Souveraineté bien ordonnée
par Etienne Tarride
Est- il possible dans un discours de plus d'une heure, de ne rien dire mais de se contredire quand même ?
Est-il possible dans un discours de plus d'une heure d'éviter de parler du sujet et de montrer quand même qu'on ne le connait pas ?
Est-il possible dans ce même discours de faire appel au même concept de façon rigoureusement contradictoire ?
La réponse à ces trois questions, depuis le 1er Décembre, est OUI.
A force de vouloir flatter tout le monde, à force de vouloir donner le sentiment de se mettre dans tous les camps à la fois, à force de vouloir dire à deux ou plusieurs personnes d'avis
complètement opposés qu'elles ont les unes et les autres raison et qu'il faut que tout le monde vous soutienne, en Français de certif' que tout le monde vote pour vous, il arrive qu'on dise des
bêtises sans même vraiment s'en apercevoir. Comme toujours, le Diable se niche dans les détails.
Monsieur le Président de la République élu en 2007 a indiqué hier 1er Décembre 2011 qu'il était urgent, dans le cadre de l'Europe économique à naître de passer de l'unanimité à la majorité
qualifiée. Il s'agit, personne n'en doute, d'une perte de souveraineté. Appelez le nouveau système "souveraineté Européenne", "souveraineté partagée", ou, pourquoi pas, par un
joyeux tour de passe-passe "souveraineté unique", il n'en reste pas moins que la souveraineté de la France est terminée.
Monsieur le candidat à la Présidence de 2012 (oui, c'est la même personne) a déclaré, en réponse aux joyeux drilles écologistes, que ce serait une faute grave d'abandonner la souveraineté
Française en renonçant au droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l'ONU.
Faut-il conserver becs et ongles sa souveraineté ? Faut-il insister pour la partager, c'est à dire pour la perdre ? Il appartient à l'auditeur de se faire son opinion. Il appartient à l'auditeur
de retenir la partie du discours qui lui convient. Il lui appartient de placer la souveraineté là où on souhaite qu'elle soit. Peu importe à l'artiste dès lors que le spectateur applaudit.
Est-ce ainsi qu'il convient de faire de la politique ? Oui dans une perspective électorale ou rien ne compte que conquérir un siège puis de le conserver. Cette méthode a déjà parfaitement
fonctionné naguère, il n'y a aucune raison qu'elle ne fonctionne pas demain.
Si. Il y a quand même une raison au moins. La pratique du bonneteau était efficace pour un candidat qui était arrivé à apparaitre comme un adversaire de son prédécesseur dont il avait pourtant
été ministre. Les tours de passe-passe de cette nature étaient applaudis par les badauds quand ils cherchaient seulement quelqu'un qui leur donne de l'espoir et ne le trouvaient nulle part
ailleurs. Aujourd'hui, l'épreuve a été faite et les résultats sont connus. Il est plus difficile, non pas de jongler, le jongleur est adroit, il est plus difficile d'obtenir du chaland qu'il
s'arrête pour regarder le jongleur.
La souveraineté Française n'est pas seulement un prétexte pour crier "Cocorico" dans certaines circonstances rares. La France a usé de son droit de veto dix huit fois depuis la création de l'ONU;
c'est à dire très peu. La France a encore aujourd'hui, contrairement aux Grecs les moyens de dire par le vote et pas seulement dans la rue ce qu'ils veulent quant à l'économie et au social. Il
n'est absolument pas certain aujourd'hui que cette possibilité existe encore demain.
A force de contradictions même discrètes on finit par creuser la tombe de principes très solides en apparence.
Bien sûr nous savons que tant le Président que le candidat ont des idées très ancrées sur la souveraineté française. Reste à savoir à quel moment de son discours.
Etienne Tarride