Sarkozy a mal aux comptes La reprise se
confirme, paraît-il. C'est le nouveau story-telling du moment. Il s'agit, chez Sarkozy, de rassurer l'opinion, les parlementaires et même nos voisins européens sur la situation française. Sarkozy a
donc envoyé ses ministres au front : François Fillon revoit donc sesprévisions de croissances à la
hausse: +1,5% dès l'an prochain, tandis que le budget est construit sur une hypothèse de 0,75%. Les parlementaires s'inquiètent toujours
de l'incohérence fiscale du budget 2010 : on supprime des taxes alors que les recettes s'effondrent et les dépenses s'envolent. On prépare un « grand
emprunt ». Les députés ont ainsi "écorné" le fameux bouclier fiscal qui profitent aux gros revenus du capital. Ils ne se sont pas gênés
pour voter la taxation des indemnités d'accidents du travail. Le socialiste Didier Migaud fustige "l'exonération des plus-values sur titres de
participation"accordée aux entreprises depuis 2007. Le ministre du budget de l'époque, Jean-François Copé, parlait de 1 à 2 milliards de manque à gagner.Le projet avait été initié par Nicolas Sarkozy en
novembre 2004, alors ministre de l'Economie.Deux ans plus tard, la facture est de ... 20 milliards d'euros !
S'agissant du Grand Emprunt, Eric Woerth a prévenu qu'il faudrait réduire, parallèlement à l'emprunt, les
dépenses de l'Etat. Fillon prévient qu'il lancera dès 2010 un vaste plan d'austérité :comment qualifier autrement cette
annonced'une nouvelle "stratégie de finances publiques qui nous donnera les moyens de descendre en
dessous des 3% de déficit à l'horizon de 2014, au prix d'ajustements très importants, puisqu'il faudrait faire un effort de réduction de plus de 1% par an" ?
La Commission Européenne a elle donné une année supplémentaire à la France (2013 au lieu de 2012), pour qu'elle réduise son déficit public sous la barre des 3% du PIB: ce dernier devrait atteindre
8,5% du PIB en 2010, 7% en 2011, 6% en 2012 et 5% en 2013. L'Allemagne et l'Italie ont accepté les délais européens. Christine Lagarde répond à l'Europe : "2014
constitue déjà un bel effort". Rappelez-vous, à peine élu, Sarkozy avait déjà énervé ses collègues européens en revenant sur
la promesse française de rétablir ses comptes dès 2012. Le paquet fiscal était passé par là.
Effectivement, les destructions d'emplois se réduisent (190 000 au premier trimestre, 85 000 au second, 6000 au troisième). Mais on cache les chômeurs en Sarkofrance. Le nombre de salariés en
chômage partiel atteintle niveau record de 320 000 au
troisième trimestre 2009. Ils n'étaient que 30 000 début 2008. On est revenu au pic de 1993.La production industrielle a brutalement chuté en
septembre, malgré un rebond en août. La pauvreté inquiète, la précarité s'étend. Elle devientdurable et
permanente. La peur du déclassement généralisé touche tout le monde.
L'INSEE livre son dernier "portrait social" de la France, et s'avance à conclure que le Revenu de Solidarité Active, mis en place
depuis juillet dernier, devrait aider les travailleurs pauvres à sortir de leur condition. Comble de l'ironie, pour le "président du pouvoir d'achat", le
salaire réel ralentit nettement en 2008,note aussi
l'INSEE.
A l'approche de l'hiver, on envoie le sous-secrétaire d'Etat au Logement présenter ses "nouvelles nouvelles" mesures
pour protéger les SDF. Les gadgets ne trompent personne. Benoist Apparu veut créer une base de données universelle des capacités d'hébergement d'urgence. Pourquoi faut-il qu'il attende novembre
pour découvrir ces lacunes ? Il veut aussi créer des "référents personnels" pour chaque SDF. La mesure entrera en vigueur ... en avril prochain. Après l'hiver. Cherchez
l'erreur.