Un volcan a arrêté la mondialisation, mais Nicolas Sarkozy ne commente pas. Il préfère ressortir sa panoplie de shérif des banlieues, à Bobigny, et
agiter la majorité silencieuse d'une nouvelle polémique sur la Burqa et l'Islam. Pour cette 155ème semaine de Sarkofrance, Sarkozy ne fait plus le malin. Il s'inquiète.
Un volcan, ou son vacarme inattendu Des milliers d'avions, y compris les charters d'Eric Besson ou l'Airbus présidentiel, sont cloués au sol. Des milliers de Français sont coincés à
l'étranger. Des marchandises pourrissent dans des entrepôts. Il n'a fallu qu'un
petit volcan islandais du nom d'Eyjafjallajokull pour en arriver là. Nicolas Sarkozy
ne dit rien. Ses proches justifient : à quoi bon ? Il risquerait de se montrer impuissant. L'homme ne peut rien contre la nature. Il ne faut pas l'exposer. Dimanche, il a préféré rester en France, au château de la Lanterne, près de Versailles, avec sa
belle-famille, aux frais du contribuable, plutôt que de prendre le train pour assister les funérailles du président polonais.
Pour assumer l'impuissance des hommes face au nuage de cendres, Sarkozy a laissé son gouvernement s'exprimer,
s'empêtrer, négocier. Samedi, Jean-Louis Borloo expliquait qu'il fallait étudier l'impact des cendres sur les vols. Dimanche, François Fillon prolongeait encore l'interdiction de vols en
métropole. Mardi, les premiers vols reprennent. Borloo intervient sur tous les plateaux télévisuels. Même Chantal Jouanno, sa secrétaire d'Etat à l'Ecologie, est contrainte d'aller
défendre le transport aérien. Vendredi soir, quelques 25 000
Français étaient encore bloqués à l'étranger. Kouchner s'avance un peu vite en leur promettant un retour d'ici dimanche. Le Quai d'Orsay libère un million d'euros d'aide d'urgence
pour financer leur séjour et leur retour.
Cette éruption volcanique, comme hier la grippe A, fut un vacarme inattendu pour distraire
l'attention des vrais sujets.
Les renoncements que l'on voudrait cacher Ce fut une belle déception pour les partisans du Grenelle de l’Environnement: le gouvernement a confirmé le report de la taxe spéciale sur les transports
en poids lourd jusqu'en 2012. Elle devait rapporter 1,3 milliards d'euros aux collectivités locales. Chantal Jouanno a dû avaler la couleuvre.
Autre renoncement, heureux celui-là, Michèle Alliot-Marie a abandonné l'un des cadeaux promis aux milieux d'affaires : le raccourcissement des délais de prescription pour les délits
économiques et financiers, qu'elle avait tenté d'inclure dans sa réforme de la procédure pénale.
A Bruxelles, Christine Lagarde faisait semblant de défendre un projet de taxe bancaire. L'Allemagne l'a déjà adopté. Pas la France. L'idée est de prélever davantage les établissements
financiers pour constituer des réserves en cas de faillite généralisée. Les auteurs d'un rapport, commandé par la ministre, expliquent que le risque systématique est mal couvert par les
règles actuelles de réserves prudentielles. Mais à Bruxelles, il faut l'unanimité des 27 Etats membres...
Discret, Eric Woerth poursuit ses consultations sur la réforme des retraites. Dimanche, il refusait, une nouvelle fois, toute hausse des impôts ou augmentation générale des cotisations
retraite. Xavier Bertrand entame un tour de France sur le sujet. Depuis quelque
jours, le gouvernement s'est offert une belle campagne de publicité dans la presse pour louer sa future réforme. Jean-Pierre Raffarin parle de pénibilité, mais sans que « des
métiers tout entiers » soient concernés. L’UMP tente ainsi d’individualiser au maximum la question de la pénibilité des carrières. Elle promeut l’anecdote contre la généralité, pour
mieux botter en touche. La semaine passée, le rapport du Conseil
d'Orientation des Retraites avait été largement instrumentalisé, en détaillant des prévisions d'un pessimisme a priori inouï (plus de 70 milliards d'euros de déficit du régime en
2050, dans le scénario le plus optimiste). Pourtant, le COR livrait des recommandations
évidentes, ... et gênantes pour le discours umpiste : le rétablissement des comptes ne pourra pas être obtenu par un simple ajustement des trois variables habituelles (montant des
pensions, âge de départ et durée de cotisations). Une hausse des prélèvements est inévitable.
