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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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PAC ET CRISE ALIMENTAIRE

PAC: vers une restructuration dans un contexte de crise alimentaire?

Agnes Lissillour - blogueuse associée


Agnes Lissillour - blogueuse associée - analyse en deux volets les dysfonctionnements de la politique agricole européenne. Après la création de la Politique Agricole Commune (PAC), le problème de l'unité se pose au sein de l'Europe, puisqu'une réévaluation de la politique agricole devient nécessaire dans un contexte de crise économique et alimentaire.



Photo : Flickr - richardmasoner - CC
Photo : Flickr - richardmasoner - CC
A la faveur des bouleversements entraînés par la crise économique, et de l’aggravation d’une crise alimentaire généralisée, les Etats européens seront-ils capables de refonder ensemble une nouvelle politique agricole commune ?

La crise économique crée une situation nouvelle au niveau mondial. Même si les réajustements psychologiques et conceptuels des principaux acteurs et décideurs politiques et économiques tardent à se manifester, des révisions déchirantes et fondamentales de certaines politiques menées jusqu’ici vont s’imposer d’elles-mêmes, plus rapidement et plus brutalement qu’on ne le pense. C’est le cas de la PAC, élaborée comme symbole fort de solidarité communautaire au temps d’une relative pénurie de la production alimentaire en Europe.

Faut-il procéder à un énième subtil replâtrage sous contrainte budgétaire ? Ou faut-il, au contraire, envisager une re-légitimation totale de cette politique ?

La gravité de la crise économique est certaine
La crise, installée durablement depuis plus d’un an et demi, est d’une ampleur sans précédent malgré les sommes considérables déjà investies pour tenter de la juguler. Pour se figurer l’importance des sommes engagées, rappelons que le PIB mondial est de l’ordre de 50.000 milliards de dollars. Or plus de 3% du PIB mondial a été injecté en urgence de part et d’autre de l’Atlantique, par les banques centrales, dès la fin de l’été 2007, et ce sur moins d’un mois, témoignant déjà, pour les observateurs avertis, de l’ampleur du problème, même si la plupart de ces « injections de liquidité » ont été faites seulement sous forme de prêts (en principe remboursables).

Le problème était seulement de restaurer la confiance et le crédit interbancaire : simple problème psychologique, qui devait être réglé en une à deux quinzaines dès le retour de vacances des dirigeants de la finance et de la banque.

Plus d’un an et demi après, il n’en est rien. Les sommes aujourd’hui engagées sous forme d’entrée directe au capital des banques, de rachat de « créances douteuses », d’assurance-crédit de l’Etat, de baisse de la TVA (Royaume Uni) ou  encore des divers plans de relance de la consommation, représenteraient (et ce n’est certainement pas fini) plus de 6.500 milliards de dollars à travers le monde, soit environ 15% du PIB mondial. Le seul événement qui se rapprocherait des sommes engagées serait la Seconde Guerre mondiale : 3.600 milliards de $. (1)

Le scénario catastrophe de la crise
Bernard Cristofini (2), chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), imaginait un scénario catastrophe pour cette crise. « Après avoir touché les organismes financiers, les assureurs et les ‘hedges funds’, l’onde de choc atteint les entreprises, grandes et petites. La propagation s’attaque ensuite au secteur de l’immobilier et même les économies des pays émergents comme la Chine ou l’Inde, connaissent une croissance ralentie du fait du renchérissement du coût du fret ou de la faiblesse de leur clientèle occidentale », indiquait-il lors d’un entretien (3).

Dans ce même scénario, le prochain cercle est celui des monnaies et des Etats qui ont pris le risque se s’endetter lourdement et qui se voient privés de leur rôle de prêteur en dernier ressort. Ce scénario catastrophe mène immanquablement à « une forte hausse du chômage, à l’alourdissement extrême de la fiscalité et donc à la paupérisation des sociétés qui finira d’assécher les marchés, alimentant en boucle à nouveau le chômage, puis à nouveau la paupérisation et le déficit de rentrées fiscales », poursuivait Bernard Cristofini.

