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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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LES LIBERAUX ONT FAIT DE LA FRANCE UN PAYS EN DECLIN ET MEPRISE.

Les troublants propos de Sarkozy sur la nouvelle Allemagne

Lundi soir, Sarkozy a donné un long entretien à un journaliste dont la principale qualité d’intervieweur était d’être encore plus petit que le président, dans le but de tenter de convaincre les Français qu’ils sont gouvernés par un président qui sait ou il veut emmener le pays. Cette prestation, plus que jamais Louisdefunesque, n’a fait que confirmer son épuisement politique, annonçant une fin de mandat  “en roue libre”, pour reprendre les mots de Laurent Pinsolle. Néanmoins, un élément important et curieusement peu commenté m’a semblé ressortir de cette interview.

 

Interrogé sur les ratés du coupe Franco-Allemand, le président de la république a fait une réponse étonnante. Alors qu’on s’attendait à ce qu’il exprime les divergences de culture politique ou d’intérêts entre les deux pays pour expliquer les difficultés des derniers mois, Sarkozy s’est laissé aller à des considérations historiques qui en ont troublé plus d’un : « On ne va pas faire payer le nazisme à l’Allemagne jusqu’à la fin des temps »

 

Malheureusement, il ne s’agissait pas d’une maladresse en forme de hors sujet mais bien de l’expression involontaire du nouveau fondements à la relation franco-allemande. Adieu au principe d’égalité dans le couple, place à l’acceptation explicite de la tutelle germanique sur la France et l’Europe.

De l’après guerre jusqu’à la réunification, on avait coutume de dire que l’Allemagne était un géant économique mais un nain politique. Ce qui empêchait l’Allemagne d’avoir un poids politique sur la scène internationale ou européenne correspondant à son poids économique, c’était précisément l’héritage de l’histoire et la culpabilité d’avoir enfanté un régime qui a envahi et asservi le continent au nom de l’inégalité des races.

 

La réunification (partielle, ne l’oublions jamais) de l’Allemagne le 3 octobre 1990 a remis au goût du jour la “question allemande”. Paris et Londres ont immédiatement craint la résurgence d’un nationalisme allemand. C’est pourquoi, le président Mitterrand avait exigé la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse et le renoncement à toute revendication territoriale sur la Pologne. La création de l’Euro faisait également partie des conditions posée par la France pour accepter la réunification. La stratégie Mittérandienne constituait à faire avancer l’unification politique de l’Europe au même pas que celle de l’Allemagne. Il fallait impérativement contenir la résurgence d’un désir de puissance allemand par la création d’une Europe fédérale dont l’Euro devait être la première pierre. Manifestement à l’époque, le souvenir du IIIème Reich était encore d’actualité pour les dirigeants français !

 

Progressivement l’Allemagne s’est reconstituée en tant que puissance politique au cours des années 90 et 2000. Elle très vite commencé à participer de nouveau à des actions militaires en dehors de ses frontières. Le poids prépondérant de l’Allemagne en Europe a été ensuite été reconnu lors de la négociation du TCE avec l’abandon de la parité de représentation des grands pays au conseil européen qui prévalait jusqu’alors, en faveur d’un strict principe de proportionnalité démographique dans la définition de la majorité qualifiée (55% des Etats représentant 65% de la population)

Si l’Allemagne a conduit une stratégie économique non coopérative dans les années 2000, elle est toujours restée solidaire de la France sur le plan politique, que ce soit dans l’opposition à la guerre d’Irak en 2003 ou lors des crises otaniennes de 2008 (Géorgie, Ukraine). La divergence entre les deux pays a commencé à se faire jour lorsque le débat s’est déplacé sur le terrain de la régulation économique à la faveur de la crise. L’Allemagne s’est d’abord montrée réticente aux plans de relance à l’automne 2008, avant de faire ouvertement cavalier seul depuis que la crise s’est déplacée sur les dettes publiques des Etats de la zone euro.

 

La position allemande s’est alors faite intransigeante et brutale, imposant sa politique de rigueur budgétaire et monétaire de manière unilatérale à l’ensemble de l’Europe. Depuis quelques mois, considérer que le couple franco-allemand est grippé est doux un euphémisme pour exprimer la réalité. L’Allemagne n’entend plus entendre une autre voix que la sienne. Si la France s’accroche encore au mythe du couple franco-allemand pour sauver les apparences, l’Allemagne ne fait même plus semblant.

