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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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LETTRE D'UN MEDECIN DU 22...



Docteur Pascal Dazin

Médecin du travail

La Hulotte des Frots

22940 PLAINTEL

 

 

 

Monsieur Jean-Louis Debré

Président du Conseil Constitutionnel

2, rue de Montpensier

F-75001 Paris

 

                                                                                                                          28 octobre 2010

Objet :Non -conformité avec nos principes républicains du projet de loi 527, relatif à la réforme de la politique sociale de retraite en France

 

 

Monsieur le Président,

 

Chacun sait que cette loi, passée en force dans un climat d’inquiétudes et de colères inédit dans sa durée et dans sa prégnance populaire depuis 1968, est basée au départ sur un mensonge du candidat à l’Elysée, faisant en la matière de fausses promesses séductrices pour l’électorat, ) présent destructrices pour sa crédibilité actuelle. Notre chef de l’état français espère à tort que ses concitoyens peuvent préférer des positions autoritaires et illogiques à des actes réfléchis et consensuels, qui seraient les seuls à faire autorité dans une République sociale.

 

D’autre part les médecins, et spécialement les médecins du travail en matière de santé publique, savent que le dogme " d’abord ne pas nuire " est un socle qu’il est constamment dangereux de transgresser.

 

Quand le remède devient pire que le mal, même s’il est enrobé de chiffres plus que de lettres, et d’effets de manches qui frisent l’insulte aux valeurs sociales de notre République, ce remède n’est plus qu’un mauvais traitement infligé à nos valeurs communes, un trouble durable à notre identité sociale collective.

 

A cet égard, la non consultation des médecins du travail au sujet de cette réforme de l’esprit des lois sociales françaises de 1946, sacrifiées sur l’autel du Dieu Capital Financier, est plus qu’un manque de respect: c’est une ruse, d’autant plus visible que ladite réforme stérilise au passage avec opportunisme grossier l’esprit de la médecine du travail neutre, sociale, efficace et indépendante, au service de la communauté humaine au travail et non pas au service de la. sauvegarde du capital financier.

 

De coup de force en refus de dialogue, de communications désastreuses basées sur des contresens sociologiques en dénigrement des craintes légitimes de nos concitoyens anciens salariés, salariés ou futurs salariés, cette loi va voir le jour par césarienne politicienne, mais est condamnée à une espérance de vie très réduite, par manque d’attentions et brutalités des accoucheurs de lois se plaidant être républicains.

 

Car l’article 5 de la Constitution Française impose que " lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par l’application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ".


Certes, l’ observance de ce " principe de précaution " nous a valu l’an dernier une tragicomédie sous prétexte sanitaire, avant tout par protectionnisme des intervenants politiques, qui se sont en effet protégés des dangers fantasmés de la grippe A qui auraient pu entraîner une calamité judiciaire de plus, en organisant leur propre parade anti-judiciaire, à coups de millions d’euros publics dépensés sans raison, se faisant même vacciner eux-mêmes en direct sur les médias, le sourire aux lèvres. Qu’il est loin, le temps du BCG et du verre de lait encouragés à juste titre et dispensés publiquement par des autorités politiques autrement crédibles, dans les années 1950…


On aimerait, puisqu’à présent on préfère les chiffres avec des dizaines ou centaines de zéros aux Hommes qui ne gagnent que deux à trois zéros après le chiffre, que la somme de Madame Bachelot et de Monsieur Sarkozy égale le poids politique et moral de Monsieur Mendès-France ou de Monsieur De Gaulle.


Mais même en imposant cet équilibre plus qu’improbable par une loi, nos contemporains n’en seraient pas plus dupes que de la loi 527.


Car un an exactement après le naufrage identitaire des salariés de France Télécom, eux aussi trahis au fil des décennies au sujet du contrat moral co-signé de servir le public auquel ils avaient massivement adhéré, un an après le naufrage ridicule de la barque de la lutte contre la grippette A, présentée comme un paquebot, mais qui fait douter cette année la population au sujet de la vaccination contre la grippe saisonnière, un danger social réel présentant les mêmes caractéristiques de l’aventurisme ultra-libéral et du ridicule social, est créé sans état d’âme par une loi présentée comme républicaine et salvatrice.


