C'est une drôle de campagne que celle de Nicolas Sarkozy. A peine élu, il demandait à être jugé à l'issue de son mandat. Celle-ci arrive, et le voici emballé par une fausse agitation
après 18 mois d'immobilisme incroyable à l'égard des urgences du pays. Tout juste fut-il contraint de se montrer sur quelques scènes européennes face à la nouvelle crise financière européenne et
française.
Il fait campagne, mais sans le dire. Il s'énerve, mais tâtonne. Il stresse ou inquiète les autres, mais ne change rien.
Jeudi 26 janvier, il avait envoyé « le-meilleur-d'entre-eux», le rigoureux Alain Juppé, débattre face à François Hollande. Le résultat fut détestable.
Sarkozy candidat hésitant Il serait faux de considérer que l'actualité internationale l'occupe à temps plein.
Au contraire, il est même étrangement absent. La perte du Triple A chez Standard and Poor's l'a même éjecté de la scène européenne. Certes, il assistera à un micro-sommet à trois,
lundi à Bruxelles, avec l'italien Mario Monti et Angela Merkel. Mais
le Monarque ne fait désormais plus que de la figuration. Mercredi à
Davos, on n'a entendu qu'Angela Merkel réclamer davantage de fédéralisme européen. Cette dernière position est loin de faire sourire Nicolas Sarkozy. Il grimace en silence, lui qui préfère
parler de « convergence » entre Etats. La chancelière « triple A » s'offrit même le luxe d'une interview dans 6 journaux européens (Le Monde, Süddeutsche Zeitung, The Guardian, La Stampa, El Pais et Gazeta
Wyborcza).
Depuis début janvier, Nicolas Sarkozy ne s'épargne aucune cérémonie de voeux un peu partout en France. A chaque fois, l'intervention est brève - les discours n'excèdent pas 40 minutes
pour les plus longs -, mais le déplacement mobilise l'Elysée tout entier. A chaque fois, Nicolas Sarkozy préfère tacler l'une ou l'autre des propositions du candidat Hollande. Ses véritables
annonces pour l'année sont rares, et pour cause. Son horizon politique s'arrête en mai prochain. Tant qu'il n'avoue pas sa candidature, impossible de revendiquer quoique ce soit
au-delà.
Dimanche, il a mobilisé pas moins de 6 chaînes de télévision pour de « grandes annonces ». N'est-il pas déjà fatigué de ces moments à répétition qu'il nous promet « décisifs »,
qu'il s'agisse de sommets étrangers ou élyséens, d'interventions ou d'annonces ?
Pris à partie par quelques députés de l'opposition, le Conseil
Supérieur de l'Audiovisuel s'est résolu à décompter au moins partiellement le temps de parole de Nicolas Sarkozy lors de sa prestation de dimanche, dans deux cas de figure s'il cause de son
bilan ou ou des « mesures d’un possible programme ».
Le candidat Sarkozy a même réactivé sa page Facebook. Il espère que les quelque 600.000 fans seront autant d'électeurs. Depuis quelques jours, il multiplie les messages, rédigés par
d'autres, sur sa page « personnelle ». Il veut « reconquérir la toile », s'amuse un journaliste.
L'UMP matraque dans le vide Certains citoyens, par un biais encore inexpliqué, ont reçu un spam dans leur boîte aux lettre, un courriel de Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP. Ce courriel, adressé à des
destinataires non militants ni sympathisants de l'UMP, a été envoyé en masse, « jusqu'à 30% des Français connectés » précisait France Info, qui révélait le scoop mercredi dernier. Copé ne s'embarrassait pas: « En tant
qu'électrice, vous êtes amenée à recevoir des courriers de partis politiques dont ceux de l'UMP ».
Mardi déjà, quelque 6 millions de tracts avaient été livrés et distribués pour défendre le bilan du Monarque. Les faux états d'âme de ce dernier avaient ruiné l'effet
escompté.
