Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Inutile de le cacher, c’est un sentiment de profonde déception qu’ont éprouvé les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, et plus encore les militants du Front de Gauche, en découvrant le résultat de leur candidat. Avec un score de 11,11 %, le tribun du FdG est nettement en retrait d’un objectif qu’il avait lui-même revu à la hausse ces dernières semaines...
Pire, Jean-Luc Mélenchon est battu de près de 7 points par Marine Le Pen, celle qu’il s’était donné pour mission de devancer en ramenant dans les rangs de la gauche un électorat populaire égaré sur les terres frontistes. Faut-il voir dans ce résultat un échec de la stratégie de Mélenchon ? Oui et non, car si l’élan du Front de Gauche est retombé dans les derniers jours de la campagne de 1er tour, l’on peut quand même tirer des enseignements positifs de cette aventure électorale. Mais ne nous voilons pas la face, la gauche de progrès n’est qu’au tout début de sa reconquête, et elle devra manifestement beaucoup se dépenser pour parvenir à briser le mur d’indifférence, voire de rejet, qu’elle continue d’inspirer dans une opinion majoritairement conservatrice ou par trop sensible aux sirènes démagogiques du FN.
Il y a plusieurs façons de lire les chiffres du 1er tour de la présidentielle pour la gauche non socialiste. Le plus éclairant est de les comparer aux trois scrutins précédents : 1995, 2002 et 2007. Encore faut-il savoir de quel électorat l’on parle. Deux grands ensembles peuvent être facilement comparés d’un scrutin à l’autre : 1) la gauche hors PS, composée de toutes les sensibilités communistes, trotskystes, révolutionnaires et écologistes ; 2) de manière plus limitée, la gauche communiste et radicale, autrement dit le PC, le NPA (LCR), LO, le PT et pour 2007 le vote anticapitaliste sur le nom de José Bové.
Le 22 avril 2012, la gauche hors PS a totalisé 15,13 %. C’est nettement mieux qu’en 2007 (10,57 %), mais c’est moins bien qu’en 1995 (17,27 %) et surtout en 2002 (19,06 %), année où la mauvaise campagne d’un Lionel Jospin affirmant « ma candidature n’est pas socialiste » avait clairement favorisé le vote hors PS.
Le 22 avril 2012, la gauche communiste et radicale a totalisé 12,82 %, principalement constitués des 11,11 % de Mélenchon. Là aussi, c’est mieux qu’en 2007 (9,00 %), mais c’est un point de moins qu’en 1995 (13,95 %) et en 2002 (13,81 %). Il n’y a donc pas lieu de pavoiser.
La lecture de ces chiffres est éloquente : scrutin après scrutin, la gauche non socialiste ne parvient décidément pas à imposer ses idées dans l’électorat français, et cela quels que soient la configuration des candidatures et les soutiens dont disposent les candidats désignés. C’est évidemment déprimant pour tous ceux qui militent, parfois depuis fort longtemps et souvent avec une remarquable abnégation, pour faire progresser les idées de progrès dans notre pays.
Mais les faits sont là, irréfutables et obstinés : présidentielle après présidentielle, nos concitoyens restent très largement insensibles dans les urnes aux discours tenus par cette catégorie de candidats. La faute à des engagements socioéconomiques pourtant crédibles, mais jugés la plupart du temps irréalistes, et cela jusque dans les milieux populaires, pourtant touchés de plein fouet par les agressions du libéralisme. Mélenchon n’a d’ailleurs dépassé la barre symbolique des 15 % que dans 4 départements, son meilleur résultat ayant été acquis en Seine-Saint-Denis où il obtient un score de 16,99 %.
La flamme des meetings et le spectacle des auditoires galvanisés n’ont donc pas suffi à convaincre au-delà des communistes – ravis de retrouver leur fierté mise à mal par le score étique de 2002 et celui, désastreux, de 2007 – et des transfuges de LO et du NPA, séduits par la verve révolutionnaire de Mélenchon. Paradoxalement, on touche là le principal point positif de cette « épopée » aux accents souvent grisants mais porteurs d’un espoir sans doute excessif, eu égard aux réalités sociologiques de la France de 2012. En asséchant très largement les votes LO et NPA et en les amalgamant au sein du Front de Gauche avec ceux du PC, Mélenchon n’en a pas moins réussi à créer une dynamique en redonnant de facto des couleurs au vieux parti de la place du Colonel Fabien.
Cela suffira-t-il à « prendre le pouvoir dans moins de 10 ans » comme continue de le clamer Mélenchon après les résultats du 1er tour ? On peut en douter, mais aucune histoire n’est jamais écrite d’avance, et il y a là un formidable challenge. C’est pourquoi il conviendra que tous les électeurs du Front de Gauche surmontent leur déception du 22 avril et continuent de se mobiliser dans les semaines à venir pour porter le plus haut possible les scores de la gauche de progrès lors des législatives à venir. Avec pour objectif de former un groupe conséquent à l’Assemblée Nationale afin que les élus de la « vraie gauche » puissent se faire entendre et, avec force et conviction, relayer les justes revendications des classes populaires. La reconquête des électeurs du Front National passe par cette mise en situation républicaine des tribuns du peuple, probablement emmenés par un Mélenchon député du Val-de-Marne.
En attendant de livrer cette bataille législative, il en est une autre qui doit impérativement être gagnée : la bataille présidentielle. Un objectif unique : vaincre Nicolas Sarkozy et par conséquent débarrasser notre pays du pire ennemi des classes populaires qui ait accédé à la présidence de la République. Écoutons Pierre Laurent qui appelle à voter Hollande « sans ambiguïté ». Écoutons Jean-Luc Mélenchon : « Je vous demande de vous mobiliser comme s’il s’agissait de me faire gagner moi-même l’élection présidentielle ». Écoutons Clémentine Autain : « aucune voix ne doit manquer à Hollande » a-t-elle clamé avec force.
Ces trois là ont raison, mille fois raison : le 6 mai, il importera de « dégager » Sarkozy. Après quoi, il sera temps de placer le Président Hollande sous la surveillance du peuple. Et tant pis pour lui s’il redonne vie aux vieux démons libéraux du PS : son triomphe pourrait alors devenir un cauchemar !
Fergus
Photo La Dépêche