Balladur mis en cause...
Le quotidien Libération a relancé l'affaire, ce lundi 26 avril. Il y
a près d'un an, Nicolas Sarkozy avait été interpelé lors d'une conférence de presse, à propos des accusations de l'avocat de parties civiles: ce dernier l'accusait d'être directement
impliqué dans l'affaire du Karachigate. Les juges chargés de l'enquête laissaient entendre que l'attentat à Karachi en mai 2002, qui coûta la vie à 14 personnes dont onze ingénieurs
français, était en fait une vengeance pakistanaise: Jacques Chirac devenu président en 1995 avait interrompu les versements de commissions occultes, dues par le gouvernement français à
l'issue de la vente (à perte) au
Pakistan de sous-marins nucléaires français... Une fable, avait dit Nicolas Sarkozy...
En 1995, Edouard Balladur était Premier ministre, et Nicolas Sarkozy son ministre du Budget et directeur de campagne. Ce dernier avait autorisé le versement des commissions dans le cadre
d'un contrat de vente de 3 sous-marins, signé le 21 septembre 1994 par le ministre de la Défense, François Léotard. Et Balladur avait notamment imposé deux intermédiaires qui pourtant n'avaient pas oeuvré sur cette vente
d'armes. On soupçonne cette vente d'avoir donné lieu à des «rétrocommissions» en faveur du camp balladurien pour financer sa campagne présidentielle de 1995.
Le 7 février dernier, six familles de victimes avaient déposé une nouvelle plainte, pour corruption et entrave à la justice. L e parquet avait aussi ordonné une enquête préliminaire.
Lundi 26 avril , Libération a publié plusieurs informations clés :
1. Deux intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur ont reçu 54 millions de francs. Ils ont été imposés à la DCN après la conclusion du contrat
de vente au printemps 1994. Il leur avait été promis quelques 216 millions de francs. Toujours d'après Libération, les deux intermédiaires exigèrent d'être payés avant janvier
1995. «Finalement, selon un accord du 24 janvier 1995 entre un représentant de la DCN et Mercor Finance, la société offshore représentant Takieddine et El-Assir, il est convenu qu'un
premier versement de 130 millions sera débloqué à la signature, peu après le 24 janvier, puis deux autres tranches étalées jusqu'au 31 décembre 1995, et une dernière en fonction de la
réalisation du chantier.»
Edouard Balladur a déclaré sa candidature à l'élection présidentielle le 28 janvier
1995.
2. Le compte de campagne d'Edouard Balladur, ouvert par l'Aficeb (Association pour le financement de la campagne d'Edouard Balladur), numéroté 327548 à
l'agence Crédit du Nord, boulevard Haussmann à Paris, «a enregistré un dépôt en espèces suspect de 10 millions de francs. Tout ceci alors que Nicolas Sarkozy était à la fois le
porte-parole de l'ex-Premier Ministre et le ministre du budget.» Cette remise d'espèces a eu lieu de 26 avril 1995, quinze ans jour pour jour avant la publication de l'information
par Libération. Le quotidien rapporte que, d'après les guichetiers, la moitié des billets étaient des coupures de 500 francs. Ces 10 millions de francs représentent 20% des recettes
électorales déclarées par le candidat Balladur. A l'époque, un particulier ne pouvait donner plus de 1000 francs en espèces. Dix millions de francs, cela représenterait 20 000
contributions individuelles...
... et Sarkozy aussi
Du côté de l'Elysée, on a visiblement agi en coulisses: en juin 2009, le ministre de la Défense avait promis une déclassification du secret défense
sur les documents de l'affaire stockés dans divers placards de la Grande Muette. Plusieurs mois plus tard, le juge Marc Trévidic ne reçut qu'un gros rapport de 137 pages ... dont seuls 6
paragraphes ont été laissés visibles. Le reste a été expurgé, effacé, détruit.
Mis en cause par Libération, l'ancien Premier ministre s'est empressé de répondre aux accusations, dans une tribune publiée par le Figaro. Alors qu'il
refusait d'être auditionné par la commission d'enquête parlementaire constituée sur l'attentat de Karachi, voici qu'il en fait maintenant la demande expresse. Balladur semble aussi
impliquer Nicolas Sarkozy : «la décision d'autoriser l'octroi de commissions n'était pas de la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J'ignore si, en l'espèce, il
a été décidé d'y avoir recours.» A l'époque, la décision de verser des commissions à des intermédiaires lors de contrats d'armements était du ressort du ministre du Budget. En effet,
seul ce dernier pouvait valider la déductibilité de telles commissions.
En 1995, le ministre du Budget s'appelait Nicolas Sarkozy.
Sur l'origine des 10 millions de francs de dons versés en espèces, dont la moitié en coupures de 500 francs, Edouard Balladur reste étrangement distant, discret, flou. Il précise
simplement que « les comptes de ma campagne ont été audités puis remis au Conseil constitutionnel et validés par lui dans une décision publiée au Journal Officiel du
12 octobre 1995.»
L'ancien mentor de Nicolas Sarkozy n'a qu'une défense : pourquoi l'attentat est-il intervenu si tardivement (en 2002) après l'interruption supposée des versements de commissions ? Quelle
bonne question ...
L'avocat des familles des victimes n'est pas dupe
: «Les parties civiles considèrent que Monsieur Balladur ment d'une façon absolument éhontée par rapport aux éléments qui sont dans le dossier.
(...) Il est bien évident que dans les prochains jours nous allons demander l'audition de M. Balladur qui n'est couvert par aucune immunité.»
L'avocat ne s'arrête pas là. Il attaque directement Nicolas Sarkozy. Il a reçu
anonymement des documents relatifs aux versements en espèces sur le compte de campagne de Balladur.
Il sait de quoi il parle...
(source Juan Sarkofrance)