Le 9 décembre 2008, l’organisation mondiale de l’alimentation (FAO) lance une alerte pour rappeler que, pendant que les gouvernements tentent de
colmater la crise économique, la crise alimentaire qui a démarré bien avant est, elle, de plus en plus criante. « La crise financière et économique aura pour effet de réduire de plus
en plus d’individus à la famine et à la pauvreté », rappelle la FAO (4). Près d’un milliard de personnes souffrent actuellement de sous-alimentation. Malgré la baisse des prix des
produits agricoles après la forte hausse d’avant l’été 2008, certaines denrées, comme le riz, restent à 95% au-dessus des prix de 1995. En novembre dernier, le quotidien américain Washington
Post publie un article intitulé « Loin de Wall Street, la crise alimentaire s’aggrave » (5) dénonçant l’indifférence des pays développés face à l’aggravation de la crise
alimentaire, dans un contexte de sauvetage des banques.
Au lendemain des premiers signes de crise financière, la Chine prend des mesures pour restreindre ses exportations de céréales et d’engrais (taxation sur les exportations d’engrais entrées en
vigueur le 1er septembre 2008 de 150% à 185%), mesures qui ont des conséquences sur des agricultures de pays en développement comme le Kenya, très dépendants de ce marché pour ses propres
cultures.
Les milliards de dollars investis en quelques mois dans les systèmes financiers et économiques frappent d’autant plus les esprits et les organisations d’agriculteurs de pays pauvres que la
réaction internationale face à la crise alimentaire est très faible et les mesures prises, inadaptées. La FAO, par la voix de Jacques Diouf, son directeur général, craint une diminution des
aides à l’agriculture dans les pays en développement et l’adoption de mesures protectionnistes visant à lutter contre les effets de la crise financière et à rassurer les opinions
publiques.