Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
par Évariste
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Trois ans après une victoire retentissante de la droite césaro-libérale aux dépens de la gauche social-libérale, nous sommes dans une ambiance de
fin de règne sans grande perspective. Le vieux se meurt que le neuf n’est pas encore là… dirait Antonio Gramsci. Cette victoire césaro-libérale fut atteinte grâce aux votes de plus de 46 % des couches populaires votantes (ouvriers et employés) et surtout des 3 millions de voix d’avance de Nicolas Sarkozy auprès des personnes âgées de plus de 60 ans. À noter que cette victoire fut acquise avec le plus faible pourcentage de voix chez les couches moyennes de tous les candidats de droite à ce type d’élection. Trois ans plus tard, peut-on dire que la gauche a travaillé pour accroître son impact dans les couches populaires majoritaires dans le pays (rappelons que François Mitterrand fit en 1981 41 % au premier tour et plus de 75 % au second !) et chez les personnes âgées de plus de 60 ans ? Que nenni puisqu’elle continue de s’adresser principalement aux couches moyennes qui ne représentent que 42 % de la population !
Tour d’horizon
1/ Nous avions déjà une justice de classe qui faisait semblant de ne pas l’être. Nous avons aujourd’hui une justice ouvertement au service des
puissants. Voilà un procureur de la République qui met 4 personnes de l’entourage de Liliane Bettencourt en garde à vue… pour bloquer une machine judiciaire qui pourrait compromettre
les puissants de ce monde.
2/ Les annonces tonitruantes sur les déchéances de nationalité, la pénalisation des parents d’enfants délinquants, le retour forcé des Roms, etc. , sont bien entendu destinés à récupérer un certain électorat; mais la parole d’un chef d’État ou d’un gouvernement n’est pas anodine 1 et la gauche républicaine ne peut se contenter d’en traiter comme d’un phénomène secondaire ou d’un écran de fumée. Lorsque l’exécutif cherche à tordre le droit de la République pour répondre aux inquiétudes des citoyens relatives à la sécurité, il faut se préparer à opposer à sa « légalité » le concept de pouvoir illégitime.
3/ Nous savions déjà que l’attaque sur les retraites ne se justifiait que pour maintenir un taux de profit pour les puissants de ce monde et
dénoncé les dogmes utilisés par les néo et sociaux-libéraux (« il y a un problème de démographie », « il ne faut pas toucher à la répartition des richesses », etc.2
4/ Nous savions que l’attaque pour la marchandisation, la privatisation des profits et la socialisation des pertes contre la protection sociale solidaire serait globale et que leur but est de tuer le principe de solidarité qui a inspiré les décisions du Conseil national de la résistance3 . Nous savons à présent, grâce au rapport du 23 juin dernier de la mission parlementaire présidée par Valérie Rosso-Debord, députée de la droite néolibérale, qu’une privatisation massive est programmée dans le dossier de la dépendance : suppression de l’Allocation personnelle d’autonomie (APA), refus d’une prise en charge par la Sécu et son remplacement par un contrat d’assurance privée obligatoire auprès des organismes de l’Union nationale des organisations complémentaires à l’Assurance Maladie 4 . Le tout matiné par la charité institutionnalisé pour les plus pauvres afin de limiter un peu l’accroissement exponentiel prévisible des inégalités sociales de dépendance que va produire cette contre-réforme régressive. En outre, nous avons vu dans la presse économique la ministre de l’Économie avouer que le gouvernement avait renoncé à appliquer une des promesses du candidat Nicolas Sarkozy, à savoir la revalorisation de l’Allocation adulte handicapé (AAH) de 25 % en 5 ans, promesse qui n’était pourtant pas le nirvana ! 5/ Nous savons que le gouvernement s’apprête à supprimer dans l’École 16 000 postes en 2010 et 17 000 en 2011, ce qui va affaisser son rôle et augmenter les inégalités sociales éducatives.
6/ Nous savons que Nicolas Sarkozy s’apprête à passer en force à l’Assemblée nationale sur le dossier de la réforme territoriale et même de revenir sur les votes du Sénat.
7/ Nous savons que le gouvernement continue de favoriser le transport routier et autoroutier en refusant d’internaliser les coûts externes environnementaux des transports de marchandises. Nous savons que le gouvernement s’apprête à diviser par trois les aides au transport combiné (96 millions d’euros en 2002). Nous savons que la droite a supprimé 10 000 emplois dans le frêt. Nous savons que le gouvernement veut abandonner la majorité de l’activité wagon isolé ce qui supprimera 255 000 wagons de marchandises sur la route (ce qui correspond à 1,2 millions de véhicules poids lourds et à 300 000 tonnes d’équivalents CO2). Nous savons que ce gouvernement ne veut pas taxer les poids lourds ni développer les installations ferroviaires et les plate-formes pour le transport de proximité. Nous savons que le gouvernement ne veut pas investir dans l’innovation technologique et structurelle.
Et pendant ce temps-là…
La crise économique et financière fait des ravages dans les couches populaires, dans les couches précarisées et désocialisées et commence à toucher les couches inférieures des couches moyennes. Une majorité du peuple est donc concernée aujourd’hui. Rappelons que cette crise est provoquée par l’utilisation spéculative des surcroîts des profits non réinvestis dans l’appareil productif par les possesseurs du capital; et que ces surcroîts de profits sont générés par la déformation de la valeur ajoutée en faveur des profits et contre les salaires et cotisations sociales engagées par le consensus de Washington de 1979 qui débute en France lors du tournant libéral de fin 1982.
Doit-on rappeler que tous les ministres et organisations participant aux différents gouvernements de gauche n’ont jamais remis cela en cause lorsqu’ils étaient en exercice ?
De plus la majorité du peuple, principalement les couches populaires, subit la destruction des services publics et de son école. Pour cette dernière, il en résulte un écroulement de la mobilité sociale qu’elle permettait naguère, même de façon très insuffisante, et l’affaiblissement de la transmission des savoirs encyclopédiques permettant la formation du citoyen, le vivre ensemble et l’intégration républicains, la laïcité, l’antiracisme… Perdre de vue l’universalité des droits républicains, c’est oublier le droit à l’émancipation des femmes pauvres — dirigeant souvent des familles monoparentales —, c’est autoriser l’explosion des dépassements tarifaires médicaux, la désertification médicale et la fermeture des établissements sanitaires de proximité, etc. Il est à noter que tout cela est surmultiplié par la nouvelle géosociologie des territoires dans les zones périurbaines et rurales qui voient un accroissement phénoménal des couches populaires exclues des villes-centres et même en léger déclin dans les banlieues.
Le conformisme de la pensée touche même la gauche anti-libérale
Au-delà même des sphères du social-libéralisme, un examen attentif des non-dits est probant.
Qui s’interroge sur les conditions du soutien des couches populaires à une politique de transformation sociale en matière de protection sociale,
de laïcité, de services publics, d’école, de logement, de politique de l’emploi et des salaires, de politique industrielle, d’innovation et de recherche ?
Qui ose comprendre que la globalisation des combats laïques, sociaux, démocratiques, féministes et écologiques est une des conditions de la
victoire possible ?
Qui se soucie de légiférer sur le nécessaire financement public des organisations syndicales et l’arrêt des financements indirects ?5
Perspectives
Voilà ce que ReSPUBLICA veut ouvrir comme chantiers avec vous tous, tant dans son journal que dans les colloques et réunions publiques où nos
orateurs seront conviés; et également dans les manifestations que votre média va organiser ou coorganiser.
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