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Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne

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LES ANTI REPUBLICAINS...LES ANTI CNR SONT AUX MANETTES

Contre la réhabiliation de Napoléon III

André Bellon - Tribune | Lundi 23 Août 2010


Selon André Bellon, ancien député PS et Président de la commission des affaires étrangères, la réhabilitation de Napoléon III réclamée à corps et à cri par certains politiques et écrivains en dit long sur le sentiment anti-républicain qui se propage aujourd'hui.



Un ancien ministre, puis Premier Président de la Cour des comptes (Philippe Seguin), un ministre en exercice (Christian Estrosi), un président de l'Assemblée nationale (Bernard Accoyer), un ancien prix Goncourt (Didier Van Cauwelaert) et tant d'autres moins apparents. Voilà un panel assez huppé qui tente de réhabiliter Napoléon III («grand modernisateur», «père de l'industrialisation» dont le coup d’Etat aurait finalement fait peu de victimes, etc.) alors que, en rétablissant l'Empire par le coup d'état du 2 décembre 1851, celui-ci trahit la parole qu'il avait donné à la République dont il était président sous le nom de Louis-Napoléon Bonaparte. Toutes ces personnalités si remarquables veulent rétablir la mémoire de ce personnage injustement diffamé, selon eux, par l'abominable Victor Hugo qui avait le tort de détester les coups d'Etats et les exécutions extrajudiciaires et l'outrecuidance de défendre la liberté de la presse et d'opinion. Toutes choses qui semblent devenir insupportables à une classe dirigeante, tellement gavée de libéralisme économique et de rêveries européistes qu'elle creuse la tombe de la démocratie. N'a-t-elle pas enterré le 29 mai 2005 ?


On pourrait, certes, sourire, de ces tentatives convergentes si elles ne s'inscrivaient dans la lignée des attaques menées depuis plusieurs décennies contre la République et son histoire. Droite et gauche confondues ont diffusé une image caricaturale d'une République répressive, voire raciste. La République et ses valeurs seraient coupables de tout : colonisation, répression antisociale, et même de Vichy ! Devant de telles horreurs, le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte serait un détail qu'il faudrait bien pardonner puisqu'il mettait fin à un affreux système. Il n’aurait d’ailleurs, selon Van Cauwelaert fait « que » 400 morts.

Rétablir la vérité devient donc un enjeu politique face à de telles manoeuvres. Rappelons donc que Napoléon III est issu de l'échec de la révolution de 1848. Après la répression du mouvement ouvrier, les républicains furent rapidement marginalisés et les monarchistes (en particulier Adolphe Thiers, futur massacreur  de la commune) firent élire (grâce à l'élection du Président au suffrage universel direct ) un Président de la République en la personne de Louis-Napoléon Bonaparte. Le mode d'élection avait d'ailleurs donné lieu à de fortes oppositions de la prt de certains républicains, tel Jules Grévy, futur président en 1885.

Il est évidemment stupide de séparer, comme le fait Didier Van Cauwelaert dans le Point du 12 août, le Président Bonaparte et la politique dont il était le chef. La politique antirépublicaine de Louis-Napoléon Bonaparte s'exprima d'abord à Rome où il envoya une expédition militaire française pour renverser la jeune République romaine de Mazzini. En France, le suffrage universel fut bafoué par des méthodes excluant les ouvriers. Il y eut donc, de la part de Bonaparte, une extrême malhonnêteté dans la décision de légitimer son coup d'Etat par le rétablissement du suffrage universel que son propre gouvernement bafouait jusqu'alors. Malhonnêteté d'autant plus scandaleuse que, tout au long du second Empire, ce ne furent que plébiscites sans réelle opposition, conduisant à des scores à la soviétique.

