Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Mardi 26 Avril 2011
par René Robert
Le Front National s’installe dans les urnes et les medias s’émeuvent ; l’UMP s’énerve, le Président s’entête sur des sujets dangereux, la gauche
bafouille…et la stigmatisation des étrangers repart de plus belle, surtout les étrangers considérés comme musulmans ! Même si Madame Le Pen formule de bonnes critiques et fait de bons constats,
en utilisant même un vocabulaire républicain, l’ennemi du Front National est toujours le même : l’étranger ; plus précisément celui venu de l’islam. Le travailleur immigré prendrait le travail
des français ; c'est-à-dire qu’il serait la cause du chômage. De plus, s’il est musulman, il menacerait la laïcité de la République : donc l’identité de la France ! Enfin, il coûterait cher à
l’Etat qui, déjà, n’a pas assez de moyens.
1) le travailleur immigré est-il la cause du chômage ?
La cause du chômage de masse est le système capitaliste ou libéralisme, surtout sous la forme de la mondialisation financière actuelle, la pire de toutes.
Les inégalités sont indispensables aux profits financiers maximum ; le chômage est la première des inégalités. Quand il y a le plein emploi,- ça s’est déjà vu-, les salariés sont en position de
force pour négocier l’amélioration de leurs conditions de travail et de la protection sociale. En période de chômage et de CDD, ils subissent et acceptent le pire…Le chômage et la précarité du
travail sont indispensables, pour les plus grands profits des actionnaires financiers ; c’est pourquoi ils sont volontairement organisés! Par ailleurs, les immigrés qui travaillent occupent des
postes dont les nationaux ne veulent plus, à cause des conditions imposées. C’est ainsi que 90% des autoroutes sont construites et entretenues par de la main d’œuvre étrangère (chiffres de 2009).
Les employeurs se servent des immigrés comme main-d’œuvre à bon marché. Enfin, le taux de chômage des immigrés est bien plus élevé que celui des Français.
Non, les immigrés ne sont pas la cause du chômage !
2) les immigrés musulmans menacent-ils la laïcité ?
La laïcité c’est l’affirmation et le respect de la liberté de pensée, y compris celle de croire ou de ne pas croire ; c’est la neutralité religieuse de
l’Etat ; c’est l’idée qu’il y a deux espaces : d’une part, l’espace privé, le domicile, domaine de l’individu et de la famille ; d’autre part l’espace public, lieu où s’exercent les libertés
individuelles et collectives.
L’inviolabilité du domicile et la neutralité de l’espace public sont garantis par l’Etat, dans le cadre de la loi. La neutralité de l’espace public,
signifie que tout le monde peut s’y exprimer et y agir, mais que nul individu, nul groupe ne peut le monopoliser, y compris l’Etat. En conséquence, aucune pratique religieuse ne peut se dérouler
sur l’espace public ; seules des manifestations occasionnelles peuvent y être autorisées, dans le cadre de la loi.
La laïcité, c’est la séparation des Eglises et de l’Etat (loi de 1905) ; cela signifie qu’il n’y a pas de religion d’Etat ; que l’Etat reconnait les
religions, mais n’en subventionne aucune et ne salarie aucun de ses ministres (dérogation spéciale concordataire en Alsace-Lorraine). Depuis la loi de 1905, la France connait la paix religieuse.
En définitive, la laïcité est l’instrument du « vouloir vivre ensemble » qui est l’une des caractéristiques fondamentales de la République française. Pour la République, issue de la Révolution
française, l’étranger, l’Autre, n’est pas perçu, a priori comme un ennemi ; il est regardé comme un citoyen potentiel, capable de s’inscrire dans la loi, pour devenir acteur d’une volonté de
vivre ensemble sur le territoire de la République.
Dans le cadre de la laïcité, la religion musulmane est considérée comme toute autre religion et soumise aux mêmes lois. Pour la République, l’islam n’est ni
un danger, ni une menace, mais une des formes de la spiritualité humaine, une des composantes de la liberté de pensée. Comme tous les autres croyants, à quelque religion qu’ils appartiennent, les
musulmans respectent les lois de la République. La croyance relève du domaine privé et son exercice doit rester cantonné dans les lieux qui lui sont propres.
