«2012, c’est
demain », lançait Jean-François Copé, nouveau chef de l’UMP. « Tous en campagne », renchérit France Info, qui distille chaque matin
une rubrique quotidienne ainsi nommée, annoncée par une voix orwellienne qui susurre sur quatre tons « 2012, 2012, 2012, 2012… ». France Culture avait consacré sa première
« Rumeur du monde » de l’année à soupeser les chances des prétendants putatifs à la course présidentielle. Cette dernière n’est pourtant prévue que dans seize mois. Or
chaque jour apporte un nouvel exemple de cette surréaliste fébrilité politico-médiatique.
Selon l’humeur, on jugera celle-ci affligeante ou
risible, tant elle tranche avec ce que vit la grande masse des Français. Et l’on fera mine, demain, de s’interroger sur le fossé qui s’élargit entre le peuple et les
« élites ». Cette frénésie électorale s’explique d’abord par les ambitions personnelles qui fleurissent dans les diverses écuries présidentielles.
Mais surtout, pendant que le petit théâtre des
prétendants et le chœur des commentateurs tiennent sans désemparer le devant de la scène, les véritables enjeux peuvent aisément rester dans les coulisses. Stupéfiante
schizophrénie : au moment où les « présidentiables » dissimulent de moins en moins leur irrépressible envie d’accéder à l’Elysée (ou d’y rester), se met en place le
mécanisme dit du « semestre européen », dont le propos est précisément de retirer aux responsables nationaux toute liberté de manœuvre. Ce dispositif – lancé au prétexte de
la crise – confère à l’Union européenne la responsabilité de fixer le cadre dans lequel la politique économique et sociale des Etats-membres devra étroitement s’inscrire. Au point que
le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, a qualifié de « révolutionnaire » cette nouvelle procédure. Un terme qu’il convient de ne pas prendre à la
légère, même si « contre-révolutionnaire » eût probablement mieux convenu dès lors qu’il s’agit de voler aux peuples leur liberté de choix, « communauté de
destin » oblige.
Certes, le pacte de stabilité, indissociable de la
monnaie unique, ne date pas d’aujourd’hui. Mais le carcan se veut désormais bien plus opérationnel. Lors de sa présentation des exigences pour 2011, M. Barroso, a ainsi explicitement
cité le renforcement des politiques de restrictions budgétaires, la poursuite du recul des âges de la retraite, de même que les réformes des marchés du travail. Encouragé par les
suggestions franco-allemandes d’étendre la convergence aux domaines fiscaux et sociaux, il a également fixé l’exigence d’un « effort soutenu pour une
stricte modération salariale ». Faut-il traduire ?
Dans l’émission de France Culture ci-dessus évoquée,
les éminents politologues ont exprimé leur crainte de voir monter en puissance les « néo-souverainistes ». Brice Teinturier en particulier, de
l’IPSOS, insistait sur cette étrange engeance qui, prise globalement, lui inspirait manifestement toutes les craintes, et dans laquelle il rangeait pêle-mêle Jean-Luc Mélenchon,
Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et quelques autres.
« Néo-souverainiste » ? Le concept est
pour le moins flou, et l’analyse approximative : les uns et les autres ne semblent pas (encore ?) avoir fait leur la reconquête de la souveraineté nationale,
et a fortiori en avoir tiré les conséquences. Mais le propos, paradoxalement, touche juste : il pointe la réalité d’un sentiment populaire
que nos experts jugent – à juste titre de leur point de vue – menaçant. L’un d’entre eux s’est en particulier effrayé de l’envie qu’aurait un nombre croissant de citoyens de
« renverser la table », autrement dit de sortir du « cercle de la raison » européenne jadis évoqué par Jacques Delors. Dans ces conditions, on imagine que les
acteurs de la « compétition officielle » (comme on dit à Cannes) s’efforceront de maintenir l’Europe hors du débat public.
L’actualité des prochains mois pourrait bien ne pas
leur en laisser le loisir.
Edito de Bastille République
Nations