Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Alexis Tsipras était ce lundi de passage à Paris. Cet homme est le principal dirigeant de Siriza, deuxième formation politique et premier parti de gauche d’un pays, la Grèce, qui concentre aujourd’hui l’attention de tous les gouvernements européens parce que s’y joue en partie l’avenir de l’Europe. Et pourtant, personne, à part le Front de Gauche, n’a reçu Tsipras.
Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, déclarait le jour même sur
Europe 1 « il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est je crois une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro ». Il ne pensait hélas pas au PS grec, le PASOK, ou à la droite qui ont conduit la Grèce à la ruine et l’euro au bord du gouffre en appliquant les plans d’austérité de la Troïka. Non, il visait Siriza, favori des sondages pour les législatives du 17 juin prochain. Mieux vaudrait donc voter pour un candidat de droite que pour l’autre gauche ? C’est un propos grave pour un homme de gauche. Cela mérite au moins une franche discussion pour convaincre les hérétiques. Mais ni Fabius ni aucun de ses représentants n’a accepté, sans arrogance, de discuter avec un homme qui porte des propositions alternatives, au moins pour les connaître voire pour les critiquer. Et le PS ? Lui aussi aurait pu recevoir Tsipras, au nom de l’internationalisme dont il se réclame. Porte close à nouveau de ce côté-là.
Ainsi va l’Europe austéritaire sur ses rails meurtriers. Le vote des peuples compte pour du beurre. « La Grèce doit respecter ses engagements ». Moscovici et Schauble, les ministres de l’économie français et allemands, réunis lundi aussi à Berlin, l’ont répété. Cette position condamne à elle seule l’Europe ! Elle légitime un coup de force. Lesdits engagements n’ont jamais été souscrits librement par la Grèce mais imposés par la Troïka. Ils ont été rejetés sans ambiguïté par le vote populaire. De quel droit pouvons-nous les infliger au peuple grec ? Ils sont inatteignables. La Grèce est plus endettée aujourd’hui qu’elle ne l’était avant dix plans d’austérité. Ces nouvelles saignées l’anémieraient davantage. Cet entêtement fragilise toute la zone euro. La dette grecque était de 298 milliards avant les plans d’austérité. Le coût du sauvetage pour l’Union s’élève déjà à 340 milliards.
Que d’économies aurions-nous fait en appliquant la proposition du Front de Gauche d’un prêt direct de la BCE à l’Etat grec !
L’obstination dans l’erreur conduit à la surenchère dans l’énormité. Désormais on explique aux Grecs qu’ils risquent de sortir de l’euro s’ils votent mal. Mais les traités européens ne prévoient aucun dispositif permettant d’exclure un pays de l’euro ! Quel bobard inventera-t-on demain pour faire revoter les Irlandais si leur referendum le 31 mai conduit au rejet de la règle d’or ? Comme cela jusqu’à quand ?
Je comprends qu’on ne puisse changer le cours de l’Europe en quelques semaines. Mais les représentants de la France doivent au moins agir pour cela. Ils disposent de l’autorité du vote populaire. Partout en Europe une autre voix est attendue et beaucoup espèrent que la France la portera. Quant à nous, nous faisons notre part du travail. Nous travaillons à améliorer concrètement le rapport de forces pour changer d’Europe en faisant voter massivement Front de Gauche aux législatives.
Nathanaël Uhl
Plusieurs centaines d’amis et de militants ont répondu, le 21 mai, à l’appel du Front de Gauche pour un meeting avec Alexis Tsipras, chef de file de l’alliance de gauche Syriza.
Meeting pluvieux, meeting heureux. Ou presque. Il n’y a que contre les parapluies que les centaines d’amis du Front de Gauche ont pesté ce lundi 21 mai. A quelques encablures de l’Assemblée nationale, où siégeront bientôt les représentants élus du peuple, il y avait tout de même du monde à une heure inhabituelle : 18h30, pour accueillir chaleureusement Alexis Tsipras, que le peuple Grec a choisi comme incarnation de la gauche grecque. Martine Billard, co-présidente du Parti de Gauche ; Jean-Luc Mélenchon ; Maité Mola, co-présidente du Parti de la Gauche européenne, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, l’entouraient après une réunion de travail et une conférence de presse « extraordinaire », selon Pierre Laurent, qui a vu l’ensemble des médias français se presser pour interroger celui qui incarne la rupture politique au niveau européen.
Le leader actuel de la gauche grecque, qui a amené Syriza de 4,9 % des voix en 2009 à 16,5 %, est considéré comme le potentiel vainqueur du nouveau scrutin hellène, provoqué par l’absence de majorité parlementaire. Il aura lieu le 17 juin. Avant même qu’il n’ait lieu, la percée électorale de Syriza est le vrai événement politique en Europe. Rien n’aura été épargné à l’équivalent grec du Front de Gauche. Ni les menaces, ni le chantage sur le mode « si vous votez Syriza, c’est la sortie de l’euro ». Jean-Luc Mélenchon, concluant les interventions, rappelle que « rien ne permet à l’Union européenne de faire sortir un pays de l’euro ». Et de lancer à l’attention des dirigeants de Bruxelles, comme au nouveau locataire de l’Elysée : « Arrêtez de mépriser cet homme (Alexis Tsipras) ! Vous devez le recevoir et discuter sérieusement avec lui ! »
Au demeurant, Alexis Tsipras est conscient de la responsabilité nouvelle qui est celle de son organisation. Il l’aborde avec humilité mais avec courage. « Le combat que nous menons, c’est le combat de tous les peuples d’Europe. C’est le combat contre l’austérité et pour la dignité ! », lance, dans sa langue, le chef de file des 52 députés de Syriza. Qui précise encore : « L’Europe n’appartient pas à madame Merkel. L’avenir de notre continent, c’est bien la démocratie et la cohésion sociale. Et, ce combat, nous allons le gagner ! Ensemble ! » Les militants, les amis, les passants lui répondent : « Résistance ! Résistance ! Résistance ! » Visiblement, il n’y a aucun problème de compréhension. Certes, le traducteur fait bien son travail mais, plus au fond, le langage du cœur abolit les frontières fussent-elles linguistiques.
Il s’agit plus que d’un élan de solidarité internationale romantique. Chacun a compris que, derrière « la guerre menée au peuple grec » selon les mots d’Alexis Tsipras, ce sont tous les peuples de l’Union européenne qui sont visés. Aussi, le rassemblement sur la place Edouard-Herriot est une étape, une « nouvelle rupture » rappelle Pierre Laurent, dans les batailles à venir pour les peuples unis. Alexis Tsipras appelle le peuple de France, celui qui « a ouvert la voie des possibles en donnant 4 millions de voix au Front de gauche », à se lancer dans la lutte au travers de « manifestations, de rassemblement, d’actes de solidarité concrets, pour que les gouvernements libéraux et sociaux-démocrates arrêtent leurs chantages contre les peuples ».
Jean-Luc Mélenchon montre que le message est bien passé. « Une brèche a été ouverte, comme nous l’avons annoncé, en Grèce. Il nous appartient maintenant d’ouvrir l’alternative. Nous ne sommes pas dans un jeu, mais dans un moment historique dans lequel nous avons tous un rôle à tenir ». A nouveau, l’assemblée répond : « Résistance ! Résistance ! Résistance ! » Puis, sous la pluie, chacun repart à son poste de combat. Le moral gonflé à bloc. La victoire de l’autre gauche est possible ! Nos cousins grecs nous en donnent la preuve par l’exemple.
Nathanaël Uhl