Non, les immigrés musulmans ne menacent pas l’identité de la France.
3) Les étrangers coûtent-ils cher à la France ?
Une étude, commandée par le Ministère des Affaires sociales, sur les coûts de l’immigration pour l’économie française, réalisée par des chercheurs de
l’Université de Lille, sous la direction du Professeur Xavier Chojnicki, a été remise fin 2009, après 3 années de recherches sur les chiffres officiels. Le résultat est édifiant. En 2009, les
travailleurs immigrés ont coûté 47,9 milliards d’euros au budget de l’Etat et lui ont rapporté 60,3 milliards d’euros ; soit un excédent de 12,4 milliards d’euros.
Les 47,9 milliards d’euros de dépenses de l’Etat sont répartis comme suit : 16,3 milliards pour les retraites ; 2,5 pour le logement ; 1,7 pour le RMI ; 5
pour le chômage ; 6,7 pour les allocations familiales ; 11,5 pour les prestations santé ; 4,2 pour l’éducation.
Les 60,4 milliards d’euros de recettes de l’Etat sont ainsi ventilés : 3,4 milliards d’impôts sur le revenu ; 3,3 d’impôts sur le patrimoine ; 18,4 d’impôts
et taxes sur la consommation ; 2,6 d’impôts locaux ; 6,2 en CRDS et CSG ; 26,4 milliards de cotisations sociales.
Non, les immigrés ne coûtent rien à la France ! Au contraire, bon an mal an, les immigrés rapportent à la France entre 12 et 15 milliard
d’euros.
Le racisme reste le meilleur moyen pour les démagogues qui aspirent au pouvoir ou qui veulent le garder. Madame Le Pen qui voudrait le pouvoir, continue
d’utiliser la peur de l’Autre, pour détourner notre attention de la véritable cause du chômage et de la précarité : le capitalisme mondialisé, appuyé sur l’Union Européenne. Monsieur Sarkozy qui
craint de perdre le pouvoir, en fait autant ; il prépare, en ce moment, à l’Assemblée Nationale, avec l’UMP, une 7èmè loi sur l’immigration, plus répressive et contraire aux droits de l’Homme. Ne
tombons pas dans ce piège grossier qu’ils nous tendent l’un et l’autre.
A cause de la mondialisation, sous toutes ses formes, l’immigration est devenue générale et le métissage des nations est inéluctable. La réponse de notre
pays à l’immigration doit être double et simultanée : accueillir les immigrés avec humanité et mesure, (ce ne serait que justice, puisqu’ils nous apportent plus qu’ils ne nous coûtent) ; aider
les pays d’origine par des accords de coopération, pour réduire les flux migratoires.
Depuis toujours, notre pays, à cause de sa position géographique, a été terre d’accueil de vagues successives de peuples venus d’ailleurs, dont beaucoup
sont restés. C’est sans doute pourquoi, la République, issue des Lumières et de la Révolution, ne considère pas l’étranger comme un ennemi a priori, mais, répétons-le, comme un citoyen potentiel.
Un peuple sûr de lui n’a pas peur des immigrés. En réalité, les racistes ne croient pas ou ne croient plus, à la République, ni à la France. La peur de l’Autre ne fait pas partie de l’identité de
la France.
Au contraire, la République française, expression et manifestation de la souveraineté du peuple, appuyée sur la laïcité, est la seule forme d’Etat qui offre
et permet, à quiconque vit sur son territoire, immigré compris, de devenir citoyen dans la nation, c’est-à-dire celle ou celui qui participe à la détermination de l’intérêt général et construit
le « vouloir vivre ensemble », dans le respect des libertés individuelles et collectives. Finalement, il s’agit de la possibilité de devenir et de rester républicain. Quelle belle et difficile
perspective !
René Robert
République