Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
En 2008, 46,3 millions de personnes vivant aux États-Unis, première puissance économique du monde, ne bénéficiaient d’aucune assurance santé. L’explosion du
chômage n’a pu qu’aggraver la situation : la majorité des personnes assurées le sont par l’intermédiaire de leur employeur et perdent cette couverture essentielle en même temps que leur
emploi.
L’adoption par le Congrès américain, sur proposition de Barack Obama, d’une loi sur la santé a été largement présentée comme un « vote historique » visant à une couverture universelle
de la population des États-Unis en matière de dépenses de santé.
Il y a loin de la coupe aux lèvres et cet article a l’ambition de remettre les pendules à l’heure.
Le système étasunien est un système à trois étages :
Même si elle n’allait pas assez loin, la « réforme » initiale de Barack Obama, initiée par la gauche du Parti démocrate (contre la droite de ce même parti !) permettait des avancées considérables :
Les lobbies se sont chargés d’éliminer tout cela au nom du dogme de leur religion économique et financière, à savoir la concurrence libre et nécessairement faussée.
En fait, il reste peu de chose :
Les lobbies pharmaceutiques, des appareillages médicaux et des assurances ont eu une influence considérable et ont donc dénaturé la « réforme »
initiale. Même certaines grandes entreprises étasuniennes auraient souhaité qu’un système fédéral puisse mettre en place des mécanismes de contrôle des coûts. Rien n’y fit.
Il est à noter que les lobbies pharmaceutiques, des appareillages médicaux et des assurances ont eu le soutien de la National Federation of Independant Business (regroupant les patrons des PME et
commerçants des EU) qui ne voyait là qu’un impôt déguisé pour augmenter les charges des PME et des petits commerces.
Bien évidemment, dans ce gigantesque déploiement de forces réactionnaires, la position de l’association « Physicians for a National Health
Program » (Médecins pour un programme national de santé) qui regroupe 17 000 médecins aux États-Unis n’a pas pesé comme nous aurions pu le souhaiter. Cette association lutte depuis des
années pour la mise en place d’une assurance santé publique, nationale, garantissant à toute la population une couverture complète de ses dépenses de santé.
Écoutons les propos de cette association qui résume la position de nos amis étasuniens de gauche pour l’égalité sociale (Otherworlds, de nombreux syndicats d’infirmières, etc.).
« Cette nouvelle législation ne va pas éliminer les racines du problème : une industrie de l’assurance privée mue par la recherche du profit.
Elle va au contraire enrichir encore davantage ces compagnies d’assurance et renforcer leur pouvoir. Cette loi va contraindre des millions d’Américains à acheter aux assureurs privés de mauvais
produits [assurantiels] et elle conduira au versement de vastes montants des deniers publics à ces compagnies. Le battage médiatique qui a entouré cette nouvelle loi sur la santé est démenti par
les faits :
« Les coûts de la santé continueront à prendre l’ascenseur, comme l’expérience faite dans l’État du Massachusetts [sur lequel la nouvelle loi est basée]
l’a largement démontré (l’État du Massachusetts avait introduit en 2006 une loi rendant obligatoire la conclusion d’une assurance santé. Cette obligation se retrouve au cœur de la loi adoptée le
22 mars 2010).
« Il n’était pas inévitable qu’il en soit ainsi. Les mesures positives contenues dans cette loi, comme le renforcement du financement des centres de santé communautaires, auraient pu être mises en œuvre en tant que telles.
De même, l’extension de la couverture garantie par Medicaid – un programme sous financé, qui assure aux pauvres des soins en dessous des standard – aurait pu être décidée séparément, accompagnée de mesures fédérales pour améliorer la qualité des prestations de ce programme.
Mais, au contraire, le Congrès et l’administration Obama ont chargé les Américains d’un paquet coûteux, comprenant : l’obligation coûteuse de s’assurer individuellement, de nouveaux impôts sur les plans d’assurance dont bénéficient les salariés, un nombre incalculable d’arrangements très avantageux pour les assurances privées et les grandes firmes pharmaceutiques et, enfin, le maintien d’un système fragmenté, ne fonctionnant pas, insupportable sur la durée et qui pèse aujourd’hui si lourd sur la santé et sur l’économie.
