Cofinoga, des dégraissages qui prêtent à sourire
S’il est toujours délicat de se réjouir de la perte de 433 emplois dans un pays en crise – et certains ne manqueront pas de s’offusquer de mon “indécence déplacée”, mais lucide –, comment
ne pas être bigrement satisfait en ce début d’année 2012 de constater que le crédit à la consommation, et notamment les ignobles revolving sur la tempe, est enfin entré en zone de grandes
turbulences. Sur 2.600 postes, la société Laser Cofinoga en supprime aujourd’hui 433.
La raison de ce grand marasme dans le monde de l’escroquerie financière, selon l’analyse des médias officiels, serait l’entrée en vigueur en 2010 de la loi Lagarde destinée à
débroussailler la jungle des crédits renouvelables et à renforcer les avertissements : “Un crédit vous engage et doit être remboursé. Avant de vous engager, vérifiez vos capacités de
remboursement”.
Mais cette mini loi, l’une des dernières trouvailles de la ministre avant son départ pour le lucratif FMI, cette loi super light qui encadre le revolving sans prévoir de sanctions réelles
et effectives pour les banques et les organismes qui la contourneraient – et ils la contournent dès qu’ils le peuvent ! –, ne peut être la seule explication à cette chute salutaire pour la
société française du crédit à la consommation.
On pourrait bien sûr aller chercher d’autres explications dans les propos optimistes de certains analystes comme Chris Goodall, expert des questions énergétiques et climatiques, candidat
aux élections législatives de Grande-Bretagne pour le Parti vert, qui affirme que nos sociétés occidentales auraient atteint une sorte de “peak stuff” (“pic des objets”) :
L'exemple de l'Angleterre démontre qu'à un certain niveau de PIB, plus la croissance économique s'accélère, plus elle entraîne une utilisation des ressources efficaces, et moins le pays
consomme de choses matérielles.
Mais on sait ce que valent les fameuses analyses de ces “spécialistes des statistiques”, surtout quand la croissance stagne et régresse au lieu de s’accélérer. D’autant que d’autres
éminents spécialistes comme l'économiste anglais Tim Jackson, auteur du célèbre ouvrage “Prospérité sans croissance” (éd. De Boeck), battent en brèche cette théorie :
Il est réconfortant de croire que nous nous sommes sevrés de notre dépendance aux choses matérielles. Mais l'analyse historique montre que toutes les baisses de la consommation au
Royaume-Uni sont pour la majorité assez faibles : quelques pour cent sur une décennie. Dans de nombreux cas, ces chiffres sont inférieurs aux marges d'erreur statistiques des
mesures.
Mieux, Jackson souligne l’hypocrisie de ces calculs dès lors que l’on parle de ressources :
L'étude de Goodall ne tient pas compte de la délocalisation des industries consommatrices de ressources vers les pays en développement. Ainsi, si la consommation de pétrole, charbon ou
gaz est en baisse en Grande-Bretagne, les émissions totales de carbone, une fois réaffectés les rejets des usines étrangères produisant les ordinateurs portables, jouets ou vêtements
britanniques, continuent d'augmenter régulièrement dans le pays.
Bref, il est clair que Goodall, en bon écolo-technocrate, élabore sa théorie du “pic des objets” devant la porte qui l’arrange en laissant de côté tous les facteurs qui le
dérangent…
Ce “peak stuff” me semble en effet une vue de l’esprit, car les objets ne sont pas immuables, éternels – ils sont même programmés pour avoir une vie de plus en plus courte. C’est sans
compter aussi sur les “nouveautés”, les “améliorations”, les “tendances” et les “effets de mode”, qui font jeter ce qui fonctionne encore. C’est sans compter également sur le harcèlement de la
publicité, relayé par celui des médias (supports publicitaires des marques) et des myriades de “partenaires”, épaulé par celui du crédit (justement !) pour déclencher la fièvre acheteuse, remuer
les désirs, les plaisirs, les prétendus besoins, et satisfaire toutes les frustrations inconscientes de l’existence, toutes les illusions.
La véritable raison de cette chute bénéfique du crédit à la consommation, je la verrais plutôt dans la prise de conscience progressive des citoyens, associée à leur précarité
croissante.
Dans un pays ruiné par l’incompétence malveillante de Sarkozy et la mafia des banques – Cofinoga, comme Cetelem, est une filiale de la BNP, impitoyable avec ses clients et si généreuse
avec ses actionnaires –, dans une société où 10 millions de personnes vivent sous le seuil de la pauvreté et où plus de 4 millions sont déjà insolvables, les gens pensent d’abord à survivre
plutôt qu’à consommer stupidement et à s’endetter encore et encore… L’exemple de la France, de l’Europe, leur fait froid dans le dos et commence peu à peu à leur ouvrir les yeux… Alors, oui, si
Laser Cofinoga disparaît du paysage des finances mortifères, tant mieux ! Cetelem, Sofinco et consorts, à qui le tour ?…
Les gens, devenant lucides, préfèrent manger leur citrouille que de s’illusionner encore avec des carrosses qui les roulent et les jettent au pavé, dans le triste décor !
C Leclaire