Il s’agit pourtant d’un remède pire que le mal.


Cette loi en vient même, tentant de s’auto-sécuriser et de protéger ses concepteurs accoucheurs, à dénaturer la médecine du travail mise à présent au service des effets pervers de ce monstre antisocial, Les géniteurs de cette loi violant l’esprit de solidarité sociale de l’après nazisme, plaçant l’intérêt du capital financier au dessus de l’intérêt des solidarités et du partage social, plaident que la médecine du travail, acquis social de 1946, issu de l’esprit du Conseil National de la Résistance, doit être transfiguré en outil d’accompagnement post-caritatif, placé d’autorité au même rang que tous ces cabinets libéraux à connotation psycho-judiciaire, qui grignotent le fromage de l’argent des entreprises sans améliorer la vie des salariés. Cette loi plaide que la médecine du travail dénaturée pourrait encore prévenir certaines conséquences morbides qui vont être entraînées par son application.


Tout se passe donc comme si le principe de précaution, que des millions de français ont intuitivement mis en alarme en se manifestant de façon inédite depuis 1968, pouvait être gommé de la Constitution dans les hémicycles!


Tout se passe comme si ce principe de précaution introduit à l’article 5 de la Constitution Française pouvait s’appliquer de façon absurde quand il va entraîner un phénoménal marché d’affaires socialement inutile contre une petite grippette (n’en déplaise aux bras de Monsieur Sarkozy et de Madame Bachelot, souriant l’an dernier sur la photo en donnant l’exemple), mais ne devait pas s’appliquer quand il s’agit de mettre la population salariée au service du capital financier et non pas le capital financier au service des solidarités humaines et écologiques, même en faisant collaborer insidieusement la médecine du travail pour faire mine d’appliquer le principe de précaution. Dénaturée comme prévu par la loi, ou même non dénaturée, la médecine du travail qui a contribué à un progrès sanitaire unique au monde, ne pourra réparer les nouveaux dégâts commis symboliquement et matériellement contre une population asservie à la marche du Capital plutôt qu’incitée à renouveler les solidarités sociales éternelles dans un monde dont les dangers ont pris de nouveaux masques.

 

Ce n’est donc pas par hasard qu’elle n’a pas été consultée sur un sujet où elle était de première compétence, mais a au contraire été autoritairement frelatée " légalement " pour servir un projet dénaturant les idéaux du CNR.


J’en termine par une citation du chef d’état, remontant à l’an dernier, à la même époque, au cœur de la crise historique des personnels de France Télécom, juste avant la promotion grossière de la vaccination contre la grippe A au nom de la prétendue protection sanitaire et de la réelle protection judiciaire de ses promoteurs politiques gérant en l’occurrence plus leur carrière que faisant vivre et progresser la République :


" L’année 2009 a été l’année de la crise en France. L’année 2010 sera l’année de la refondation"


Au delà du fait qu’une fois de plus, le chef d’état a récité un mot qui n’appartient pas à la langue française, je ne peux que constater, avec Jean de la Fontaine, dans sa fable " l’Huître et les Plaideurs " que l’huître du labeur de nos contemporains sera gobée par le Maître Dandin et sa cour opportuniste:


" Ce repas fait, il dit d'un ton de Président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille ".


Certes, Jean de la Fontaine n’était pas républicain, mais il avait déjà un bon sens précurseur, que n’ont malheureusement plus les opportunistes d’aujourd’hui, même ceux et celles qui se gargarisent sur le devant de la scène avec les mots pour plaider nos idéaux et les actes pour les trahir.


France sociale d’hier, sous-France libérale d’aujourd’hui, quelle décadence en deux générations qui ont cru triompher de la perversité, quel laisser-aller au nom de la légalité et des plaidoiries politiciennes mercantiles!


La France vient de manquer une occasion historique de respecter son histoire, ses représentants politiques dénaturant la quête de sens au travail salarié en médiocre revendication de moins travailler. " La France qui ne veut pas travailler, c’est fini ", déclarait tout récemment le chef d’état au salon de la voiture…Quelle grand malheur d’avoir des représentants ayant une telle vision philosophique…


Veuillez agréer, Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, mes salutations républicaines.

Docteur P. Dazin, médecin du travail

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