En face de ce régime s'est dressée Victor Hugo. Jeune élu monarchiste, sa découverte de la misère l'amena dans la camp républicain dont il ne sortit plus. Il est alors parfaitement ridicule et assez médiocre de résumer son hostilité à Napoléon III par l'idée qu'il n'aurait pas été nommé ministre. Ses discours de l'époque (en particulier son fameux discours sur la misère) suffisent à balayer ces arguments d’époque et son hostilité à la logique impériale est bien antérieure au coup d'Etat. En particulier, c'est lui qui prononça le discours principal contre le projet qui voulait rendre Louis-Napoléon Bonaparte rééligible. C'est d'ailleurs cette impossibilité qui poussa les bonapartistes (soutenus par l'armée) à intervenir par la force.

Les justificateurs actuels du coup d'Etat – dont certains sont aujourd'hui membres du gouvernement - en minimisent les conséquences. En particulier, Didier Van Cauwelaert explique qu'il n'y eut «que» 400 morts. Déclaration ignoble et surtout stupide car le nombre de victimes est bien supérieur, en particulier dans les Basses Alpes où la population se souleva en masse et battit l'armée de Napoléon après le 2 décembre, avant d'être finalement massacrée par une autre armée envoyée en renfort.

C'est après le coup d'Etat que Victor Hugo s'exila à Guernesey, île alors peu peuplée et peu hospitalière. Il y resta 18 ans et ne céda pas à la manoeuvre de l’empereur qui tentait de le récupérer en l’invitant à revenir à Paris. Hugo lui répondit, malgré les douleurs de l’exil, « je rentrerai en France quand la liberté y rentrera ». Il n'y a pas beaucoup de prix Goncourt qui auraient un tel courage si la République était abattue aujourd’hui.

Fusiilés, déportés en Algérie ou sur les pontons de Toulon, emprisonnés, les opposants n'avaient plus la parole et la presse fut muselée au point de voir interdire les romans feuilletons dans les quotidiens (en particulier ceux d'Alexandre Dumas). Voilà le régime que MM. Seguin, Accoyer, Estrosi, Van Cauwalaert, montrent en exemple. Qui dira ensuite que la République n'est pas aujourd'hui en danger?

Oh, bien sûr, certains expliquent que le second empire fit oeuvre de progrès. Il développa les chemins de fer (qui existaient en fait avant l'Empire et se développèrent après). Il aurait même, selon Van Cauwelaert, inventé le papier hygiènique ! Mais, toujours selon le même auteur, s'il fut assez puissant pour avoir propagé la margarine et le blue Jean, l'empereur n'avait aucun pouvoir en matière de guerre et celle de 1870 fut déclaré sans lui et même contre lui. Il ne serait donc pas responsable de la défaite qui donna l'Alsace et la Moselle à l'Allemagne avec toutes les conséquences qu'elle entraîna au 20ème siècle. On reste confondu devant la candeur du thuriféraire. Et si, certes, le second Empire reconnut le droit de grève, il lui fut imposé dans la dernière partie de son régime par l’essor du mouvement ouvrier.


On reste surtout confondu par la convergence des discours sur Napoléon III. Qu'un Président de l'Assemblé nationale promeuve celui qui a commencé son règne par l’arrestation de députés paraît proprement ahurissant, mais s'inscrit dans un discours quasi officiel. En face, la «gauche» n'entend rien, ne voit rien (voir les réactions des partis politiques aux interpellations à ce sujet). Elle estime n'avoir pas à réagir, ses intérêts de partis n'étant pas en cause. Et d'ailleurs, n'a-t-elle pas participé depuis des années à la mise à terre des valeurs républicaines et laïques ? Il y a quelques années encore, l’évocation du 2 décembre 1851 suffisait à dresser les républicains contre l’adversité, tant le souvenir des souffrances endurées sous le second empire était vif et s’était transmis de générations en générations. Aujourd’hui, une majorité qui s'affirme de plus en plus ouvertement antirépublicaine, une opposition inexistante sur ces questions, un peuple privé de représentation réelle, l’utilisation plébiscitaire des sondages, tout cela ne rappelle-t-il pas les prémices du coup d'Etat du 2 décembre 1851 ? Le rétablissement de la République, bafouée depuis des décennies, ne pourrait-il être un objectif unificateur pour des Français désemparés ?

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