Par République et Socialisme en Bretagne
En lisant ce matin un article de Jean François Kahn dont on connait le libre esprit, j'avoue que je n'aurai pas mieux dit que ce qu'il a écrit et que je vous
livre ci-après :
Qu’est-ce qu’une réforme ? Une avancée. Un progrès. Plus de justice. Plus de liberté. Moins d’inégalités. Pas le contraire. Jamais le contraire. Peut-on,
donc, appeler systématiquement réformes des retours en arrière en série ? Retour, par exemple, à l’ORTF de papa avec les présidents de chaînes nommés directement par le pouvoir
politique ; retour à une justice de grand-papa directement placée sous la coupe du parquet dépendant lui-même de l’exécutif ; à une école de plus en plus ghettoïsée grâce à la suppression
pure et simple de la carte scolaire qu’il fallait simplement dérigidifier ; à une fiscalité d’ancien régime qui repose totalement sur les classes moyennes salariées par l'exonération
systématique de plus en plus de revenus du capital.
Il y a – et il y aura sans doute – des sacrifices nécessaires. Mais ce sont des sacrifices qui doivent être désignés comme tels, ce ne sont pas des réformes. Augmenter le forfait hospitalier, ce
n’est pas en soi un crime, mais ce n’est pas une réforme. Faire des cadeaux à certaines catégories sociales dont on quête les suffrages, c’est un classique, mais ce n’est pas une réforme.
Je me suis fait agonir, ici, parce que je me suis déclaré favorable à une remontée de l’âge légal de la retraite à condition de maintenir le nombre d’annuités y donnant droit. C’est, à mes yeux,
une nécessité (comme hier l’alignement des régimes de retraite), mais ce n’est pas une réforme.
Demain, va-t-on décider la suppression du salaire minimum, des congés payés ou des allocations familiales, en déclarant que ce sont là de grandes réformes ?
Comment tant de journalistes, commentateurs, éditorialistes peuvent-ils se déshonorer intellectuellement en ânonnant, à toute occasion, cette fausse
question « faut-il poursuivre les réformes ? », sans jamais préciser lesquelles ?
Cependant, oui, les réformes sont nécessaires.
Ainsi, une grande réforme fiscale qui rendrait plus juste, plus équitable, un système de prélèvement obligatoire devenu de plus en plus inéquitable et de moins en
moins progressif.
Ainsi, une action redistributive résolue, doublée d’un réformisme anti-oligarchique, qui permettrait de bloquer la dynamique folle qui nous a fait revenir à un inégalitarisme d’ancien régime.
Ainsi, une nouvelle « nuit du 4 août » qui donnerait l’occasion de mettre sur la table l’ensemble des privilèges des uns et des autres, petits et grands, et d’en abolir, à proportion de
leur poids, les aspects les moins légitimes.
Ainsi, une réforme institutionnelle qui rendrait le Sénat enfin représentatif, l’Assemblée nationale plus ouverte à la pluralité des sensibilités, les médias plus libres et plus indépendants, les
élus plus disponibles grâce à la suppression du cumul des mandats…
Ainsi, une réforme des marchés fonciers immobiliers susceptible de casser la spéculation et d’inverser les processus de ségrégation ethnico-sociale.
Mais, de ces réformes-là, il n’est absolument pas question. Jamais.
Aucune n’a été ne serait-ce qu’esquissée.
Donc, il ne faut pas poursuivre « les réformes ».
Il faut les commencer. Et arrêter les régressions.
Vous voyez quelque chose à ajouter...?