Loin de calmer le débat sur l'identité nationale d'Eric Besson, la tribune du chef de l'Etat dans Le Monde a rallumé le feu, à coup de maladresses sur la religion. Surtout, cette tribune
«préfabriquée» a été rapidement éclipsée par de nouvelles polémiques frappant le camp du président.
Il se murmurait dans les couloirs des rédactions la semaine dernière que Nicolas Sarkozy interviendrait à la télévision. Finalement, le président
français s'est caché derrière un texte écrit par d'autres. Quand il parle, Nicolas Sarkozy hausse les épaules, pointe du doigt, dresse les poings. Ces phrases sont souvent courtes, le verbe
se veut populaire, les fautes de Français pullulent. Depuis des années, l'ancien maire de Neuilly et avocat d'affaires veut faire « proche du peuple ». Quand il écrit, les formules
sont soignées, l'argumentation est posée. On oublie l'attitude de « caïd » qu'il affectionne quand il est perché sur une estrade.
L'identité religieuse de Nicolas Sarkozy Mardi, l'argumentation était incompréhensible : Sarkozy dit tout et son contraire. Il excuse les Suisses pour leur référendum maladroit mais joue aux
Poujades contre l'élite médiatico-culturelle qui ne comprendrait rien au peuple. Il semble défendre la laïcité, cette "séparation du temporel et du
spirituel", mais la flingue d'une formule : « la laïcité ce n'est pas le refus de toutes les religions, mais le respect de toutes les
croyances ». Vraiment ? La laïcité est aussi le respect des non-croyants. Pourquoi faut-il le rappeler au Monarque élyséen ? La seconde religion en France est, d'après les
sondages, celle des non-croyants. Et que dire de sa phrase de conclusion ?
« Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute
ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu'il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec l'humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de
ses convictions mais du respect fraternel qu'il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre. »
La confusion des genres Dès mercredi, ce grand discours était quasiment oublié, dépassé, rattrapé par des polémiques frappant l'UMP. Nicolas Sarkozy est d'abord président de
l'UMP avant d'être celui de la République. Comme tous les 6 mois, le Monarque a assisté lundi soir à un "meeting" rassemblant les plus généreux donateurs privés à l'UMP. Vous avez bien lu: le
« chef de l'Etat » est allé remercier personnellement celles et ceux qui donnent une généreuse contribution - entre 3000 et 7500 euros par
an - à son parti politique.Lundi soir, Nicolas Sarkozy n'a eu qu'à
marcher quelques mètres pour assister à un dîner à l'hôtel Bristol, un palace situé quasiment en face du palais de l'Elysée. Sur
place, Nicolas Sarkozy a promis à ses quelques fortunés qu'il ne reviendrait « jamais » sur le
bouclier fiscal à 50%.Comment qualifier cet encouragement aux
dons, quand on est président mais pas en campagne pour sa propre élection ?
La République est bananière, et les bananes se comptent en millions d'euros. Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy était aussi en meeting UMP en Alsace,à blaguer avec des militants de son Parti, sur l'état
du Parti Socialiste: «Vous savez, au fond ce qui manque au Parti socialiste, c'est d'un directeur des ressources humaines. Ils
ont des talents, ils ne savent pas s'en servir. Franchement. Donc, j'ai choisi d'être leur directeur des ressources humaines».