Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Le débat n’avait jamais été refermé, mais il a repris une nouvelle vigueur depuis le discours du Président au Latran, le 20 décembre 2007 ; les allusions
aux rôles respectifs de l’instituteur, du curé ou du pasteur, le rappel aux « racines chrétiennes » de la France et le souhait de « l’avènement d’une laïcité positive » avaient
profondément troublé, ou irrité, la conscience républicaine et laïque d’une grande majorité de nos concitoyens.
Quelques jours avant l’ouverture d’un débat proposé par le président de l’UMP, une Déclaration commune des représentants des six religions de France,
réunies au sein de la Conférence des Responsables de Cultes en France (C.R.C.F.) désapprouvait la tenue de ce nouveau débat.
Ce texte, témoignage d’une rare unanimité et nouvel épisode d’une histoire à multiples rebondissements, confirme l’importance de la laïcité dans notre
société en des termes sans équivoque :
« La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble.
Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis. Il nous parait capital, pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de
stigmatisations ».
Voilà qui est apaisant et raisonnable après l’impact de certaines déclarations mettant en cause la loi de 1905, mais la suite du texte ravive quelques
inquiétudes :
« Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions dans le respect du cadre de la
République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations, voire des améliorations locales du cadre juridique et réglementaire de l’expression et de la vie des cultes en France
».
La suite du texte fait référence aux travaux (2005-2006) de la Commission Machelon, voulue par Mr Sarkozy ministre de l’Intérieur de l’époque et dont le but
était bien de préparer l’opinion à une révision de la loi de 1905. Cette argumentation à double face témoigne d’une volonté évidente d’éteindre le feu qui couve autour de cette question et
suscite deux réflexions :
1 / Depuis le vote de 1905, les représentants au plus haut niveau du catholicisme n’ont jamais cessé de s’opposer à la laïcité (lire dans notre bêtisier
la Déclaration du 10 mars 1925 de l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France) et si maintenant les arguments sont plus nuancés, ils le sont par habileté et non par conviction. La
méthode choisie est plus subtile, car il ne s’agit plus d’attaques frontales mais d’une politique de grignotage visant à obtenir des compromis ou accommodements successifs afin, à terme, de vider
la loi de sa substance… Et, bonne fille, la République a toujours cédé pour ne pas attiser les tensions, les petites concessions ne lui semblant pas en mesure de fragiliser l’essentiel. Ainsi,
pour ne citer que les reculades les plus importantes, nous avons connu la loi Debré de 1959 ( financement public dans le cadre de contrats entre l’Etat et les écoles privées), la capitulation de
1984, les accords Lang-Cloupet de 1992-93 ( droit et reconnaissance de la contribution de l’enseignement privé au système éducatif), l’accord Vatican- Kouchner de 2008 ( reconnaissance des grades
et des diplômes délivrés par l’enseignement privé ) , la loi Carle (obligation de financement pour tout élève inscrit dans une école privée hors de sa commune de résidence) …Et la guérilla n’est
sans doute pas terminée car les concessions faites à une religion profitent automatiquement aux autres !
2 / Sous la pression du Vatican, les textes concernant l’Europe ont toujours exclu la laïcité ; il suffit pour s’en convaincre de se référer aux
explications fournies en 2001 dans un petit ouvrage (Guy Braibant, La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, Seuil) par un des rédacteurs de la Charte des Droits
fondamentaux :
« Celle-ci ( l’Europe) est laïque par prétérition, c'est-à-dire laïque sans le savoir. Elle l’est tout simplement par le fait que les traités européens
ne contiennent aucune allusion aux religions ( …) et que ce silence est l’expression d’une séparation totale des Eglises et des institutions européennes, ce qui est la définition même ( ?) de la
laïcité. La plupart des pays qui composent l’Europe ne sont pas laïques et certaines de leurs Constitutions se réfèrent à Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi la laïcité n’a pu être acceptée parmi les
valeurs communes de l’Europe. Il n’a même pas été possible d’obtenir que l’article 14 sur le droit à l’éducation se réfère à la neutralité de l’enseignement ».
Ces extraits vous expliquent pourquoi certains politiques se déclarent, la main sur le cœur, ardents défenseurs de la laïcité alors que rien ne prouve
qu’ils le soient : la laïcité pour eux, c’est exclusivement la liberté de pensée, de conscience et de religion de l’article 10 de la Charte…C’est déjà très bien, mais ce n’est pas la séparation
des églises et de l’Etat de la loi de 1905 !... Bien au contraire, en évacuant cette séparation, les libertés de pensée, de conscience et de religion vont permettre aux religions de reconquérir
une autre liberté, celle d’exercer leur pouvoir sur la politique et la marche de la société aux prétextes « des évolutions, des adaptations, des améliorations » qu’elles jugeront
nécessaires pour affermir leur position !
Ce qui nous confirme que tous ceux qui se réclament de l’Europe fédérale vont poursuivre leur guerre de harcèlements et d’usure malgré leurs déclarations
apaisantes !
Gilbert Legay
République