Blog politique des membres de Republique et Socialisme en Bretagne
Comme Jospin, en 2002, Hollande se « droitise » au fil de ses déclarations.
Inquiétant pour la gauche, dont l’électorat naturel attend, au contraire, un discours de rupture nette avec le sarkozysme.
Conséquence, en une semaine, les intentions de vote pour l’ancien premier secrétaire du PS ont baissé de 5 points.
Quand ils leur sont favorables, voire flatteurs, comme c’est le cas pour François Hollande, après la défection contrainte de Strauss-Kahn, les sondages ont ceci de hasardeux pour les candidats : ils les rendent béats et les font assez vite décrocher de réalités intrinsèques, comme celle d’être un homme de gauche. Une réalité maladroitement « niée » par Jospin, en 2002, qu’il a payé par une cuisante défaite au premier tour de la présidentielle.
François Hollande, qui est censé incarner les idées de gauche, non les idées libérales assassines de son adversaire Sarkozy, a-t-il retenu la leçon ? Apparemment non. Au fil des semaines, le député de Corrèze, chouchou de Chirac, semble vouloir avancer « socialisme masqué » ou, en tout cas, se débarrasser d’une trop forte empreine « gauche », de crainte d’être « éjecté » de la course. Aurait-il revêtu les habits convenables du libéralisme, que l’on reprochait déjà à Strauss-Kahn ?
Actuellement en tête dans les sondages, à force de se différencier du peuple de gauche, comme l’avait fait Jospin en déclarant « qu’il n’était pas le candidat des socialistes », à quelques semaines du scrutin, Hollande pourrait bien subir la même mésaventure.
A moins que l’ancien premier secrétaire du PS ne se rende compte rapidement, qu’à force de lisser son portrait en homme convenable pour la droite et le CAC 40, il risque de perdre la confiance de son électorat naturel, ce que certaines enquêtes commencent à montrer. Le hic, c’est que les sondages agissent comme une drogue pour ceux qu’ils « consacrent »...
Aveuglés, les « couronné(e)s » d’un jour oublient que nombre de ces sondages, sortant d’officines servant la droite sarkozienne, sont trafiqués à dessein, pour mettre en lumière l’adversaire le plus facilement battable. C’est ce qui s’est produit en 2007, avec Ségolène Royal, improbable candidate, devenu potentielle future présidente, qui s’était vue artificiellement glorifiée « madone de gauche » pour laisser la voie libre au fou Sarkozy.
A quel scénario assistons-nous, côté socialiste, à quelque dix mois de l’élection ? Les causes produisant immanquablement les mêmes effets, dix ans après le séisme du 21 avril 2002, on prend (presque) les mêmes et rebelote : le discours s’éloigne à nouveau d’un discours de gauche, avec l’arrière-pensée naïve de piquer des voix à droite dès le premier tour.
L’égarement « Royal » de 2007, et les péripéties du PS, ressoudé in extrémis par Martine Aubry au congrès de Reims, en 2008, dans un contexte tendu, aurait pourtant dû faire réfléchir ses membres. En vérité, le débat entre socialistes libéraux et socialistes de gauche n’a jamais été tranché. Résultat : exit Jean-Luc Mélenchon et ses amis, dont le pari de faire émerger un vrai Parti de Gauche a finalement été couronné de succès.
Hollande est-il encore de gauche ? Lui qui, en mai 2005, a commis, avec nombre d’autres socialistes ralliés à l’utralibéralisme, le faux-pas, aux yeux du vrai peuple de gauche, de voter pour le très libéral Traité sur la Constitution Européenne, rejeté par près de 55% des Français. La question peut choquer ses partisans. Pourtant, Hollande réagit effectivement en libéral sur deux sujets sensibles : le déficit budgétaire et la retraite.
Le déficit budgétaire. « L'ex-premier secrétaire du PS estime que la gauche doit respecter l'objectif actuel du gouvernement de réduire les déficits publics dès 2013, alors que le programme socialiste table plutôt sur 2014. » Reuters, 17/07/11.
Que Hollande ait le souci de réduire le déficit s’inscrit dans une volonté de bien faire. Mais à quel prix et qui paiera ? Les mêmes ? Les réponses sont générales et imprécises.
Là où une position de gauche forte s’imposerait (primauté de l’Etat sur les banques, etc.), Hollande ne remet en cause que timidement le diktat des agences de notation américaines -Moody’s, Fitch, etc.- sur les budgets des Etats Européens et sur la Banque Centrale Européenne.
« Les nouveaux cadeaux fiscaux sur l'ISF comme l'accumulation des dettes vont continuer de peser au point que les agences de notation nous surveilleront pendant toute la campagne. »
Il semble avaliser implicitement une situation de fait : la privation de la gestion financière et budgétaire des Etats, soumis comme des entreprises privées, aux aléas du marché, ne s’opposant pas à la proposition « libérale » de ses amis socialistes européens (PSE), de créer une agence de notation européenne (souhait également de Martine Aubry).
