Cette fois-ci les banques vont devoir afficher leurs pertes potentielles. C’est du moins la première décision prise par le Conseil européen (qui
regroupe les dirigeants 27 membres de l’Union européenne, qu’ils soient ou non dans l’euro). D’ici au mois de septembre, les principales banques, dites « systémiques » parce que leurs
faillites provoqueraient des dégâts collatéraux d’une ampleur inconnue, devront afficher la vérité des comptes. Mais attention, il ne s’agit pas de savoir combien d’emprunts à tiroirs, de
CDS improbables, de swaps sans contreparties ou de subprimes diverses elles conservent dans leurs livres. Non, les Etats membres leur demande de valoriser les emprunts d’Etat au « prix du
marché », tel qu’il était au 30 septembre. Mine de rien. C’est une sorte de petite révolution. D’abord parce que les banques conservaient leurs obligations d’Etat jusqu’à la fin de leur
durée en les comptabilisant au prix d’émission, car celles-ci étaient considérées comme le placement le plus sûr et le plus liquide possible. C’était du « fonds propre dur ». Ensuite
parce que des Etats demandent que leurs propres obligations soient dévalorisées. On devrait donc comptabiliser les obligations grecques à environ 46% de leur valeur d’émission, celles de
l’Espagne et de l’Italie aux environs de - 20%, peut-être les françaises à - 10%, ou - 5%.
Cela s’appelle se tirer une balle dans le pied, car lors des prochaines adjudications d’obligations publiques, les banques qui viennent acheter du «
papier » des Etats pourront dire aux directeurs du Trésor de leurs pays : « compte-tenu de la décote au 30 septembre, il faut me verser un taux d’intérêt plus élevés ».
Et ce sont les contribuables, qui ensuite assumeront cette charge.
Donald Tusk, Premier ministre polonais et président en exercice du conseil européen a eu beau préciser qu’il s’agissait là « d’une mesure
exceptionnelle, et transitoire qui ne durera que de un à trois ans », cela risque bel et bien de renchérir le coût du crédit pour les Etats.
Les banques, elles, devront, avant le 30 juin 2012, trouver de quoi combler non seulement le « trou » comptable constaté à la suite de la
dévaluation des emprunts d’Etat, et augmenter leurs fonds propres « durs », à 9% (contre une obligation de 6% aujourd’hui). Selon une estimation de la délégation française, cela
représente une masse globale de 110 milliards d’euros au niveau européen, dont une dizaine pour les banques françaises. Pour ce faire, les banques devront chercher l’argent chez elles, en
restreignant les bonus et les dividendes versés, sur les marchés, et auprès des Etats si les solutions de marché ne fonctionnent pas. Donald Tusk, visiblement traumatisé par l’expérience
socialiste vécue par son pays, avertit : «l’appel aux Etats ne doit pas amener un traitement injuste des propriétaires des banques». Enfin lorsque les Etats ne peuvent pas aider
les banques en difficulté, il sera fait appel au fonds européen de stabilité fiancière.
Ce sera sans nul doute le cas des banques grecques. Bien sûr le budget d’Athènes est incapable de sortir le moindre cent. De plus ce sont les
banques grecques, comme les Grecs, qui vont subir en premier le choc de la « décote » appliquée aux emprunts grecs, qui se discute, non pas à 27 pays, mais entre les seuls 17 membres de
la zone euro. On évoque, du côté des négociateurs français, une décote de 100 milliards sur les 210 milliards d’emprunts placés auprès du privé. Donc 45%. Mais sur ces 210 milliards,
141 milliards sont entre les mains des banques grecques, des
fonds de pensions grecs, des assurances grecques, etc… Il faudra bien recapitaliser les principales institutions, du moins les banques et les fonds de retraites, pour permettre au pays de
simplement fonctionner. Il faudra donc que le FESF prenne des participations à hauteur de dizaine de milliards. Vue ainsi, la solution du défaut partiel, logique pour soulager les comptes
publics d’un pays en récession depuis trois ans, ressemble à l’histoire des Shadoks qui creusaient des trous pour en reboucher d’autres, puis s’apercevaient de l’existence des trous
qu’ils venaient de creuser, et donc se remettaient à creuser pour les reboucher. …
Les dix sept chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro sont donc les shadocks du 21e siècle.
A l’heure où sont écrites ces lignes, ils sont à la recherche de la solution pour faire du FESF un instrument capable de faire face à la crise italienne. Il faut avoir une force de frappe
d’au moins 1600 milliards d’euros sans faire appel à la banque centrale européenne, solution que n’importe quel Gibi aurait adoptée.. Alors les Shadocks creusent…Il parait qu'ils ne
sortiront de leur trou qu'au milieu de la nuit...