L'insécurité violente contre les personnes progresse, les moyens de la police et de la gendarmerie régressent. Le Figaro a publié quelques extraits d’un
édifiant rapport sur les effectifs des forces de l'ordre : ces derniers ont stagné en 10 ans, à 222 000 personnes, alors que, dans le même temps, la population française a cru de 6%,
et le nombre de violences a « explosé ». Pire, à peine la moitié de ces personnels sur réellement sur le terrain. Dans les campagnes, on compte un gendarme pour 994 habitants
(contre 1 pour 485 il y a 10 ans).
Mardi, Brice Hortefeux se félicitait du bilan de la lutte contre la délinquance
au premier trimestre 2010. Vraiment ? Les violences contre les personnes ont encore progressé. Plus de 240000 faits de violences physiques non crapuleuses ont été enregistrés entre
avril 2009 et mars 2010, soit un niveau parmi les plus élevés depuis 1996. La diminution du nombre d'escroqueries et d'infractions économiques résulterait, d'après le propre rapport du
ministre, d'un changement de méthode d'enregistrement !
Mercredi, Nicolas Sarkozy réactive la polémique que la Burqa. Dans une semaine, un projet de loi sera présenté par Michèle Alliot-Marie, sa Garde des Sceaux, visant à interdire totalement
le port du voile intégral partout en France. Et qu'importe si le Conseil d'Etat avait prévenu qu'une telle loi risquait d'être anti-constitutionnelle. Une jeune conductrice s'insurge
d'avoir été verbalisée par des policiers, à Nantes, parce qu'elle portait le Niqab. Alerté sur la situation par le policier qui la verbalisa, Brice Hortefeux, vendredi 23 avril, demande à
son collègue Eric Besson d'étudier la déchéance de nationalité française du mari, supposé polygame (4 femmes et 12 enfants) et fraudeur aux allocations familiales. «Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir faire étudier les conditions dans lesquelles, si ces faits étaient confirmés, l'intéressé pourrait être déchu de la
nationalité française» . Franck Louvrier, le conseiller pour la communication
de Nicolas Sarkozy, se félicite de «l'instinct prémonitoire » du policier. Il envoie des textos aux journalistes pour qu'ils reprennent l'information. A l'Elysée, on s'agite
pour que cette polémique se développe, et qu'elle cache la misère de Sarkofrance. Depuis le lancement du funeste débat sur l'identité nationale, les édiles de Sarkofrance se sont bel et
bien engagés dans une «purification symbolique de la nation
».
«En 2012, je changerai tout » a confié
Nicolas Sarkozy à un proche. Il semble conscient de son échec: impopulaire, instable, inaudible, le Monarque cherche à rebondir. Tout le monde l'écoute mais personne ne le croit. Depuis des mois, il répète qu'il veut être plus sobre,
plus calme, plus présidentiel. Et pourtant, presque chaque semaine, le voici qui replonge. Une rumeur d'infidélités conjugales le frappe, et il lance les services de contre-espionnage à
la traque des auteurs. Depuis des mois, il (se) répète qu'il doit se concentrer sur les plus grands dossiers. Et le voici qui se réfugie dans les sujets anecdotiques comme les 2000
Burqas.
Jeudi, il était à Chambéry. Le déplacement devait être paisible. Il s'agissait de célébrer le 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie à la France. Sarkozy a tenté de s'afficher
apaisé et presque lyrique. Il loue la Savoie comme «comme un condensé de France», il applaudit l'identité savoyarde, son «ardent patriotisme
français».
Sur son chemin, il salut un jeune homme goguenard, qui aussitôt s’essuie la main ostensiblement sur son pull. Sarkozy ne peut s'empêcher de réagir par une vanne de caïd : « Fais pas
le malin, toi. Fais pas le malin ». Décidemment, ce Monarque est incapable de maîtriser son calme.