L’adoption de cette loi correspond à des considérations politiques et pas à celles d’une solide politique de la santé. En tant que médecins, nous ne pouvons pas accepter cette inversion des priorités. Nous recherchons des remèdes ayant fait leurs preuves et qui aident effectivement les patients, pas des placebos.
Un remède [aux problèmes actuels] est bien connu. Tôt ou tard, notre nation devra adopter un système d’assurance santé national et unique, un Medicare
amélioré et couvrant toute la population. Seule une assurance unique peut garantir une couverture universelle, complète et accessible à toutes et à tous.
En remplaçant les assureurs privés par un système de financement public et rationalisé, notre nation pourrait épargner chaque année 400 milliards de dollars de coûts administratifs, qui sont
autant de gaspillage inutile. Cela suffirait pour offrir une couverture santé à toutes les personnes qui ne sont pas assurées aujourd’hui et pour améliorer la couverture de celles et ceux qui ont
déjà une assurance, sans avoir à augmenter d’un seul centime la dépense globale des États-Unis pour la santé.
Enfin, seul un système avec un seul payeur permet de disposer d’outils efficaces pour contrôler les coûts : achats en gros, honoraires négociés, budgets globaux pour les hôpitaux, planification des investissements.
Les sondages montrent que deux tiers du public soutiennent une telle approche. Un sondage récent révèle que 59 % des médecins américains sont
favorables à une action publique pour mettre en place une assurance santé nationale. La seule chose qui manque pour le réaliser, c’est la volonté politique.
Les principales mesures de la nouvelle loi n’entreront en vigueur qu’en 2014. On pourrait conseiller d’attendre pour voir comment ces réformes se développeront. Mais nous ne pouvons pas attendre,
ni nos patients. Les enjeux sont trop élevés.
Nous nous engageons à poursuivre notre combat pour le seul remède équitable, financièrement responsable et humain, à notre gabegie en matière de santé : une assurance santé unique et nationale, une version amélioré et valable pour toutes et tous de Medicare. » (Traduction A l’Encontre)
Il existe aujourd’hui une aspiration mondiale pour dégager la protection sociale du dogme économique et financier. Nous devons donc travailler à une
solidarité internationale visant à séparer les systèmes de protection sociale des sociétés civile de marché. De ce point de vue, les modifications intervenues dans les systèmes de santé en
Équateur, au Venezuela, en Colombie, au Paraguay, ne peuvent pas nous laisser indifférents.
Pour cela, convient-il de soutenir partout les combats pour l’égalité sociale en matière de santé et de protection sociale financé par la solidarité et non par la charité. Le mot d’ordre doit
rester celui du Conseil national de la Résistance de 1944 en France :« à chacun selon ses besoins, chacun doit y contribuer selon ses moyens ».
Sans doute serait-il nécessaire d’accroître les solidarités entre les structures internationales anciennes ou nouvelles (Forum social mondial pour le droit à la santé, People’s Health Movment
(PHM), etc.) avec les structures nationales de lutte contre les politiques néolibérales en matière de santé et de protection sociale. Mais cela demande bien sûr une mobilisation financière et un
nombre d’hommes/heures plus grand.
Mais parallèlement à cela, ne devrait-on pas combattre dans chaque pays les propositions réactionnaires régressives portées par des organisations se présentant comme des organisations
progressistes ? Un seul exemple parmi d’autres, en France, va-t-on continuer à tolérer que la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), main dans la main avec ses deux autres
compères assurantiels de l’Union nationale des organisations complémentaires à l’assurance-maladie (UNOCAM), nous présente leur proposition régressive réactionnaire de Priorité santé mutualiste
(PSM) qui n’est rien d’autre que la reprise du système étasunien ancien de « managed care », en particulier des réseaux de soins HMO (Health Maintenance Organization) dont nous avons
parlé ci-dessus ?
par Bernard Teper
Co-responsable du secteur Santé - Protection sociale de l'UFAL