mânes du défunt. Comme les mages vont interroger les étoiles, on attend de son fantôme qu’il livre le secret de lui seul connu : comment fait-on pour gagner ? Esprit, es-tu là ? Ange ou démon, de grâce, éclaire-nous.

Issu d’une jeunesse d’extrême droite, François Mitterrand, de fil en aiguille, avait graduellement mué en gaucho implacable. Contrôler les banques ? Non, les nationaliser jusqu’à l’os. Pareillement pour les plus grandes industries françaises. Pas les imposer, les posséder. Les moyens de production appartiennent au peuple. Et si l’argent n’est pas content, c’est la même chose. L’argent, sans demander son reste, prit ses cliques, ses claques et ses biffetons, il s’envola à New York. Le franc prit le bouillon de sa vie. L’économie, à ramasser à la petite cuillère. Qu’importe. La gauche voguait sur un nuage.

Nous n’avions qu’un seul souci : Mitterrand. Il n’avait adopté et mis en œuvre ce programme que pour se ménager les voix communistes, que pour entrer à l’Elysée. Il n’en croyait pas un mot. Deux ans plus tard, il oublia tous ses discours qui nous avaient fait tant rêver, pour en prononcer d’autres. Diamétralement opposés. Toujours pour rester à l’Elysée, il présida à la déconstruction pleine et entière de toutes nos espérances. Il parapha tranquillement les dénationalisations, les désocialisations, les déshumanisations. L’argent, hier conspué, devint le roi des rois. Tapie donné en modèle à la jeunesse, jusqu’à en faire un ministre « de gauche ». Le picaillon reprit du poil de la bête et respira. Les millionnaires se firent milliardaires et, dans le PIB, la part des salaires se rétrécit et les ceintures de nos électeurs se serrèrent. Que s’était-il passé ? Il avait menti ? A peine. Tout ce qu’il avait raconté et fait, toutes ces espérances qu’il avait accrochées à nos cœurs, ce n’était que pour accéder au pouvoir. Pour le garder, il fallait prendre le chemin inverse, il l’a pris. En se foutant royalement de nous.

Fêter le 10 mai, c’est porter en triomphe la grande imposture. C’est édifier un mausolée à l’homme qui a mis en miettes l’espérance des Français, un rêve de deux siècles et la gauche.
Cette semaine, un sondage nous apprend que, massivement, les ouvriers voteront Le Pen. Cela aussi, c’est le 10 mai 1981. Le 9 mai, le Front national pèse depuis la nuit des temps entre 1 et 2 %. C’est alors que Mitterrand, visité par une trouvaille génialissime, échafaude une stratégie à toute épreuve : enfler artificiellement l’extrême droite pour tondre la laine sur le dos de Chirac. L’Elysée mérite bien ce petit péché. Le Front national, en y récoltant 35 députés, s’éleva de la condition fasciste et groupusculaire à celle de formation parlementaire. Merci, Mitterrand. L’un de ses exploits est d’avoir réussi à nous berner, à nous aveugler à ce point. Voilà un homme qui, au vu de son CV, n’avait aucune chance de se placer ailleurs que dans les rangs conservateurs. Et il s’est retrouvé à la tête de la gauche socialiste la plus radicale d’Europe. Bravo, l’artiste.

Le 9 mai 1981, la classe ouvrière, comme on disait, votait encore massivement communiste. Or, François Mitterrand s’était fixé une priorité : laminer le PC, le faire disparaître du paysage politique où il s’était établi en force depuis le congrès de Tours (1920). Son scénario : s’allier aux cocos, se faire élire grâce à eux, les hisser au gouvernement puis les manger tout crus. Ainsi fut-il. Mort et enterré, le PC laissait en déshérence tout un électorat populaire désemparé qui ne trouva rien de mieux à faire que de prendre refuge au Front national fortifié par les soins de la gauche. N’allons pas nous étonner de la performance de Le Pen dans les banlieues rouge. C’est encore largement l’œuvre de l’homme à la rose. Vous avez dit diabolique ?

C’est l’anniversaire de ce président que nous célébrons aujourd’hui ? A votre santé.
guy Sitbon chroniquer de Marianne
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article