Dimanche, la grand-messe d’intronisation populaire du Bourget a été l’occasion pour François Hollande de tenter de démontrer la dimension présidentielle qu’il prétend posséder !
L’exercice aurait pu convaincre plus largement, si le candidat socialiste n’avait sciemment oublié la retraite à 60 ans et les millions de Français qui attendent son rétablissement. Le spectre
d’un 21 avril 2002 reste présent. Car beaucoup de Français disent qu’ils ne voteront pas Hollande s’il ne tient pas sa promesse !
Reconnaissons-le, l’homme, décrit comme un tantinet hésitant dans ses orientations, ses choix, accusé par l’extrême-droite sarkozyste d’être un mou, a certainement gagné le pari
de son image ! Celle de l’homme d’Etat, prêt à revêtir le costume de plus haut magistrat.
Depuis quelques semaines, son parcours jusqu’à l’Elysée semble balisé plus nettement, voire s’imposer comme une évidence dans l’esprit des Français. Bon tribun, ses effets de manches
soulignent une élocution servie par un verbe aux accents mitterrandiens, sans tomber dans la parodie !
Comme François Bayrou, dont la conférence de présentation du programme a été remarquée, tant pour le fond axé sur la reconquête de la production française, que pour la forme, Hollande
s’est manifestement hissé à la bonne hauteur, en s’en prenant à la racine du mal : les puissances financières. Le problème c’est que l’in et l’autre s’opposent à la retraite à 60 ans, ce qui
ne sera pas sans conséquences sur le vote des millions de Français concernés.
Dommage, car les deux ont gagné en épaisseur et crédibilité face à un président sortant empêtré dans une médiocrité intrinsèque qui, par contraste, ira s’amplifiant face à des adversaires
particulièrement mieux armés intellectuellement !
L’un et l’autre partagent indiscutablement les qualités intellectuelles d’un Jean-Luc Mélenchon dont les interventions sont toujours d’un niveau remarquable de clarté et de lucidité
politique !
Le hic, c’est que Hollande s’est parjuré !
Cependant, un succès d’estrade ne doit pas faire oublier les incohérences du candidat Hollande. Une, plus que toute autre, risque de lui faire perdre l’élection présidentielle : son
revirement sur la retraite à 60 ans.
Certes, il caracole dans les sondages, depuis sa désignation aux primaires en octobre dernier. Ce n’est cependant pas suffisant pour prouver aux électeurs potentiels de la vraie gauche,
qu’il sera l’homme capable d’effacer dix ans de destruction du tissu économique et social par l’extrême-droite ump ! En particulier pendant le quinquennat calamiteux de l’agité
Sarkozy !
Son positionnement demeure bien trop libéral. Ce faisant, il prend un gros risque pour deux raisons. La première est que ce créneau est naturellement occupé par le candidat du Modem, ce
qu’attestent les sondages.
Les masses populaires d’abord avec Jean-Luc Mélenchon
La seconde, c’est que le Front de Gauche apparaît bien plus proche des masses populaires, lesquelles, au premier tour, choisiront naturellement de voter Mélenchon, avec le risque pour
Hollande, comme ce fut le cas pour Jospin en avril 2002, d’une trop forte déperdition des voix de gauche, au premier tour !
Hollande hypothèque d’autant plus fortement ses chances qu’en marge - il suffit de 100 000 voix pour faire basculer un résultat-, un électorat plus modéré, se sentant trahi à propos de la
retraite, manifeste à présent clairement l’intention de ne voter que pour un candidat qui abrogera la loi scélérate de novembre 2010, qui a supprimé la retraite à 60 ans !
Gérard Filoche, son camarade du PS, a interpellé Hollande avec force arguments -pas moins de 50- afin qu’il rétablisse le droit au départ à 60 ans ! Le candidat le mieux placé
aujourd’hui pour battre Sarkozy serait bien inspiré d’entendre ses conseils.