Un abandon de souveraineté sur les finances publiques préoccupant de la part d’un homme appelé à occuper les plus hautes responsabilités.
La retraite. Ses déclarations sur le non-retour au droit à la retraite à 60 ans pour tous sont sans ambigüité :
« Les Français ayant cotisé 41 années doivent pouvoir partir à 60 ans, avec une retraite à taux plein, la condition étant qu'ils aient cotisé 41 années.(…). La variable d'ajustement, c'est la durée de cotisation, à l'avenir, il n'y aura plus d'âge légal de la retraite. Tout sera déterminé par rapport à la durée de cotisation ».
« Il faut que le programme du PS se limite à indiquer que "pour les retraites, nous rétablirons l'âge légal à 60 ans et nous abrogerons la réforme de 2010 ».
Rétablissement de l’âge légal ou pas ? Ses propos sont pour le moins contradictoires ! A-t-il oublié les millions de Français battant le pavé des rues, tout au long de l'année 2010, pour défendre ce droit emblématique d’une nation socialement avancée ?
Compter sur l’antisarkozysme : un pari risqué
Comme Jospin, il tente d’attirer à lui des électeurs de droite dès le premier tour. Une stratégie pourtant risquée. L’offre à droite et à l’extrême droite suffit amplement à l'électeur de droite lambda. Glaner sur les brisées du centre relève de chimères entretenues par Royal, qui avait un temps tendu la perche à Bayrou. Lequel Bayrou, au passage, n’a pas dit son dernier mot dans cette élection. Une dispersion dans le discours qui entraîne la confusion chez les électeurs de gauche comme chez les électeurs de droite.
Hollande, et plus généralement les socialistes, misent sur l’antisarkozysme pour se faire élire, sans trop s’avancer sur un programme de rupture nette avec le sarkozysme. Ils risquent de déchanter et semblent mal évaluer l’exaspération des Français de plus en plus enclins à assimiler ump et ps.
S’ils s’obstinent dans cette stratégie de négation, ou de relégation, des idées qui fondent les valeurs de la gauche humaniste, Hollande, Aubry, Royal et, dans une moindre mesure Montebourg, ont toutes les chances de se fourvoyer et de connaître la saveur âcre de quatre défaites consécutives à la présidentielle, en 24 ans.
Frappés d’amnésie, ils oublient que François Mitterrand a construit sa victoire de 1981, à partir d’une véritable union à gauche et des 110 propositions contenues dans son programme. Il s’agissait alors de fidéliser son électorat naturel, pour passer sans encombre ce délicat premier tour, qui a grisé les mines de plus d’un qui « s’voyaient déjà, en haut de l’affiche ». Une dégringolade dont Mitterrand et Chirac sont les seuls à s’en être remis.
Jospin, en 1997, a gagné grâce à un positionnement à gauche, en s’appuyant sur la « gauche plurielle ».
Point d’union à gauche en 2012 ! Les écuries PS, Front de Gauche, Europe-Ecologie Les Verts, NPA, partent en ordre dispersé. Sarkozy doit se gausser ! Peut-être a-t-il tort !
En effet, malgré toutes les magouilles d’une campagne qui s’annonce odieuse -affaire Strauss-Kahn, rumeurs sur Aubry, contre-rumeurs, etc.- l’agité de l’Elysée ne parvient désespérément pas à redorer son image. Au point que, même en face d’un Strauss-Kahn, pourtant déconsidéré, il perdrait au second tour de la présidentielle : 54% contre 46% (sondage BVA/ORANGE du 12 juillet.)
Le capital d’intentions de vote, aujourd’hui fort en faveur de Hollande et Aubry, devrait inciter les socialistes à retrouver le langage d’une gauche décomplexée, s’ils ne veulent pas le voir fondre comme neige au soleil au fil des semaines à venir.
Le dernier sondage publié par CSA pour BFM TV/RMC/20 Minutes, le 13 juillet, laisse déjà apparaître un effritement pour Hollande, qui ne ferait plus que jeu égal avec Sarkozy, avec 26%, alors qu’une semaine auparavant, un sondage BVA le voyait caracoler allègrement en tête avec 31% contre…. 23% seulement à Sarkozy.
La fin de la retraite à 60 ans fut une victoire emblématique pour l’extrême-droite sarkozyste. Revenir sur cette loi scélérate revêt un caractère symbolique, au-delà même du soulagement que ressentiront des millions de Français bafoués, qui y étaient très majoritairement opposés, et l’ont manifesté massivement tout au long de l’année 2010.
Un engagement clair sur ce droit serait de nature à rassurer un électorat qui, sans cela, grossira les rangs des abstentionnistes.
Hollande, Aubry, Montebourg, Royal le comprendront-ils… à temps ?
Verdi