Et pendant ce temps, la crise alimentaire continue
Photo - Flickr - fdecomite - CC
Photo - Flickr - fdecomite - CC
Le 9 décembre 2008, l’organisation mondiale de l’alimentation (FAO) lance une alerte pour rappeler que, pendant que les gouvernements tentent de colmater la crise économique, la crise alimentaire qui a démarré bien avant est, elle, de plus en plus criante. « La crise financière et économique aura pour effet de réduire de plus en plus d’individus à la famine et à la pauvreté », rappelle la FAO (4). Près d’un milliard de personnes souffrent actuellement de sous-alimentation. Malgré la baisse des prix des produits agricoles après la forte hausse d’avant l’été 2008, certaines denrées, comme le riz, restent à 95% au-dessus des prix de 1995. En novembre dernier, le quotidien américain Washington Post publie un article intitulé « Loin de Wall Street, la crise alimentaire s’aggrave » (5) dénonçant l’indifférence des pays développés face à l’aggravation de la crise alimentaire, dans un contexte de sauvetage des banques.

Au lendemain des premiers signes de crise financière, la Chine prend des mesures pour restreindre ses exportations de céréales et d’engrais (taxation sur les exportations d’engrais entrées en vigueur le 1er septembre 2008 de 150% à 185%), mesures qui ont des conséquences sur des agricultures de pays en développement comme le Kenya, très dépendants de ce marché pour ses propres cultures.

Les milliards de dollars investis en quelques mois dans les systèmes financiers et économiques frappent d’autant plus les esprits et les organisations d’agriculteurs de pays pauvres que la réaction internationale face à la crise alimentaire est très faible et les mesures prises, inadaptées. La FAO, par la voix de Jacques Diouf, son directeur général, craint une diminution des aides à l’agriculture dans les pays en développement et l’adoption de mesures protectionnistes visant à lutter contre les effets de la crise financière et à rassurer les opinions publiques.

Aucun Etat n’est épargné
36 pays restent dans une situation d’urgence, à un moment où la sécurité alimentaire semble être largement passée au second plan pour les pays développés. Et en mai 2008, selon la Banque mondiale, 33 Etats dans le monde sont menacés de nouveaux conflits entre les peuples, avec un risque de déstabilisation des régimes politiques, et d’importants mouvements de populations fuyant les foyers de famine. Or, les aides à l’agriculture des pays en développement ne sont déjà pas sur une pente ascendante puisqu’elles sont passées de 8 milliards de dollars en 1984 à moins de 3,4 milliards de dollars en 2004. Et des 12,3 milliards de dollars promis en juin dernier à Rome par des gouvernements, donateurs et organismes d’aides, seul 1 milliard a été versé.

Les Etats occidentaux ne sont pas épargnés par la crise alimentaire et pas seulement avec le développement de l’obésité ou de la « malbouffe ». C’est ainsi  que le nombre d’Américains en état d’insécurité alimentaire a augmenté de 31 % en 2008, par rapport à 2007. « Au total, 49 millions d’Américains ont, à un moment ou à un autre de l’année, eu des difficultés pour s’alimenter correctement » (6).

Pas étonnant que l’aide alimentaire fédérale concerne un Américain sur huit et un enfant sur quatre et que ses dépenses publiques augmentent régulièrement. En Europe, la situation n’est pas idyllique non plus. Les banques alimentaires ont de plus en plus de mal à faire face, entre une offre qui se rétrécit (l’accès aux surplus alimentaire est de plus en plus restreint) et une demande croissante. Chaque année, la campagne des « Restos du coeur » enregistre de tristes records avec l’arrivée massive de catégories sociales fragilisées par la crise et le chômage.


(1) Barry L.Ritholtz, director Equity Research at Fusion IQ, et Jim Bianco,Bianco Research.

(2) Décédé le 14 décembre 2009.

(3) Entretien avec Bernard Cristofini, chercheur en prospective et stratégie internationale, Inra, décembre 2008.

(4) Financial Times, 9/12/2008 : « World’s hungry close to one billion ».

(5) Article cité dans Courrier International, 7/11/2008, page 53.

(6) De Parle Jason, « Hunger in U.S. at a 14-Year High », The New York Times, 16 novembre 2009.
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