Il a demandé à son fidèle Guéant de mobiliser les forces de l'ordre au « premier quadrimestre 2012 ». Le député socialiste
Jean-Jacques Urvoas a ainsi publié sur son blog une note interne de la Direction générale de la gendarmerie datée du 19 janvier dernier qui enjoint les troupes à se montrer: « conformément
aux orientations données par le ministre de l'intérieur, (...) il convient désormais, et ce jusqu'à la fin du mois d'avril 2012, de valoriser nos actions en externe en matière de lutte contre les
personnes, les cambriolages, les incivilités ». La délinquance violente progresse depuis 2002. Mais les consignes, à moins de 3 mois du scrutin présidentiel, deviennent bizarrement plus
orientée à l'égard des forces de l'ordre.
Cette manoeuvre est grossière et indigne.
Ses sbires racontent toujours n'importe quoi C'est la mauvaise foi en action. Mercredi 25 janvier au matin, Laurent Wauquiez accusait François Hollande de mauvaise gestion en Corrèze, dont il préside le conseil général: « François
Hollande a augmenté en Corrèze les impôts de la Corrèze cette année de 12 %! ». Le ministre de l'enseignement supérieur, toujours très discret sur l'objet même de son boulot, omettait de préciser
que la Corrèze était déjà surendetté avant 2008 et le changement de majorité
départementale.
Mercredi, la cellule Riposte de l'UMP faisait encore plus fort: elle publiait le « programme caché de François Hollande », un florilège de 30 propositions dont l'essentiel
figuraient... dans le programme d'autres candidats ou d'autres documents sans rapport avec le programme ni les déclarations du candidat ou, pire, étaient totalement inventées. Les journalistes
Guillaume Launay et Cédric Mathiot de Libération, sur leur blog Desintox, n'en revenaient toujours
pas: « Les trente points listés sur ce tract trouvent leur matière dans le procès d'intention, l'amalgame ou le mensonge pur et simple. Eviter de débattre du projet de l'adversaire
pour s'échiner à débiner un fantasme de projet : le degré zéro de la politique.» Ils n'avaient trouvé qu'une mesure (sur trente !) correctement énoncée.
Jeudi, la présentation par François Hollande de ses 60 propositions fut l'occasion d'une nouvelle salve de n'importe quoi. La ministre du Budget accusa: « C'est un projet qui met le
modèle social en péril, la crédibilité de la France en péril et qui menace les Français ». Pourquoi ? Parce que le candidat a promis de réduire les avantages fiscaux ou sociaux des plus fortunés en
période de crise ... Pourtant en charge du budget, elle refusa de commenter les hypothèses de croissance du candidat socialiste qui sont plus prudentes que celles du gouvernement. Ses deux
attaques furet concentrées et sans preuve ni chiffrage contre la « réforme de la réforme » des retraites et les dépenses publiques. Elle accusa Hollande d'aggravé de 5 milliards d'euros le
déficit des retraites si on autorisait ceux qui avaient commencé à bosser avant 18 ans mais cotisé 41 ans et demi à partir en retraite. Elle ajouta 15 milliards d'euros de déficit supplémentaires
si la retraite à 60 ans s'ouvrait aussi à celles et ceux ayant cotisé 41 ans depuis 19 ou 20 ans... En quelques phrases et quelques bourses, Valérie Pécresse venait de confirmer la profonde
injustice de la réforme Sarkozy: celles et ceux qui ont commencé à travailler et cotiser avant 20 ans supporteraient l'essentiel de la réforme Sarkozy.
Jeudi soir sur France 2, Nicolas
Sarkozy avait envoyé son ministre des affaires étrangères Alain Juppé, débattre avec François Hollande. Ce satané candidat socialiste venu de nulle part a dissous l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.
Le « meilleur d'entre eux » s'est agacé, énervé devant la précision du candidat socialiste.
Fichtre!
La prochaine fois, Nicolas Sarkozy devra y aller tout seul.