« Salauds de pauvres » disait Coluche, dont le souvenir de la brève et loufoque candidature à la présidence de la République ne peut que
rendre nostalgiques ceux que l’observation attentive et désolée de la pré-campagne 2012 conduit à songer que finalement, la meilleure façon d’être sérieux, c’est d’assumer qu’on n’est qu’un
clown.
Salauds de pauvres donc, qui, non contents d’avoir « basculé vers la droite » et d’être sensibles
aux sirènes du « social-populisme », apparaissent sans cesse davantage dans une logique de « repli ». D’ailleurs, ils ne sont même pas capables d’être
solidaires, le smicard « à-peine-pauvre » se ruant à bras raccourcis sur l’assisté « fanchement-pauvre » dès qu’on lui en fournit l’occasion.
La preuve ? Un récent sondage Opinionway pourLe Figaro, faisant suite à la saillie oratoire de Laurent Wauquiez contre le
cancer de l’assistanat. Ce sondage nous révèle en effet que la sortie du ministre contre le RSA aurait séduit 65% des personnes interrogées, celles-ci estimant en effet qu’il faut
« plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du smic ». Les sondés considèrent par ailleurs à
67% qu’il faut imposer des contreparties aux bénéficiaires du RSA, et cela qu’ils soient plutôt des électeurs de gauche, ou plutôt des sympathisants de droite. Cette enquête devant nécessairement
être tenue pour absolument sérieuse puisque ayant été réalisée selon « les procédures et règles de la norme ISO 20252 » une seule
conclusion s’impose : le pauvre est un loup pour l’homme.
Le pauvre est un loup pour l’homme, en particulier le « franchement-pauvre », l’assisté, celui qui gagne presque
autant que le smicard en ne rien faisant, et qui est parfois venu de très loin pour se goinfrer des mille et une allocations offertes au premier feignant venu par le système social à la
française, allant parfois jusqu’à procréer dans le seul but d’encaisser les allocations familiales. Mais « l’à-peine-pauvre » n’est guère plus humaniste, qui désigne sans vergogne son
quasi alter ego à la vindicte sans faire montre du moindre esprit de camaraderie, lui qui s’accroche bêtement à la fierté et à l’illusion pathétiques d’appartenir encore un peu à la « classe
moyenne ».
Qu’il est dommage toutefois que le Figaro, qui a fait un large écho à ce sondage Opinionway dans son édition de vendredi 13 mai se contente d’en livrer les
résultats comme autant de données brutes sans avoir songé que le devoir d’informer va peut-être au-delà, et nécessite parfois une mise en perspective et une contextualisation de
l’information.
Nous ne connaîtrons jamais, hélas, le résultat d’un éventuel sondage publié aux côtés du « sondage assistanat » et portant sur la réforme de l’ISF. Qu’auraient répondu 991 français représentatifs
interrogés selon « les procédures et règles de la norme ISO 20252 » à la question de savoir si l’Etat français, titulaire d’un déficit public à 7 % du PIB, doit consentir à une
baisse de ses rentrées fiscales pour pouvoir exonérer 300 000 d’entre les contribuables les plus riches de l’impôt sur la fortune ?
Nous ne saurons pas non plus, en tout cas pas cette fois, ce que le même panel aurait répondu à la question de savoir si le scandale de la quasi similitude
de condition entre un « assisté » et un smicard ne devrait pas se traiter plutôt par une augmentation des bas salaires et en particulier du salaire minimum. Et Jérôme Leroy ne bénéficiera pas d’une réponse Opinionway à sa question « ce qui est choquant finalement ce n’est pas que des
allocations ressemblent à un salaire, c’est qu’un salaire ressemble à une allocation. Si cette faible différence choque tant que cela monsieur Wauquiez, pourquoi ne pose-t-il pas le problème dans
l’autre sens ? ».
Nous ne saurons pas non plus quelle est la réponse normée ISO 20252 à la question de savoir s’il ne faudrait pas, dans le cadre de la promotion de la
« valeur travail », imposer « une contrepartie » à ceux qui vivent des revenus de leur capital plutôt que de ceux de leur travail. Nous ne saurons pas enfin
combien de sondés opteraient plus volontiers pour une lutte dirigée en priorité contre le
chômage, en lieu et place de l’assistanat.
Nous ne saurons rien de tout cela, car poser ces questions, c’est « social-populiste ». Laissons donc au Front national le soin de les
formuler sans s’inquiéter le moins du monde de la façon dont il compte y répondre.
Entre une droite bien décidée à diviser le peuple pour mieux régner et une gauche désormais disposée à admettre qu’elle l’a abandonné, un seul mot d’ordre
semble désormais s’imposer : « prolétaires de notre pays, déchirez-vous ! ».