Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Dans la série "On ne nous dit pas tout !", voici encore une annonce de chiffres en trompe l'oeil, qui agace les Français au plus haut point. Selon une étude de l'Insee parue le 25 mars 2011 (ici version en PDF résumée), le pouvoir d'achat des Français aurait augmenté de 1,2%,en 2010 (après +1,6 % en 2009). Mesuré par unité de consommation, ce qui permet de le ramener à un niveau individuel moyen, il aurait augmenté de 0,4 % (après +0,8 %).
Or l'impression de la grande majorité des Français est que leur pouvoir d'achat s'est sévèrement détérioré en 2010. Que cachent les chiffres ?
Et ce n'est pas qu'une impression quand on regarde la réalité des hausses des prix face aux revenus des ménages qui ont augmenté de 2,4% en valeur
nominale en 2010 (1,2 après prise en compte de l'inflation basée elle-même su un indice global). Les prix ont beaucoup augmenté à la consommation, dans l'alimentaire
notamment, comme l'a montré cette étude de l'association de consommateur
CLCV et comme l'expliquait un article de
La rédaction du Post, et ce n'est pas fini ! cette augmentation s'ajoutant à celle de la flambée des prix de d'électricité (+6,4% en
un an, 30% annoncé sur prochaines années), du gaz (+16%), des carburants (+17,3%).
Il se trouve que ces hausses de prix touchent beaucoup plus les ménages modestes et les classes moyennes que les plus favorisées, en proportion des revenus,
car la structure de consommation des ménages est très différente selon les niveaux de revenus.
Il se trouve également que les hauts revenus ont beaucoup plus augmenté, notamment les revenus financiers (dividendes, plus-values, revenus
immobiliers), en ligne avec la hausse des profits du CAC40 en 2010 (+85%, passant de 50 à 82 milliards d'euros) et des distribution de dividendes (40 milliards en 2010).
Conclusion : en moyenne l'Insee a probablement raison, le pouvoir d'achat par unité de
consommation s'est accru de 0,4% mais c'est la hausse de pouvoir d'achat d'une minorité des plus riches qui compense une baisse notable du pouvoir d'achat des plus défavorisés et des classes
moyennes !
Il faut exiger la transparence des chiffres. Demandons que l'Insee fournisse des chiffres par classe de revenu ! Bien sûr c'est plus difficile à faire
car cela nécessite une analyse plus fine que la compilation macroéconomique des chiffres globaux de la comptabilité nationale. Il faudrait d'une part reprendre les données d'évolution des revenus
par classe de revenu, différencier les revenus salariaux ou des professions commerçantes et libérales des revenus purement financiers, d'autre part les mettre en regard pour chaque classe d'une
structure de consommation moyenne (part des dépenses contraintes de loyer (ou crédit immobilier), d'électricité, de gaz, de carburant/ transport, de téléphonie-internet,d'équipement,
d'habillement, de loisir,...), chacune des rubriques étant soumise à une évolution de prix, ce qui permettrait de calculer un taux d'inflation par budget et donc un pouvoir d'achat réel moyen par
classe de revenu.
C'est possible. Exigeons-le !
Marianne sur son site