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La régression
Changement, modernisation, maître mots des discours dominants, à gauche comme à droite.
À en croire les déclarations des dirigeants, la démocratie triomphe dans le monde. Les révoltes arabes inaugurent une ère de développement de la
liberté. Réjouissons-nous tous en chœur. La Tunisie et l’Égypte ont ouvert la voie et l’intervention en Libye l’approfondit. On finirait presque par y croire et par oublier que le
changement en Égypte et en Tunisie s’est fait contre des régimes jusqu’alors soutenus par beaucoup de ceux qui, aujourd’hui, s’enthousiasment ; que la guerre autorisée par l’ONU en Libye,
quelles que soient les bonnes raisons de détester Kadhafi, marque un retour aux méthodes d’intervention typiques de la colonisation et de l’impérialisme. En bref, on voit bien les
intérêts qui se manifestent, on ne voit pas en revanche se manifester une nouvelle ère de prospérité (voir article de Gilbert Legay).
On ne voit pas non plus progresser les principes de justice pourtant inscrits dans le marbre des valeurs républicaines. Ni justice fiscale, ni
réforme judiciaire d’ampleur. Si, certes, la garde à vue va être soumise à des règles réclamées depuis déjà longtemps, ce n’est pas sans ambiguïté (voir article de Étienne
Tarride). Et, d’ailleurs, que valent des réformes dans le cadre pitoyable que présentent de nos jours les moyens de la justice ?
Quant à la démocratie, on amuse les citoyens avec une élection présidentielle aux résultats décidés d’avance (les deux grands partis sont
présélectionnés tandis que les aspirations populaires sont méprisées par les jeux tactiques de l’ensemble des acteurs politiques) par les grands médias et les principaux intérêts
financiers tandis que, parallèlement, on détruit la démocratie locale et les derniers rapports sérieux que les citoyens pouvaient avoir avec leurs élus (voir article de Christian
Berthier).
Qui fera remarquer que ces changements qu’on présente comme des progrès sont en fait une régression de un ou deux siècles, sera évidemment qualifié
de mauvais coucheur ou, bien pis, de « populiste ». Pourtant il ne s’agit que de réclamer le retour à la dynamique lancée par la Révolution française et qui vise à toujours plus de
liberté et d’égalité.
Honni soit qui manigance!
République
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