La France a un moment tenté de tracer une autre politique pour l’Europe, par la la voix de Christine Lagarde qui avait critiqué la politique de rigueur salariale allemande et demandé une relance de la demande intérieure. Mais l’intransigeance allemande conjuguée à la nullité de Sarkozy, l’expression d’une alternative française a fait long feu. La France n’a réussi qu’à imposer ce fameux plan de sauvetage de la zone euro de 750 Milliards, dont la dégradation de la note du Portugal annoncée hier montre, si besoin était, la totale inefficacité. Pour le reste, la France a tout accepté, y compris de se soumettre brutalement à la rigueur après l'annonce du plan de rigueur allemand, ce que Sarkozy et Guaino avaient toujours refusé avec la plus grande force jusque là.

Sarkozy s’est constamment déclaré fasciné et admiratif pour le modèle allemand, déclaration plutôt curieuse quand on connaît son inclination pour le modèle anglo-saxon dont il a déjà célébré les mérites à Londres ou à Washington. Il est même allé jusqu’à imputer à l’Allemagne la paternité du si contesté bouclier fiscal. Mais s’il s’agissait de s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves à l’étranger (après tout pourquoi pas), on expliquerait le bien fondé des mesures à prendre à partir des résultats déjà obtenus ailleurs. Il ne s’agit pas de ça. Ce n’est même pas l’Allemagne l’a fait donc c’est bien, ce qui caractériserait un simple, mais déjà contestable, sentiment d’infériorité, mais l’Allemagne l’a fait, donc on doit le faire, ce qui est une  pure posture de soumission et d'allégeance.

C’est ainsi que sa curieuse référence au nazisme qu’il n’y a plus « faire payer » à l’Allemagne prend tout son sens. Entendez  “Il n’y a plus à craindre la domination de l’Allemagne, puisqu’elle n’est plus nazie”. La référence au IIIème Reich a toujours servi pour contenir toute tentation impérialiste et contraindre l’Allemagne a mener une politique dans l’intérêt européen. En faisant sauter cette digue et en reconnaissant au leadership allemand une pleine et entière légitimité au nom du droit du plus fort, Sarkozy a commis une faute historique d’une importance gravissime. On savait déjà que la politique de la France se faisait à la corbeille et à Bruxelles. Désormais, on sait qu’elle se décidera désormais pour tout ce qui est majeur à Frankfort et à Berlin.

 

Nul n’est besoin d’ailleurs de présumer une tentation impérialisme chez nos amis germains pour condamner fermement cette prise de position. Renoncer à tout équilibre des pouvoirs en Europe et au principe d’égalité entre la France et l’Allemagne revient à saborder l’idéal européen tel que la France l’a toujours conçu. La situation d’infériorité économique et politique dans laquelle se trouve actuellement la France ne peut en aucun cas justifier une telle soumission. Le devoir de la France en pareille situation serait de rechercher des alliés, notamment parmi les nations latines, pour obtenir la masse critique capable de faire contre poids à l’Allemagne et ainsi tenter de conserver voix au chapitre.

 

La stratégie Mitterrandienne a donc échouée sur toute la ligne. L’Euro, loin d’être devenu un instrument d’européanisation de l’Allemagne s’est mué en outil au service exclusif des intérêts allemand et l’instrument futur de vaste mise sous tutelle économique des nations d’Europe. Le projet d’Union politique a volé en éclat des deux cotés du Rhin. Il n’y a que le respect de la frontière Oder-Neisse qui résiste toujours. Pour l’instant …

 

Il est vrai que Mitterrand ne pouvait pas prévoir que ses successeurs oublieraient toute élémentaire précautions à l’égard de notre grand voisin et que quinze ans plus tard, accèderait à la présidence de la république un grand enfant tellement fasciné par la puissance qu’il se soumettrait volontairement et avec zèle aux intérêts des grandes puissances du moment, qu’elles soient militaires (Etats-Unis et OTAN) financières (Les banques et les oligarchies) ou économiques (Allemagne).

Malakine

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